Dans la grande enquête collective sur les lieux de mémoire menée par Pierre Nora à la fin du siècle dernier, l’historien évoque une France entrée dans une phase de « haute fréquence commémorative ». Depuis quelques décennies déjà, les sociétés européennes sont le théâtre d’un renouveau de la passion commémorative qui relèverait, selon certains, d’une hypermnésie aux effets troubles – apaisement des tensions mémorielles mais aussi concurrence et dévalorisation mémorielle – selon d’autres, plus sévères, d’une hystérie contemporaine du devoir de mémoire.
L’intensité commémorative s’accompagne d’une mobilité mémorielle qui rend le panorama des commémorations extrêmement changeant : dans une dynamique d’activation, de réactivation ou de désactivation de passés plus ou moins récents, le scénario mémoriel est marqué par des disparitions et des émergences, remarquables ou prudentes, ostensibles ou discrètes, qui affectent l’espace et la mémoire collectifs. L’espace public connaît, d’un côté, une suppression, consensuelle ou conflictuelle, de symboles controversés : le débat sur le déboulonnage de statues prend de plus en plus d’ampleur. De l’autre, des nouvelles ou récentes revendications demandent à faire remonter à la surface et à injecter dans la mémoire collective des histoires et des mémoires négligées ou refoulées.

Sybille du Haÿs et Anaïs Marion nous accompagnent dans un itinéraire qui explore les notions de commémoration et de monument commémoratif. En nous invitant à traverser les paysages de la vallée de la Thur et d’ailleurs, marqués par les conflits et jalonnés de lieux de mémoire, les deux artistes interrogent leurs formes, leur sens, leur fonction, la place qu’elles occupent au sein de nos sociétés aussi bien que les gestes, les rituels et les paroles qui soutiennent et accompagnent leur soin et leur entretien.

Abri mémoire
1 rue du Ballon,
68700 Uffholtz

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