© Coze - Jean Linnhoff © Bartosch Salmanski - 128db.fr

Pour marquer le coup en cette rentrée 2020, nous avons invité l’artiste illustrateur/graffeur Jean Linnhoff à réaliser la couverture de notre numéro de septembre. L’occasion de mettre en lumière cet artiste aux multiples facettes, qui use de nombreux médiums pour offrir à son public et à ses commanditaires des œuvres riches et originales. Avec son univers mystique, jonché de créatures fantastiques et médiévales, Jean Linnhoff s’est fait une place de taille dans le milieu artistique local et bien au-delà. Illustrateur de base, l’artiste colmarien s’est prêté au jeu du graffiti, qu’il n’a jamais quitté. Depuis, il prend plaisir à illustrer de nombreux murs d’envergure et à ornementer tous les espaces qui lui sont confiés. Il n’en a néanmoins pas oublié son premier amour, et continue de façonner, à travers ses différentes collaborations et projets personnels des personnages surnaturels et hors du commun.

Coze Agenda Culturel Alsace Septembre 2020

Coze : Bonjour Jean ! Pour commencer, pourrais-tu te présenter s’il te plait ?

Jean Linnhoff : Et bien, je m’appelle Jean Linnhoff. Je suis un artiste indépendant installé à Colmar, là où j’ai grandi. Je travaille en tant qu’artiste professionnel depuis 2003. Mon métier de base est illustrateur. Je continue l’illustration mais je me suis principalement tourné vers le graffiti, la réalisation de grandes fresques à la bombe.

Coze : Qu’est-ce qui t’as poussé à prendre cette voie artistique ? Comment t’es-tu formé ?

Jean Linnhoff : J’ai fait un BAC STI Génie Mécanique, rien à voir avec l’art en général même si je faisais une option Arts Plastiques. Je pensais faire de la conception industrielle, mais à la fin de ma terminale on a visité l’usine Peugeot à Mulhouse et les Pistons de Colmar pour découvrir le milieu dans lequel on allait se diriger. Là, je me suis rendu compte que c’était clair : je ne voulais pas faire ça. Quand je suis rentré à la maison, plein de désillusions, mes parents, qui sont artistes à la base (père, forgeron d’art et mère, orfèvre), m’ont incité à me tourner vers le dessin d’art. J’ai donc intégré une mise à niveau en arts appliqués à l’Ecole Préparatoire d’Arts Plastiques de la Manufacture de Colmar. J’ai pu durant cette année développer mes capacités techniques et ensuite intégrer la Fachhochschule für Grafik und Design à Münster en Allemagne. J’ai fait un cursus complet de cinq ans là-bas. Durant les deux premières années j’ai expérimenté de nombreux médiums et me suis spécialisé en illustration à partir de la troisième année. C’est une école très axée illustration jeunesse, mais ouverte à tous les styles. Pour ma part, je me suis plutôt tourné vers les styles médiéval et fantastique.

« Je ne peux pas me décrire comme un graffeur parce que c’est pas le graffiti qui m’a vu naître en temps qu’artiste, c’est l’illustration. »

Coze : Tu parlais d’expérimenter différents médiums. Quels sont ceux que tu utilises aujourd’hui ?

Jean Linnhoff : Avant d’être peintre, je suis illustrateur. Je dessine au crayon, à la mine de plomb, beaucoup au fusain pour le noir et blanc et quand j’ajoute de la couleur, j’utilise de l’aquarelle ou bien un mélange d’aquarelle et de crayons de couleurs aquarellables… Il y a pas mal de techniques mixtes. Ça m’arrive de faire de la peinture acrylique et de repasser par dessus avec des pastels gras ou alors de la peinture à l’huile. Il y a des tableaux sur lesquels j’ai utilisé cinq techniques différentes. Avec chaque technique on peut faire des choses particulières. En ce moment, j’utilise beaucoup le numérique aussi pour faire les maquettes de mes projets. Je fais également de la lithographie, de la gravure, de la sculpture avec des structures en acier, des blocs de polystyrène taillés, de la fibre de verre, de la résine, du sable et des pigments pour des décors à destination des centres de loisirs et des parcs d’attraction. Et puis, la bombe de peinture, qui est désormais mon outil principal. C’est le médium qui a pris le dessus. Je combine la bombe avec de la peinture acrylique (marqueur et pinceau) pour donner des effets de textures.

Coze : Il y a eu une vraie évolution dans ta pratique. Comment tu expliques que tu sois passé de techniques « traditionnelles » à celles-ci ?

