Exposition : du 2 mai au 12 octobre 2014
Monumental et in situ
Felix Schramm est sculpteur. D’emblée, son œuvre frappe par le sentiment de puissance qu’elle dégage, par sa capacité à se développer à l’échelle monumentale et par l’audace avec laquelle elle s’impose dans l’espace. Complètement in situ, ces pièces portent en elles quelque chose d’improbable qui défie, bouscule et déstabilise l’espace. Elles se donnent à voir comme d’impressionnantes déchirures et perforations de l’architecture, comme des enchevêtrements de pans de murs et de fragments géants de constructions, qui semblent avoir été arrachés ou déchirés et figés là, en un chaos visuel intensément coloré, pouvant évoquer une esthétique de la catastrophe mais semblant néanmoins à une juste place. Contrairement aux apparences, Felix Schramm n’est pas l’auteur d’installations brutalistes et à sensation, ni d’une œuvre en forme de commentaire sur la ruine et le désordre du monde. Son travail relève profondément de la sculpture, envisagée comme extension formelle d’un principe de (dé)construction.
Digression architecturale
La sculpture de Felix Schramm s’élabore avec le vocabulaire et les matériaux de l’architecture, par ajouts de fragments croisés et agrégés entre eux en même temps qu’ils s’inscrivent dans l’espace investi. L’artiste procède avec une équivalence de gestes d’assemblage et de percement, ou de découpage. Il fait autant qu’il défait, et dans les espaces qu’il investit, ce qui est déconstruit le dispute à ce qui est construit, le vrai à l’artificiel, en un troublant amalgame. Il utilise des fragments récupérés d’anciennes sculptures autant que des éléments fabriqués pour l’occasion, et des murs qui semblent naturellement porteurs ou structurels peuvent s’avérer avoir été parfaitement fabriqués pour être ensuite troués ou traversés.
Complexité de l’expérience sensible
La sculpture de Felix Schramm recrée et bouscule l’espace ; nul ne peut déterminer immédiatement la profondeur qu’elle occupe. Dans sa monumentalité, elle joue sur un dévoilement progressif de son volume et sur une indistinction subtile entre les dimensions, du plan au spatial et vice-versa, revendiquant également un caractère pictural. On ne trouve dans ces digressions architecturales ni mémoire de l’habiter ni recherche de fonctionnalité, mais plutôt le souci d’un équilibre et d’une tension formels. Au-delà de la première perception des effets de puissance, la force de la sculpture de Felix Schramm réside dans la complexité de l’expérience visuelle et spatiale qu’elle procure. Le visiteur qui la parcourt découvre progressivement une surprenante variété de couleurs, de jeux de surface et de profondeur, de sensations d’échelle, d’ouvertures et de percées. Le regard s’engouffre dans les brèches, rebondit sur les fragments, s’enfonce dans la profondeur de la sculpture. Au fil de points de vue qui se complètent les uns aux autres, il engage un jeu incessant de zoom entre proche et lointain et de questionnement intrigant sur la nature de la perception.
Frac Alsace / Agence culturelle d’Alsace
1 espace Gilbert Estève – Route de Marckolsheim – Sélestat
www.culture-alsace.org