© Simon Gosselin

Par Laurie Moor

Les Forces vives, jouées à la Comédie de Colmar et écrites par Camille Dagen, nouvelle création d’Animal Architecte, retracent l’itinéraire de Simone De Beauvoir, en faisant une très libre adaptation de ses œuvres autobiographiques dont Mémoires d’une jeune fille rangée, publiés en 1958 chez Gallimard.

Où l’on découvre ce que pouvait signifier devenir et être femme au Xxème siècle et le développement de cet esprit brillant et « masculin », selon les dires de son père. A sept ans, Simone est chauvine et va à confesse. Elle est une « vraie chrétienne » qui « se sacrifie avec grâce » et souhaite ardemment la fin de la guerre. Son père est zouave, le sucre et les artichauts viennent à manquer et le roman Claudine est proscrit.
Aux côtés de sa sœur Poupette, jouée par une homme sans que cela se justifie dans le récit autobiographique, elle découvre son corps et la sexualité. Son père rentré de la guerre est acteur à ses heures perdues et le couple parental se montre volontiers licencieux, ce qui n’était certainement pas le cas. Le communiqué avait annoncé que la pièce ne serait « ni biopic ni adaptation » mais bien une traversée de « l’existence de Simone de Beauvoir, de l’enfance à la vieillesse, en embrassant son œuvre ».

Des vidéos tournées sur scène en direct et des bribes de textes surgissent sur un rideau-écran, qui révèle une scène à plusieurs étages et un décor modulable. Ce jeu nous rappelle le Nemo, également donné à la Comédie de Colmar, dans lequel les personnages évoluaient librement sur une scène étagée. Camille Dagen nous livre un intermède très juste sur les questions posées par les enfants aux parents, sans trouver réponse. Des questions sur le corps et la sexualité : pourquoi on n’en parle pas, du corps des humains, alors que l’on parle de ceux des animaux ? Et pourquoi les jeunes filles se sentent regardées ? Pourquoi est-ce que certaines chansons sont interdites ? Et pourquoi les adultes rougissent parfois ?

En point d’orgue de la pièce, on trouve l’arrivée de Zaza, la meilleure amie de Simone. C’est une ode à l’amitié féminine autant qu’une réflexion sur le deuil et la douceur amère de la vie. Encore une fois, les mots d’enfants résonnent avec force : « tout ce qu’elle dit est drôle et intéressant ». La deuxième partie est plus documentaire, explore la réception du Deuxième sexe et les violences silencieuses de la société française d’après guerre.

Les Forces Vives
Joué les 10 et 11 octobre 2024 à la Comédie de Colmar
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