© Bartosch Salmanski

Alors que de nombreux événements et championnats sportifs sont annulés, le monde du sport se remet en question. Pendant ce temps l’esport (compétitions de sports électroniques/jeux vidéo) est en plein boom en France et dans notre région, de nombreux tournois en ligne ont fait leur apparition sur la toile ces derniers temps. Une solution pour faire face à la crise ?

Stéphane Heili, Directeur communication & développement de la Ligue Grand Est de Football ; Jordan Christmann, Président du Esport Club Strasbourg ; Quentin Naegelen, gérant de l’Alsace Esport Arena ont accepté de répondre à quelques questions pour Coze Magazine.

Le staff du Esport Club Strasbourg à Start To Play 2019 © Bartosch Salmanski

Coze : Pour commencer, pourriez-vous nous présenter votre structure et vos activités ?

Stéphane Heili : La Ligue Grand Est de Football gère le foot amateur dans le Grand Est, c’est-à-dire 1700 clubs et 210 000 licenciés environ. J’en suis le directeur du développement.

Jordan Christmann : L’Esport Club Strasbourg est une association à but non lucratif, créée en septembre 2018 par Jordan Christmann, Nicolas Perrin et David Marteau, tous actuels membres du Comité de direction. L’ESC a d’abord commencé par comprendre les besoins des joueurs de la région, puis a créé en conséquence un cadre d’accompagnement. Par la suite, l’ECS a concrétisé ses ambitions en faisant naître une équipe sur le jeu FIFA (jeu de simulation de football). Seulement quelques mois plus tard, le club obtient son premier titre sur le jeu FIFA et se qualifie pour les quarts de finale nationaux. En 2019, le club décide d’agrandir son effectif avec la création de plusieurs équipes sur différents jeux (Hearthstone, RocketLeague et Fortnite). En outre, gardant comme objectif d’être le club formateur de la région, l’Esport Club Strasbourg a annoncé le lancement d’une nouvelle ligue, en partenariat avec Orange : le Strasbourg Esport Tour, permettant la détection de nouveaux talents et futurs compétiteurs. L’Esport Club Strasbourg poursuit maintenant son développement en 2020 avec la création d’une rédaction et l’agrandissement de son pôle événementiel. Après plusieurs succès, dont une place pour les qualifications en équipe de France eFoot, le club a été approché par les collectivités pour entamer une discussion sur l’esport en compagnie de différents acteurs du milieu.

Quentin Naegelen : Je m’appelle Quentin, j’ai 31 ans et j’ai joué en compétition durant les années 2000 à Counter-Strike 1.6 et Trackmania Nations. J’ai baigné dans l’univers esportif dès ses débuts et je souhaite aujourd’hui donner un accès à tous à l’esport à travers un lieu de rencontre et de gaming entièrement pensé pour cette pratique. J’ai créé à Strasbourg la plus grande arena Esportive d’Alsace, l’Alsace Esport Arena.

Alsace Esport Arena

Coze : Quelles sont les initiatives et actions autour de l’esport que vous avez mis en place dans vos structures pendant le confinement ?

Stéphane Heili : La FFF a lancé une démarche esport depuis le début de la saison, quelques districts (structures départementales) avaient démarré des tournois qualificatifs fin 2019 pour un draft de l’équipe de France. On a profité de la crise pour se lancer à notre tour avec 4 tournois sur le jeu FIFA (2 sur PS4 et 2 sur Xbox).

Jordan Christmann : L’esport étant un domaine éminemment numérique, nous étions en interne déjà très largement organisés avec des vidéoconférences et des feuilles de travail en ligne. Le confinement n’a donc pas changé grand chose à notre organisation elle-même. En revanche, nous avons dû transformer les troisièmes et quatrièmes étapes de notre compétition physique, le Strasbourg Esport Tour, en étapes online, ce qui nous a permis ainsi d’interagir autrement avec les strasbourgeois ou alsaciens fans d’esport, et d’ouvrir l’audience au national.

Quentin Naegelen : L’Alsace Esport Arena devait ouvrir à la mi-mars mais le COVID-19 a frappé et tout a été chamboulé. Afin de faire connaitre l’arène au plus grand nombre et à défaut de pouvoir accueillir les gens IRL, j’ai créé avec mon associé et mes sponsors un tournoi online sur Call Of Duty only manette avec 350€ de cashprize et des lots : la ConfiCODcup. J’ai discuté avec un casteur professionnel alsacien (OvermasterFR) et il a tout de suite été emballé par le projet. Le tournoi se joue en 3 étapes et il a remporté un très grand succès. La phase finale se jouera le 14 mai sur le live twitch d’OvermasterFR.

