© daaaaaali ©Atelier de Production (1)

Par Aurelio Ajenjo

La sortie ce 7 février de Daaaaaaali !, le treizième film du réalisateur français et son septième en seulement six ans (!), est l’occasion de regarder dans le rétroviseur et de tenter de comprendre ce qui fait la singularité de ce cinéaste hyperproductif.

Quentin Dupieux suscite souvent le débat, le clivage même, entre les sceptiques hermétiques et les dévots convaincus. Son cinéma n’a-t-il aucun sens ? Est-il souhaitable de vouloir absolument intellectualiser ses films ? N’est-il donc qu’un cinéaste de surface, ou y a-t-il autre chose à gratter derrière tout ça ?

Voila un cinéaste dont la filmographie peut être prise comme un bloc homogène, tant elle est traversée par un trait commun: l’absurde. Ses films sont une émanation directe de son rapport au monde, qui va contre toute vision rationnelle de nos modes de vie. Ainsi l’absurdité n’est pas qu’une facilité redondante mais le seul filtre possible pour faire exister son cinéma. De là nait un décalage entre un cadre naturaliste, impersonnel et ce qui s’y déroule ; un pneu tueur dans le désert californien (Rubber, 2010), une maison magique dans la banlieue pavillonnaire française (Incroyable mais vrai, 2022), un homme et sa veste en daim dans un village perdu en montagne (Le Daim, 2019).

Ces personnages ont un rapport spontané au monde, ils réagissent à l’absurdité par davantage d’absurdité, pris dans un cercle vicieux duquel on ne s’échappe jamais vraiment. Cette spontanéité n’est pas gratuite, elle est à l’image de son auteur, qui a choisi comme mode de travail de tourner dans l’urgence et de proposer des films très courts (la plupart sont entre 1h et 1h15), sans fioriture. Il y projette aussi certaines angoisses très terre-à-terre propres à l’auteur: que son film soit nul ou déjà vu (Réalité, 2014) ou ennuyer le spectateur au point de susciter un sentiment de dégoût ou de révolte (Yannick, 2023).

La « patte » Dupieux, finalement, c’est un cinéma qui se pose contre un certain élitisme du cinéma et de la figure de l’auteur, voulant garder une certain degré d’amateurisme en faisant des films à petit budget, contre le rationnel, qui fait les choses pour la beauté du geste. Mais contre toute attente, c’est un cinéma qui a trouvé et qui continue de plus en plus à trouver ses adeptes, toujours avides de savoir sur quels terrains nous emmènera sa poésie absurde. Et quelle figure peut davantage correspondre à cela qu’un inclassable comme Salvador Dali ? Réponse en salle dès le 7 février.

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