Jean Linnhoff : En fait, je continue les autres techniques, mais il y en a certaines qui sont plus adaptées en fonction du rendu qu’on veut avoir. Forcément, quand on fait des grands formats, la bombe permet de travailler en grand et vite. Par contre, si je fais de l’illustration fantastique, avec beaucoup de détails, je vais travailler en numérique ou alors au crayon et à l’aquarelle. Tout dépend du projet et des commandes qu’on me passe. La grande majorité de mes travaux sont des commandes pour lesquelles je m’adapte et utilise des médiums spécifiques.

« Mes travaux personnels sont souvent en noir et blanc parce que j’aime travailler l’ombre et la lumière, le clair/obscur ainsi que le plein et le vide. »

Coze : Du coup, comment définirais-tu ton travail aujourd’hui

Jean Linnhoff : Je continue à être illustrateur, mais j’illustre maintenant sur des murs. Je ne peux pas me décrire comme un graffeur parce que c’est pas le graffiti qui m’a vu naître en temps qu’artiste, c’est l’illustration. La bombe, c’est pour continuer mon métier d’illustrateur sur des grands formats. Sinon, mes œuvres sont hyper variées. D’une commande à l’autre, je peux adopter un style radicalement différent. Mes travaux personnels sont souvent en noir et blanc parce que j’aime travailler l’ombre et la lumière, le clair/obscur ainsi que le plein et le vide. Je traite cela avec des surfaces foncées et des surfaces claires. Ça me permet de faire apparaître des volumes. Je ne travaille pas tellement au trait, c’est à dire que je ne fais pas de dessin avec des contours à remplir. Ce n’est plus du tout ma manière de travailler. Maintenant je fais vraiment des surfaces.

Coze : Essayes-tu de véhiculer un message en particulier à travers tes œuvres ou tu te laisses plutôt porter par les projets ?

Jean Linnhoff : Il n’y a pas de message en particulier, mais il y a souvent des thèmes qui ré-apparaissent dans mon travail personnel, notamment des créatures fantastiques. Mais, quand je fais un grand mur juste avec un monstre ça peut devenir effrayant pour le public ou trop simple. Je rajoute donc un élément pour mettre le monstre en dérision ou pour apporter une touche d’humour dans le dessin qui rend la peinture un peu décalée.

« Il faut un certain temps avant de maîtriser l’outil, mais le premier rapport que j’ai eu avec la bombe… Ça a tout de suite matché ! »

Coze : Est-ce qu’il y a eu des personnes autour de toi ou des personnalités qui ont eu une influence sur ton travail ?

Jean Linnhoff : Pendant mes études, j’ai fait la connaissance du graffeur Bezok, qui est devenu l’un de mes meilleurs amis. Il était déjà un artiste graffeur de renom avant d’intégrer la même école d’art que moi, pour devenir illustrateur. Un jour, il m’a invité à l’accompagner graffer. J’ai tout de suite adoré ! Il faut un certain temps avant de maîtriser l’outil, mais le premier rapport que j’ai eu avec la bombe… Ça a tout de suite matché ! C’est lui qui a fait que je suis maintenant un artiste graffeur/illustrateur. Au niveau des artistes qui ont influencés mon travail, il y en a beaucoup ! Pour tout ce qui est illustration fantastique, qui était la base pour moi, il y a Iain McCaig, Gerald Brom, Alan Lee associé à Brian Froud. Mais aussi, Karl Kopinski, Paul Dainton, Adrian Smith qui sont mes illustrateurs préférés dans l’univers « War Hammer ». C’est une partie de ceux qui m’ont influencé parmi les artistes modernes. Je suis inspiré aussi par des artistes plus anciens comme Pieter Brueghel, Jérôme Bosch, Rembrandt pour sa manière de travailler l’ombre et la lumière, Léonard de Vinci avec ses croquis, Le Caravage, Eugène Delacroix… Des influences variées !

Coze : Quelles sont les réalisations dont tu es le plus fier ?

Jean Linnhoff : Lors d’un jam de graffiti en 2017 dans le cadre du festival Mécaniques Urbaines, avec notre collectif Orbit 119, on a illustré en deux jours l’un des murs de presque 50 m de long sur 7m de haut des Friches DMC à Mulhouse. On s’est mis d’accord avant de commencer et on a réalisé ensemble une fresque immense où on se chevauchait. Ça a été une vraie réussite, avec des styles radicalement différents ! Notre collaboration a bien fonctionné, on était vraiment en phase. Il y aussi la dernière grande fresque que j’ai réalisée à Mulhouse : un portrait d’Albert Schweitzer de 15m de haut sur 11m de large. Je suis content de l’avoir fait, de l’avoir réalisé en seulement huit jours et qu’elle plaise tellement.