 
Coze : Avec ces actions pensez-vous toucher plus de participants ou une audience différente ?

Stéphane Heili : Oui et non, le tournoi est réservé aux licenciés, donc notre public, et le joueur joue pour les couleurs de son club, les deux sont récompensés d’ailleurs. Par contre, oui ce sont des jeunes joueurs pour l’essentiel qui ont habituellement moins de rapports avec l’instance.

Jordan Christmann : Nous ne pensons pas que cela touchera un autre type audience, l’esport étant une discipline très spécifique. En revanche, l’organisation des événements en numérique nous permettra de toucher plus de participants fans d’esport, notamment tous ceux qui ne pouvaient se déplacer jusqu’à ce jour sur nos événements.

Quentin Naegelen : Oui tout à fait ! La communauté de Call Of Duty reste énorme, très active et la moyenne d’âge est plus élevée que sur d’autres blockbusters actuels comme Fortnite. J’ai beau être un gros fervent du clavier/souris, je souhaitais aussi montrer qu’on pouvait encore faire des trucs sympas sur ce jeu et sur manette.

Coze : Pensez-vous continuer ces actions après le déconfinement ?

Stéphane Heili : C’est probable. Nous attendons la perspective d’un inter-ligue avec d’autres ligues métropolitaines et je pense que la démarche sera renouvelée dès cet été, d’autant que beaucoup d’incertitudes planent sur la reprise du foot en plein air.

Jordan Christmann : Notre but a toujours été la promotion du sport électronique et l’aspect online en fait partie donc nous comptons réfléchir à nos futures activités en incluant autant que possible un aspect numérique.

Quentin Naegelen : Ponctuellement peut-être, mais la vocation de l’Alsace Esport Arena est clairement axée sur des échanges IRL entre joueurs, les structures et avec les spectateurs (l’arène dispose d’une tribune).

Festival Start To Play 2019 – Strasbourg © Bartosch Salmanski

Coze : Pour vous, quels sont les points forts et les points faibles de l’esport en ligne ?

Stéphane Heili : Pour moi, le point fort est l’agilité, la facilité à lancer les tournois et même à les gérer. Le frein c’est d’emmener nos dirigeants de Ligue, de clubs dans un mouvement qui n’est absolument pas naturel pour eux. Un club du Grand Est a créé pendant ce confinement sa section esport, c’est une première étape mais ça nous permettra aussi de voir l’évolution concrète sur le terrain.

Jordan Christmann : Les points forts sont l’accessibilité et la facilité de participation pour les compétitions online. Toute personne disposant d’une connexion stable peut participer de chez elle sans contrainte de déplacement. Il n’y a pas spécialement de point faible pour l’esport en ligne. C’est une force que notre discipline possède contrairement à d’autres sports.

Quentin Naegelen : Clairement le point fort est l’étendue géographique des participants. On a des gens des 4 coins de la France qui participent à la ConfiCODcup et on a même eu des anglais sur la première étape. On peut donc faire parler de l’arène et de l’Alsace à plus grande échelle. D’un autre côté, l’organisation n’est pas toujours facile. Les premiers matchs ont été retardés et on n’a pas les gens sous la main pour les driver. De plus, on est dépendant des connexions de chacun lorsqu’ils hostent le serveur et on a souvent des surprises.

Coze : Votre vision sur l’esport a-t-elle changé suite à cette crise ?

Stéphane Heili : Je ne suis pas du tout pratiquant au départ et j’étais plutôt réservé. Alors oui mon regard a changé car je me dis aujourd’hui que c’est un bon moyen de faire évoluer l’image de l’instance auprès de nos licenciés concernés.

Jordan Christmann : Notre discipline n’a pas changé, mais elle s’est renforcée. Par exemple, plusieurs autres marques ont pu profiter du confinement pour expérimenter l’esport et cela a été un réel succès. Nous pensons sincèrement qu’en des temps de distanciation sociale, l’esport permet de garder contact avec les autres. C’est un lien social important que nous avons à cœur de protéger et promouvoir.  

Quentin Naegelen : Non pas réellement, je pense même que le confinement a relancé du monde et des passions. Les tournois ont explosé en cette période et pour beaucoup avec des cashprize sympas. J’ai vu pas mal de vieilles connaissances de 35 ans et plus ressortir leur consoles ou réinstaller Steam avec de grosses ambitions, ça fait énormément plaisir !

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