© Bartosch Salmanski

Pour notre rubrique Artiste de février 2026, place à la photographie avec le travail de Mathias Zwick. Ce strasbourgeois capture à travers ses projets des univers où le temps est suspendu. Des clichés dans lesquels nos esprits divaguent volontiers, laissant une place forte à l’imaginaire et à la poésie. Le travail de Mathias est pluriel, le photographe se laisse voguer de projet en projet en fonction des inspirations qui l’animent. Comme toujours depuis plus de 10 ans, la couverture de ce numéro présente son travail et nous vous proposons d’en découvrir plus dans cette rubrique !

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Mathias n’aime pas trop les cases et c’est sans doute aussi ce qui définit son travail. Photographe documentaire, reporter ou photographe tout court, il navigue librement entre les formes, toujours solidement ancré dans le réel, mais jamais prisonnier d’un seul langage. Originaire de Strasbourg, où il est revenu s’installer il y a quelques années, il est membre d’Inland, une coopérative internationale de photographes documentaires et revendique un parcours autodidacte, façonné par l’expérience et la curiosité.

C’est à l’adolescence, par le skateboard, que tout commence. Dans les crews, il y a toujours quelqu’un pour filmer, photographier, documenter. Très tôt, Mathias apprend donc à regarder autrement : un banc n’est plus seulement un banc, la ville devient un terrain de jeu visuel, un décor chargé de récits. Il filme et photographie ses amis, développe une culture de l’image nourrie par la musique, le graphisme et l’énergie brute du documentaire. Cette pratique instinctive devient peu à peu une manière de raconter les autres mais aussi le monde.

Après des études en droit, un emploi en tant que juriste et un passage à Paris, le déclic est immédiat lors de la découverte du travail des photographes de Magnum. Mathias découvre la puissance narrative de la photographie. Avec peu de moyens mais une envie irrépressible, il part en Iran en 2015, à un moment charnière de l’histoire du pays. À travers le skate, il raconte une jeunesse avide d’ouverture. Ce projet fondateur, mêlant ses deux obsessions — la photo et le skate — marque son entrée dans le milieu : expositions, publications, festivals. Une expérience humaine et artistique déterminante.

Mathias Zwick
Mathias Zwick – Erfan skateboards down Valiasr street in Tehran. He rides in front of the portraits of Khomeini and Khamenei, The Supreme Leaders of the Islamic Republic. Tehran, Iran, October 23, 2015.

Depuis, Mathias explore des thématiques multiples — jeunesse, géopolitique, écologie, société — en adaptant sans cesse la forme au fond. Il passe du reportage à des écritures plus libres, du noir et blanc argentique à la chambre photographique, du factuel à une narration plus intime, parfois presque fictionnelle. Refusant la répétition, il revendique une photographie en mouvement, en perpétuelle évolution. Ses images sont nourries par des temps de réflexion plus ou moins longs. Lecture, cinéma, écoutes de podcasts ou discussions donnent vie à ses inspirations qu’il compilent dans un cahier avant qu’elles ne prennent vie par la photo.

Mathias Zwick
Mathias Zwick – Samedi soir devant le Metropolis à Rungis, une discothèque en bordure de la A86. Dorian, 20 ans, Ines, 20 ans, et Teddy, 19 ans, font le before dans la voiture de Dorian, garée le long d’une station essence. Les trois copains viennent souvent sortir ici. Ils s’ambiancent toujours dans la voiture avant d’entrer dans la discothèque. Pour Dorian : « La voiture représente tout! Je suis carrossier en plus, la voiture est aussi mon métier. La voiture, c’est le voyage, l’oseille, la liberté incroyable! C’est partir en vacances quand tu en as envie. Regarde, après 4h du mat’, on sort de boite et on peut rentrer comme on veut, on a la voiture! ». Le long de la A86, frontière de la zone à faibles émissions (ZFE) de la région parisienne, Rungis, 26 juin 2022.
Mathias Zwick
Mathias Zwick
Mathias Zwick
Mathias Zwick

Son travail récent sur la rivière Vjosa en Albanie, menacée par des projets de barrages, en est l’exemple. Il découvre ce récit grâce à un ami et après maturation, le projet prend vie à travers une approche lente, contemplative, où le paysage devient métaphore et où la photographie prend un caractère presque méditatif. Un projet à la fois politique et personnel, qui reflète son besoin de temps long, de profondeur et de poésie. Cette série sera d’ailleurs exposée à Bordeaux en avril prochain.

Mathias Zwick
Mathias Zwick – In Kalivaç, an excavator is submerged by the river. The construction of the hydroelectric dam that was supposed to take place here was halted by the administrative court of Tirana. Kalivaç, Albania, February 2024. Image from the ongoing series “Echoes of Vjosa.”
Mathias Zwick
Mathias Zwick – Irma est la seule femme à la tête d’une entreprise de rafting, une activité touristique majeure le long de la Vjosa. Engagée dans la préservation environnementale du fleuve, elle organise régulièrement des actions de nettoyage de cette rivière qu’elle surnomme affectueusement « notre Reine ». Përmet, Albanie, 7 octobre 2023.

Ce qui anime Mathias, au fond, reste immuable : raconter des histoires. Peu importe le médium ou la forme, ce sont les récits des autres — et parfois les siens, en filigrane — qui nourrissent son regard. Un photographe voyageur, attentif, pour qui chaque image est une tentative sincère de transmettre.

QUESTIONS DU TAC AU TAC
Ta musique du moment ?
Wu-Tang
Où faire une balade ? Dans le pays de Bitche, il y a un univers visuel fort et plein d’histoires de vie à trouver.
Où boire un verre ? L’Éléphant Siffleur
Ton lieu culturel alsacien favori ? Le Cosmos
Ton plat alsacien préféré ? Cordon bleu munster avec des spätzles crème champignons

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