Jean Linnhoff Coze Agenda Culturel Alsace

Coze : Tu as aussi réalisé plusieurs ouvrages. Pourrais-tu nous en parler un peu ?

Jean Linnhoff : En effet, j’en ai réalisé plusieurs. Il y a un album jeunesse, Le Pari de Till qui était mon travail pour le diplôme, avec un lutin à qui il arrive une aventure. Ma mère a écrit l’histoire et je l’ai illustré. Deux ans plus tard il a été édité par Les Petites Vagues. J’ai aussi réalisé une commande pour un ami auteur et illustré son conte. Je l’ai travaillé de manière ultra minimaliste avec des silhouettes, des ombres chinoises, pour une esthétique qui collait avec l’histoire. C’est un texte qui s’adresse plus à des grands enfants voir des adultes, donc le traitement graphique est différent de ce qu’on peut reconnaître de mon travail habituel. J’ai aussi travaillé pour beaucoup de maisons d’éditions de jeux de rôles en Allemagne. Je ne peux pas tous les citer, mais j’ai réalisé des livrets entiers avec une quarantaine d’illustrations et d’autres partiellement, en collaboration avec d’autres illustrateurs. Je devais mettre en image les descriptions des personnages. C’est vraiment la base de mon métier. Dernièrement j’ai aussi illustré un jeu de cartes qui verra le jour prochainement : Les Chroniques de Waral.

Coze : Et parmi les différentes collaborations que tu as eues, est-ce qu’il y en a qui ont été particulièrement marquantes ?

Jean Linnhoff : Je travaille essentiellement pour des entreprises, parfois pour des particuliers et aussi assez régulièrement pour des communes. J’ai travaillé pour des grandes entreprises telles que Mercedes-Benz Trucks à Molsheim, Rector Lesage, Liebherr France pour qui j’ai peint la 60 000e pelleteuse, DS Automobiles, BASF, mais aussi Europa-Park, Megazone Laser Games… J’ai aussi eu la chance de remplacer Antoine Helbert à la fonction de Directeur Artistique du Pfifferdaj, la Fête des Ménétriers à Ribeauvillé, pendant trois ans. J’ai également travaillé pendant dix ans pour APO Snowboards. C’est une expérience qui m’a permis de me faire connaître de manière assez large, dans cet univers qui me correspondait. C’était l’un de mes premiers clients. Je proposais chaque année une série d’illustrations pour les boards, qui étaient vendues dans le monde entier, notamment pour David Vincent qui était l’un de mes snowboarders préférés. Une consécration !

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Coze : Quels sont tes projets à venir ?

Jean Linnhoff : Début septembre, je pars à Villeurbanne réaliser mon douzième décor de Laser Game. J’en ai fait plusieurs dans l’Est de la France. Celui-ci sera sur le thème « rues de New-York post-apocalyptique ». Normalement je travaille seul, mais cette fois-ci, l’artiste Myse m’accompagnera sur ce projet. Dans la foulée, je vais participer au festival Arkedi’art à Turckheim. Je fais partie des 30 graffeurs sélectionnés. J’ai pleins d’autres projets à venir !

Coze : As-tu un message à passer à nos lecteurs ?

Jean Linnhoff : C’est un message qui s’adresse surtout aux lecteurs qui aimeraient se lancer dans ce métier. Il y a un maître mot, c’est : expérimentez ! C’est le meilleur conseil qu’on puisse donner à quelqu’un qui se lance dans la création artistique. Peut importe le domaine, il faut expérimenter et ne pas avoir peur d’essayer plein de choses, jusqu’à trouver ce qui nous convienne. Ça vaut pour tout dans la vie ! C’est bien d’aller vers l’inconnu, de découvrir le monde… Soyez curieux !

 

Test du tac au tac :

Ton film préféré : Le Nom de la Rose de Jean-Jacques Annaud.

Une musique qui te ressemble : Minilogue – The Leopard (Extrawelt remix).

Ton spot préféré en Alsace : Les Friches DMC à Mulhouse.

 Si tu pouvais crier un truc dans la rue là, tout de suite : Il fait chaud !

Site de Jean Linnhoff

Emilie Jade Vauban

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