Du vendredi 31 octobre au dimanche 9 novembre 2014.
Au Temple Neuf de Strasbourg
Place du Temple Neuf, 67000 Strasbourg

Philippe Dutilleul : 

Philippe Dutilleul est né en 1946 à Tourcoing. Il se forme en Belgique, à l’Ecole des Arts Décoratifs de Tournai.
L’excellence de sa formation et son savoir-faire le font engager de 1968 à 1979 comme restaurateur des Musées de la Ville de Strasbourg.
En 1975, il est lauréat à Paris du prix Paul-Louis Weiller, attribué tous les 4 ans. De 1978 à 1986, il expose à Vienne, Fribourg, Bâle et Montpellier. De 1989 à 1993, période d’hyperréalisme poétique pour ses créations, il est l’un des artistes de la galerie Alain Blondel, Paris,qui le présente à la FIAC trois années consécutives.
Il vit aujourd’hui dans une forêt près d’Uzès et propose depuis 2006 une nouvelle démarche créatrice qui traduit son amour de la nature dans sa force et sa beauté. Planètes, nus, natures mortes surdimensionnées sont ses autres sujets d’inspiration.

Philippe Van Der Linden, le copiste

Philippe Dutilleul est aussi le copiste « Philippe Van der Linden ». Cette traduction (« Linden » signifie « tilleul » en allemand) indique l’étonnante parenthèse de travail qu’il s’accorde depuis toujours et qui nourrit l’ensemble de sa création.

« Copier les maitres anciens, c’est voyager dans le temps… je mets mes pas dans ceux du peintre d’antan, mon pinceau dans le sillage du sien, je sens sa proximité à des siècles d’écarts. Une source d’émotions rares »

Sa passion remonte à sa jeunesse (en 1963, il copiait déjà un Jérôme Bosch !). Ses études de peinture en Belgique – il choisit sans hésiter le métier de restaurateur – l’ont d’emblée familiarisé avec les écoles du Nord. Les Musées de Strasbourg, où il a été nommé restaurateur officiel, furent le premier lieu de son perfectionnement.
Des copies de natures-mortes il est passé au fil du temps à une maîtrise qui lui permet de copier les « grands » des 15, 16 et 17èmes siècles, et notamment les portraits célèbres, en retrouvant leurs techniques propres d’une manière presque médiumnique.
Copiste, certes, mais non faussaire ! Un détail, caché ou non sur le tableau, le souligne parfois tel un clin d’oeil complice et amusé qui nous est adressé : une signature « Van der Linden », le visage de Dutilleul lui même, ou le même en salopette bien contemporaine…
Il y a les heures de travail et une éblouissante technique, mais l’essentiel est le voyage qui nous est proposé dans cette profusion de subtilités, une invite à goûter au-delà du temps la complexité et le mystère de l’art de peindre.
Et peut-être, de faire de l’un ou l’autre de ces tableaux, un délicat compagnon.

 

On va voir…

Une exposition de copies : comment comprendre ce parti ?
Nous avons depuis longtemps oublié le rôle déterminant de la copie, non seulement dans la formation des jeunes peintres, mais aussi dans la familiarité que les artistes les plus illustres entretiennent tout au long de leur vie avec les grandes oeuvres, qu’il s’agisse de Delacroix ou de Picasso, de Derain ou de Degas.
Écartons la notion de copie-reproduction, pure mécanique. Évoquons d’abord la fonction de formation. Avec Dutilleul, et bien que ses différents parcours l’aient familiarisé de longue date avec des vocabulaires dont aucun n’a pu le définir totalement ni épuiser définitivement sa volonté de peindre, l’idée de formation prend un sens différent, celui de conduire plus loin encore l’exploration des oeuvres, d’en étudier les expressions les plus subtiles, les linéaments les plus mystérieux.
Il s’agit – tout en dominant depuis bien longtemps la « manière » – de pénétrer dans les savoirs les plus cachés des siècles passés.
Cette rigueur absolue dans l’approche du maître ancien – entière honnêteté et totale humilité dans la pratique – ouvre pour ce type de copie la voie au dialogue avec des œuvres capitales.
Les entendre, les comprendre, cela ne se mérite qu’au terme d’un long cheminement. Alors seulement, le peintre-copiste peut aborder les grandes oeuvres, et enfin peindre les peintres, puisqu’il entretient avec eux un dialogue intime, profond, continu, de ceux qui durent toute une vie.
« Entrer si loin dans le mystère de la création d’autrui, je puis affirmer que je me sens, dans le recueillement et le silence de mon atelier, comme le moine copiste dans sa cellule » nous dit-il.La perfection de la copie est à ce prix. Elle seule nous rend la magie du chef-d’oeuvre. Elle seule peut même parvenir à en restituer la beauté, osons dire le mot.
La beauté, dont la conquête occupe entièrement Dutilleul, unique point de rencontre possible entre les symboles d’ un monde oublié et les codes du nôtre.
Habitant complètement une époque, une esthétique, une pensée, il fait du temps, gardien du trésor inépuisable des merveilles de l’histoire de l’Art, la matière même de sa peinture et la principale composante de son travail.
Les Maîtres d’autrefois, grands thèmes et grands peintres : en choisissant parmi les tableaux les plus célèbres de notre histoire, Dutilleul nous restitue les lieux où se croisent nos mémoires d’Européens. Points de rencontre toujours accessibles, quels que soient les niveaux de lecture des oeuvres ou de formation du public, où s’est construite pour nous l’idée même de beauté. Comment imaginer communion plus largement ouverte et plus démocratique ?

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