© ©Bartosch Salmanski

Pour notre rubrique Artiste de novembre, c’est la ligne qui est à l’honneur avec le travail de maqmanolo ! Si vous habitez Strasbourg, vous avez peut-être déjà croisé un frigo abandonné dans la rue habillé par l’artiste. maqmanolo a une pratique double : il travaille sur les objets délaissés en proposant des habillages teintés d’humour et de poésie et réalise aussi des toiles sur lesquelles les visuels sont figuratifs mais toujours avec la ligne comme pièce maitresse.

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Arrivé à Strasbourg en 1998 presque par hasard, Manolo – alias maqmanolo – n’a plus jamais quitté la ville. Parti très jeune du sud de la France avec un besoin vital d’indépendance, il a d’abord suivi un cursus en électronique, puis un cursus d’épistémologie, avant de prendre ses distances pour se consacrer à ce qui l’habitait depuis toujours : le dessin. Sa première esquisse, un visage né d’une lettre tracée en 1989, marquait déjà ce fil conducteur qui ne l’a plus quitté : la ligne.

maqmanolo

Encouragé par sa compagne, graveuse, il transpose un jour ses dessins du papier vers la toile. L’expérience est une révélation : « avoir un objet que tu dois mener du début à la fin, j’ai adoré ». Très vite, les rencontres et les expositions s’enchaînent, jusqu’à ses premières ventes qui le confortent dans cette voie. Depuis, l’artiste alterne entre toiles réfléchies – portraits, architectures, scènes inspirées de ses voyages – et interventions plus spontanées dans l’espace public.

maqmanolo rue

C’est dans la rue que son univers prend une dimension singulière. Armé de ses marqueurs acryliques, maqmanolo investit les objets abandonnés : frigos, portes, meubles… En quelques minutes, il les détourne, les habille d’humour, de poésie et de couleurs. On y retrouve ses fameuses lignes et souvent un mot, une phrase, un clin d’œil à l’objet ou à un élément particulier. Sur un frigo abandonné sur un trottoir on peut lire : « il reste des glaces » ou « je suis vidée » sur une machine à laver posée rue du Dévidoir, sur une télévision on peut lire « télé pris qui croyait prendre ». De déchet, l’objet prend une autre dimension. Il devient œuvre, qui en plus de donner le sourire à ceux qui la croisent, et souvent embarqué par des passants, parfois encadré, parfois revendu, voyageant de Strasbourg jusqu’à Paris, Lyon ou Avignon. C’est une véritable communauté qui s’est créée autour de l’artiste, les gens collectionnent ses œuvres, lui indique par message si un objet a été abandonné dans la rue. L’année passée, maqmanolo a habillé 500 objets délaissés. En 2025, de janvier à septembre, il a déjà compté 467 objets sur lesquels il a laissé ses traits, de quoi réaliser une véritable collection ! Chaque objet est photographié et l’artiste aimerait pouvoir en faire un livre, une sorte de cartographie photographique de la ville liée à ces objets transformés.  Son style, qu’il définit comme du pop art linéal, puise à la fois dans la rigueur des mathématiques et le jeu libre des mots.

Sur toile, l’approche est différente, plus posée, millimétrée, proche de l’architecture qui le fascinait enfant. Pour travailler, il s’accompagne toujours d’un film qu’il connait déjà. Il ne le regarde pas mais ce sont les bandes sons et dialogues qui sont là comme fond sonore pour accompagner sa main. Monuments et portraits prennent vie grâce à une accumulation de petites lignes. Contrairement au pointillisme, chez maqmanolo aucun trait ne se touche. Il les positionne et les allongent petit à petit jusqu’à obtenir le résultat escompté.

Inspiré inconsciemment par Ben ou Keith Haring, il revendique pourtant une identité propre, reconnaissable d’un seul trait. En parallèle de son travail plastique, Manolo écrit beaucoup, sur son compte instagram on découvre ses histoires, chaque post raconte un instant de vie.

Ces dernières années, ses projets se multiplient. maqmanolo expose notamment au salon art3f, récemment ses œuvres ont été accueillies au Conseil de l’Europe et à l’Abbaye de Marbach. En ce moment vous pouvez les retrouver au restaurant Il Girasole à Strasbourg. Il travaille aussi sur différentes collaborations (Vélhop, pochette d’album pour Les trois Barbus ou presque…) et bientôt, un habillage monumental prévu pour 2026.

Entre atelier et trottoir, toile et frigo, texte et image, maqmanolo trace sa ligne – une ligne vivante, mouvante, toujours à la frontière entre l’art, la vie quotidienne et la poésie.

QUESTIONS DU TAC AU TAC

Où faire une balade ?  Dans le coin de la Petite Pierre
Où boire un verre ? Peinard dans mon jardin
Ta musique du moment ? Radio en construction depuis toujours
Ton film fond sonore ? Hannah (2011) de Joe Wright
Ta spécialité alsacienne préféré ? Le Mannele

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