Dimanche 30 mars 2014
Dernier jour de la Biennale Corps-Objet-Image, dernier jour des Giboulées. C’est dimanche, jour de repos, les compagnies se retrouvent sur le Rafiot pour déjeuner. S’y tient avant, à partir de 11h, le club R, « un lieu de croisement où rencontrer ceux qui font le projet du TJP […] une plateforme de réflexion ». Aujourd’hui, le club s’appelle le club P pour Partage, Prise de Position et Perspective. Beaucoup des acteurs du festival sont là, des étudiants de master 1 en art du spectacle aussi, et l’on échange. Pour se faire, on partage les tables, on se mélange, en petits clubs, pour formuler une seule question à la fin, une question que nous a posé la Biennale.
J’apprendrai plus tard que je ne suis pas censée être là, je suis bénévole pour le repas, je devais me présenter à 11h30, je me présente à 11h30 mais pas sur le bon côté du bateau. Pour le moment, je suis assise au milieu de participants au festival, l’un d’eux raconte le spectacle « Eléphant Perdu » dont les comédiens prendraient en otage le public. Il a eu peur il dit. Alors on parle du public, de ses perspectives d’action dans tous ces spectacles, on parle aussi de « Fama », ou comment le spectateur dépend de ce que lui permet l’artiste. L’une des organisatrices des parcours pro, autre activité prévue dans le cadre du festival, annonce que c’est difficile de bouleverser le public, de le faire se mouvoir. Deux étudiantes parlent du spectacle « La Fabrique » en expliquant que le public ne sait pas quand applaudir, que la fin est trouble. Un chercheur en philosophie et en psychologie évoque une position humiliante, le spectateur serait toujours soumis à la bonne volonté des artistes.
On se demande donc comment faire sortir le spectateur de sa coque de spectateur, peut-on bousculer les conventions d’une représentation qui s’installent entre le public et les artistes? « Je crois que je n’ai jamais entendu de public huer » dit l’une des participantes.
On écrit nos questions sur un tableau. Chaque groupe doit lire sa question, deux minutes par groupe. « Ce festival crée-t-il un exercice de la rencontre ? », « Comment le public se massifie, prend forme, sans se connaître ? », « Quel mode d’énonciation pour parler d’une expérience sensible ? »… A la fin, Christophe Le Blay, l’un des organisateurs du club R, conclue : « des envies, des positions après ces questions ? ». Silence. Le festival propose de l’ouverture. Renaud Herbin rappelle que cette année, le TJP aura 40 ans.
C’est l’heure du déjeuner. Moi, en retard, je prends place à l’entrée du Rafiot, je coche les invités et distribue les tickets boisson. De nouveau, je suis bénévole, jusqu’à 14 heures.
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Texte & photo : Sara Zaïmov