« Qu’est-ce qui reste d’un lieu ? Qu’est-ce qui reste de nous dans un lieu ? Et qu’est-ce qu’un lieu garde de celles et ceux qui l’ont traversé ? J’aimerais partir de ces questions très simples pour cette nouvelle édition d’Encrages. Je voudrais proposer aux participant·es de devenir, pendant plusieurs mois, les enquêteur·rices de leur propre environnement. Chacun·e sera invité·e à collecter des images, des sons, des récits, des objets, des souvenirs. À filmer avec son téléphone un endroit, une personne, un geste, un détail dont elle·il pense qu’un jour il pourrait ne plus rien rester. Il ne s’agira pas de raconter sa vie, mais de regarder autour de soi et de se demander : qu’est-ce qui mérite aujourd’hui d’être regardé, enregistré, transmis ? Qu’est-ce que je voudrais sauver de l’oubli ? Ces matériaux constitueront progressivement une archive sensible et collective de notre territoire. Une autre cartographie de Colmar et de ses alentours, faite non pas de monuments ou de lieux patrimoniaux, mais de ce qui compte pour celles et ceux qui y vivent. Un auteur ou une autrice accompagnera cette recherche et les récits réels pourront devenir fiction. Une histoire pourra changer, passer d’une personne à une autre, se réapproprier. Un souvenir pourra être transformé, déplacé, réinventé, remixé. Je voudrais que nous jouions précisément avec cette frontière : à quel moment une trace devient-elle récit ? À quel moment un souvenir devient-il fiction ? À partir de toutes ces traces individuelles, nous chercherons ce qui nous relie. La restitution publique sera l’aboutissement de cette enquête, mais elle en constituera aussi une nouvelle trace. Le spectacle donnera naissance à un film réalisé à partir des images collectées tout au long de l’année et de ce qui aura été inventé ensemble au plateau. Je tiens beaucoup à cette idée : que le projet fabrique sa propre mémoire. Dans un monde qui se transforme, qu’est-ce que nous décidons de garder ? »
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