Rémi Guédon fait partie de l’attachante galerie des illustres inconnus. Originaire de Saint-Mihiel en Lorraine, il doit sa maigre notoriété chez les bibliophiles à une courte série d’impressions strasbourgeoises, publiées entre 1546 et 1549 à l’enseigne de Samson terrassant le lion. Peut-être inspiré par l’audace de son modèle biblique, l’imprimeur conçoit alors le projet un peu fou d’installer à Cambridge le premier moulin à papier et la première imprimerie régulière, afin de diffuser depuis l’Angleterre l’œuvre d’un réformateur alsacien qu’il admire : Martin Bucer, qui a lui-même fui Strasbourg pour Cambridge à la suite de la défaite protestante de Mühlberg (1547). Nous essaierons de suivre les traces de cet imprimeur en mouvement perpétuel, entre Strasbourg (où demeurent ses soutiens), Francfort (où se traitent toutes les affaires de librairie), Paris (où réside le grand typographe Garamont, qui songe un temps à lui donner sa fille en mariage), la Normandie (où il recrute des ouvriers papetiers), Londres (où l’accueille l’archevêque de Canterbury) et Cambridge, où des vents contraires mettront tristement fin à son entreprise, à commencer par la mort prématurée de Bucer.