Sacha est tatoueur et peintre, il naît à Mulhouse en 1968, une année charnière qui l’a sans doute imprégné de son esprit de révolte. Pour Sacha l’art est politique et il ne s’apprend pas à l’école. Chez Sacha Lehné, tout commence par une image. Ou plutôt par l’envie de la fabriquer. Depuis l’enfance, le dessin est là, comme une évidence. À 17 ans, un premier tatouage. Il découvre alors un univers tout particulier. Après s’être essayé un an à la Faculté d’arts plastiques de Strasbourg, il préfère faire ses armes par lui-même. L’école c’est très bien pour apprendre des techniques mais c’est par l’indépendance que Sacha va chercher à développer son équilibre plastique. Comme beaucoup, c’est sur lui-même qu’il expérimente ses premiers tatouages puis sur des amis avant d’ouvrir son propre shop à Strasbourg en 1994. À l’époque, le tatouage est loin d’avoir la place qu’il occupe aujourd’hui : il appartient à une subculture, avec ses propres codes, ses gestes et ses traditions. « C’était sauvage », raconte-t-il, sans infrastructure ni cadre académique pour venir en régir la pratique.

Il y a aussi, dès le départ, une forme de violence dans cette pratique. Le tatouage est une marque faite sur le corps, une image qui s’y inscrit définitivement. Pour Sacha Lehné, cette dimension n’est pas à évacuer mais à sublimer. Il aime dans l’art ce qui peut provoquer une réaction, déranger, mettre quelque chose en mouvement. « Il faut qu’il y ait un groove, mais aussi quelque chose d’incisif, une agression constructive. »
Cette énergie brute, presque punk, reste au cœur de son travail. Avec le temps, la technique s’affine, la virtuosité progresse, mais l’enjeu est justement de ne pas perdre ce qui faisait la force des premiers gestes : leur fraîcheur, leur spontanéité, leur violence. Une tension qui traverse toute sa pratique.
Les flashs de tatouage, ces planches où les motifs sont composés et équilibrés, constituent déjà pour lui de véritables objets plastiques. Une tradition de transmission entre tatoueurs qu’il observe, transforme et fait évoluer. Si le tatouage est son point de départ, Sacha s’est aussi essayé à la sculpture à la tronçonneuse et c’est par la peinture qu’il déploie son univers à travers de grands formats.


Aujourd’hui, cette histoire nourrit directement sa pratique. Les codes du tatouage traditionnel – qu’il soit primitif, japonais ou électrique – deviennent une matière qu’il peut détourner et emmener ailleurs. Il mélange les techniques, les supports et les textures : acrylique, aquarelle, lavis, crayons…
La couleur prend d’ailleurs une place particulière dans son travail. Là où le noir et blanc lui semble parfois trop évident, il cherche dans les couleurs leur capacité à se confronter, à se mélanger. Félins, panthères, corps, amour, mort : les motifs familiers de l’iconographie du tatouage continuent de traverser son univers, mais sous des formes nouvelles.
Cette fidélité au tatouage tient aussi à son histoire. Sacha Lehné s’intéresse à ce qui traverse les époques, aux gestes et aux images qui se transmettent. Avant même de parler de style, il cherche ce qui peut toucher à une forme d’intemporalité. Le tatouage lui offre justement cette continuité : des codes anciens, des techniques qui évoluent, mais une même nécessité de fabriquer une image et de la faire exister.
Après avoir beaucoup voyagé justement grâce au tatouage, il part vivre onze ans en Norvège en 2010. Il y ouvre un shop, y forme un tatoueur et découvre une autre manière de penser le travail et les rapports sociaux. Il revient finalement en Alsace en 2022, avec la même envie de produire, de chercher et de construire ses propres projets. Il ouvre d’ailleurs la galerie Venomen à Strasbourg dans le quartier des XV. En novembre, la galerie participe au salon d’art contemporain St-art du 13 au 15 novembre. Vous pourrez y découvrir le travail de Laure André, de Michel Boetsch et les derniers travaux de Sacha.
Aujourd’hui, tatouage et art contemporain cohabitent dans son quotidien. Sacha continue à tatouer, mais développe surtout un travail de recherche plastique. Et s’il revendique une certaine virtuosité, ce n’est jamais pour la virtuosité elle-même. Ce qui compte reste la fabrication et le message : passer du temps sur une image, expérimenter, recommencer, maîtriser un geste et bousculer.
Ses œuvres portent ainsi quelque chose de cette histoire : la brutalité et la précision du tatouage, la liberté de la subculture, le goût du travail manuel et l’envie de ne jamais tout à fait domestiquer l’image. Fabriquer, encore et encore, avec l’espoir qu’elle puisse dépasser son époque et surtout continuer à provoquer quelque chose chez celui qui la regarde.
Ton restau préf’ ? À la Couronne à Carspach, la carpe frites
Où faire une balade ? Au Champ du feu en kawasaki Z1000ST
Ta soirée idéale ? Chez moi en bonne compagnie avec quelques bouteilles de champagne extra brut
Ton festival alsacien préféré ? Colmar Tattoo Fascht
Ton lieu culturel favori ? Le MAMCS
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