Dans l’univers de Léah Fontaine, les corps flottent. Littéralement. Délestés du poids des normes comme de la gravité, ils dérivent entre lignes fines et aplats de gouache, parfois traversés de tiges, de feuilles, d’une mémoire végétale qui semble leur appartenir depuis toujours. Ici, l’anatomie n’est pas une science exacte : c’est un terrain d’exploration sensible, un langage du vivant.

Artiste pluridisciplinaire originaire du Sud de la France et installé à Strasbourg depuis environ sept ans, Léah navigue entre illustration traditionnelle et maquillage, deux pratiques qui se répondent sans cesse. Le trait, d’abord. Puis la couleur, venue plus tard, presque par surprise, au contact de la peau, des textures, grâce aux gestes du maquillage et notamment du body painting. Une pratique initiée dans le cadre de ses études, que Léah ne cesse de pratiquer et développer. De cette rencontre naît des dessins où les corps — souvent nus, jamais sexualisés — racontent autre chose : l’intimité, la vulnérabilité, mais aussi une forme de puissance douce.
Tout commence de manière presque anodine, lors d’un exercice de dessin automatique pendant ses études en design graphique. Ne sachant quoi tracer, Léah cogite et se met à dessiner des gens. Et les gens, ce sont des corps. Nus. Flottants. Le projet, d’abord issu de l’exercice imposé, devient rapidement une série, puis une pratique à part entière qui dure depuis plus de dix ans. Sans formation académique en anatomie, Léah revendique une approche instinctive : dessiner non pas ce qui est « juste », mais ce qui est ressenti.
Cette recherche est aussi étroitement liée à une réflexion politique. Quels corps voit-on ? Lesquels sont absents ? Dans les ateliers de modèle vivant comme dans l’imaginaire collectif, la diversité reste limitée. Léah agit alors concrètement, en co-organisant des sessions inclusives où les modèles sont choisi·es avec attention : corps âgés, non normés, peu représentés. Mais aussi avec attention pour les modèles : en apportant confiance et adaptation. L’enjeu : redonner du pouvoir, de la visibilité, créer des espaces où chacune et chacun peut exister sans se conformer.
Cette démarche irrigue toute son œuvre. Les silhouettes dessinées — souvent sans visage — deviennent des surfaces de projection. Tout le monde peut s’y reconnaître, s’y perdre, s’y retrouver. « L’amour est ma couleur préférée », écrivait Léah sur l’un de ses premiers dessins exposés à La Station à Strasbourg. Une phrase simple, presque naïve, mais qui résume bien l’intention : rendre visible sans enfermer, montrer sans assigner. Depuis, vous avez peut-être vu son travail lors de plusieurs événements : expositions à la Planque ou au Blue Note, Léah a aussi récemment participé au Gros Bordel du Graffalgar et co-organise les marchés Hot·te Queer.
Dans ses compositions les plus récentes, la botanique prend une place croissante. Inspiré·e par les planches d’herbiers, Léah dissèque les formes végétales, observe leurs structures, leurs rythmes et les fait dialoguer avec les corps. Une même logique traverse tout : celle du vivant, dans ce qu’il a de fragile, de multiple, de profondément relié.
Son processus créatif échappe aux routines strictes et à une production constante. Son travail évolue entre ses deux pratiques, parfois le maquillage prend le dessus, parfois c’est l’illustration. Pas de carnet rempli chaque jour, mais des phases d’absorption, de digestion, de réflexion, suivies d’élans intenses. Trois jours pour une pièce, parfois plus. Et des contraintes auto-imposées, comme avec l’Inktober, un défi créatif qui se déroule chaque mois d’octobre consistant à réaliser un dessin par jour sur un thème donné. Idéal pour stimuler l’imaginaire et sortir de sa zone de confort. Expositions, deadlines, contextes collectifs nourrissent sa production.
En parallèle, Léah développe une pratique engagée autour de la transmission : ateliers de maquillage, interventions, envies d’enseigner davantage. Toujours avec cette même ligne directrice : questionner les codes, les détourner, les rendre plus inclusifs.
Aujourd’hui, ses œuvres circulent entre marchés de créateur·ices, expositions locales et commandes ponctuelles. Pour les découvrir ou en acquérir, direction Instagram (messages privés bienvenus) ou contact direct par mail. Et demain ? Probablement encore plus de corps, encore plus de plantes, encore plus de liens invisibles à révéler. Une cartographie sensible de ce que signifie habiter — un corps, un espace, un monde — avec soi et avec les autres.
Où faire une balade ? À la Piscine naturelle d’Ottenhöfen
Où boire un verre ? À la Bouture
Ton endroit alsacien pour profiter du soleil ? L’Orangerie
Ta musique du moment ? Yoa
Un dernier mot ? Siamo tutti antifascisti
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