Le Musée Tomi Ungerer – Centre international de l’Illustration, présente le chapitre 2 de l’exposition « Enfantillages » qui reprend le fil chronologique là où l’exposition présentée au palais Rohan (Galerie Heitz) se termine, c’est-à-dire avec Tomi Ungerer et la création de l’Atelier de l’Illustration à Strasbourg en 1972 par Claude Lapointe disparu tout récemment.
François Ruy-Vidal, un des éditeurs importants de la littérature francophone jeunesse de l’époque, a formulé quatre principes pour son programme : « Il n’y a pas d’art pour enfants, il y a de l’art. Il n’y a pas de graphisme pour enfants, il y a le graphisme. Il n’y a pas de couleurs pour enfants, il y a les couleurs. Il n’y a pas de littérature pour enfants, il y a la littérature. En partant de ces quatre principes, on peut dire qu’un livre pour enfants est un bon livre quand il est un bon livre pour tout le monde ». Ce principe fondateur est révélateur d’une évolution majeure dans la conception et la création de livres, une évolution qui a commencé avec la seconde moitié du XXe siècle et se poursuit jusqu’à aujourd’hui.
Cet enjeu essentiel, « Il n’y a pas de littérature pour enfants », sert de fil conducteur et de titre pour l’exposition : il s’agit de faire de l’illustration une forme d’art à part entière, et d’utiliser les mêmes critères de qualité artistique et littéraire pour la littérature jeunesse que pour la littérature générale.
L’exposition prend son point de départ dans l’œuvre de Tomi Ungerer et examine comment les limites entre les différents genres littéraires sont abolies à partir du moment où les enfants sont pris au sérieux, où on les confronte à des thèmes difficiles et, surtout, où ils peuvent construire eux-mêmes le sens de l’œuvre. Elle dépasse ainsi la question de la littérature pour poser celle, éminemment sociale et politique, de la façon dont se construit l’imaginaire des enfants. L’œuvre d’Ungerer est portée par une foi en la littérature et en l’image dans sa dimension poétique, c’est-à-dire une pluralité du sens. Son engagement politique, sa critique satirique de la société, son appel à des valeurs essentielles comme l’amitié, le courage, le respect de la différence ne se figent pas dans des déclarations pédagogiques ou moralisatrices. Grâce à l’autonomie du texte et de l’image en tant que forme d’expression artistique, l’adulte est capable de lire d’autres choses que les enfants, et dans le même mouvement les enfants ne voient pas nécessairement ce que la voix leur lit – et leur dicte.
Au premier étage, l’exposition met en lumière des illustrateurs contemporains reconnus ou émergents qui s’intéressent à la place de l’enfant sous des formes poétiques, politiques et ludiques – parce qu’il n’y a sans doute rien de plus politiquement important, pour la construction de notre avenir, que la question de l’imaginaire des enfants. Il y a donc des livres d’aventure qui parlent de la perception du sensible, des livres écrits avec des enfants, des livres dans lesquels les rapports d’autorité entre enfant et adulte sont renversés, des livres dans lesquels la vie affective de l’enfant peut trouver une résonance. Parmi les artistes illustrateurs internationaux et strasbourgeois exposés :
Beatrice Alemagna, Pauline Barzilaï, Blexbolex, Serge Bloch, Lisa Blumen, Mathilde Chèvre, Guillaume Chauchat, Kitty Crowther, Dominique Goblet, Marie Mirgaine, Saehan Parc, Matthias Picard, Mathieu Sapin, Leo Timmers
À leur entrée dans le musée, les visiteurs sont accueillis par une fresque présentant quelques livres phares des années 1960/1970. Compilée à cette occasion par Loïc Boyer, spécialiste de la littérature de jeunesse, cette chronologie remet l’œuvre de Tomi Ungerer dans le contexte des enjeux artistiques et émancipatoires des livres de cette époque et jette un pont entre la partie consacrée à Tomi Ungerer et celle dédiée aux dessinateurs contemporains. Un mur participatif spécialement conçu pour l’exposition par l’illustrateur Serge Bloch, les y attend également. Chacun peut s’emparer d’un crayon pour y laisser son dessin.
L’exposition met en avant l’expérience sensorielle des jeunes visiteurs avec l’installation « des lieux pour s’asseoir / s’allonger / se cacher », conçue par l’artiste plasticienne Cécile Tonizzo. Elle est aussi accompagnée par une riche programmation culturelle pour tous les publics avec des ateliers, des visites, des spectacles, une table ronde et une conférence. Parmi ses évènements, une avant-première musicale pour les enfants au musée, organisée en collaboration avec l’Opéra national du Rhin, qui mettra en scène Les Trois Brigands.
Cette exposition est présentée en écho à « Enfantillages. L’Alsace et les prémices de l’illustration jeunesse, XIXe-XXe siècles » exposition visible au palais Rohan, Galerie Heitz du 8 novembre 2024 au 17 février 2025.
Musée Tomi Ungerer
2, avenue de La Marseillaise, Strasbourg
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