© Portrait - Bartosch Salmanski

Pour décembre, nous vous emmenons dans l’univers de l’artiste auteure Liberty Azenstarck, un monde fait de papiers découpés, d’illustrations, de livres, de couleurs, d’objet à toucher ! Ses travaux s’articulent principalement autour de l’interaction et du ludique, un livre n’est jamais un simple livre, dans ses pages se cachent des surprises à manipuler ou à découvrir. Liberty transcende la condition de l’objet pour lui donner une âme, des sens et des chemins multiples afin de l’offrir au lecteur qui devient alors manipulateur. Elle réalise la couverture de ce numéro de décembre 2023.

La couv’ vue par l’artiste : « C’est une image upside down d’un paysage, on peut la lire des deux côtés et changer son accrochage selon ses envies. D’un côté, il représente une plaine, avec une brise qui fait danser l’herbe jusqu’à des arbres pourpres dont la lumière projette l’ombre sous les nuages qui voguent. Quand on la retourne, il pleut sur une forêt de pins à la lisière d’un lac où tout se reflète. À travers les cycles du temps et de la nature, cette illustration représente l’espoir que l’on peut toujours recommencer, inverser et transformer. »

Le print de la couverture est disponible à l’achat sur notre boutique en ligne

Nous l’avons rencontrée chez elle, dans son atelier et nous vous invitons à pousser la porte à travers une interview :

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Liberty Azenstarck, je suis artiste auteure. Je fais principalement des livres, des interventions artistiques et des illustrations. Je travaille depuis mon atelier, chez moi à Strasbourg et je suis maman ! 

Quel a été ton parcours ?

J’ai grandi dans la cité Curial qui est la plus grande cité de Paris intra-muros. Au départ, l’école ça n’était pas trop mon truc. Au collège ça n’allait pas du tout, je ne comprenais pas ce que je faisais là. Puis j’ai été conseillée par une professeure qui m’a dit de postuler pour une nouvelle section qui ouvrait au Lycée Corvisart. Il s’agissait d’un CAP signalétique, je n’avais aucune idée de quoi il s’agissait mais j’y suis allée et j’ai été prise ! On avait des cours d’histoire de l’art, de dessin de modèle vivant, de logiciels comme Photoshop ou Indesign, de lettres dessinées… Ça m’a beaucoup appris, je m’y suis mise à fond et ça a changé mon rapport aux études. Je suis devenue l’une des meilleures de la classe, j’ai décroché des bourses pour poursuivre mes études. J’ai alors fait un bac pro communication graphique, puis une année de fac d’arts plastiques et aussi une FCIL en illustration et un diplôme des métiers d’arts.

Après ça, on est parti à Angoulême avec un groupe d’amis, on y faisait de la microédition. J’ai ensuite pas mal déménagé avant d’arriver à Strasbourg ! J’avais beaucoup d’amis qui y ont emménagé, je les ai suivis et j’ai alors repris mes études aux Arts Déco. Je suis sortie diplômée de la section illustration à 31 ans.

J’ai ensuite travaillé pour la HEAR, à l’atelier de sérigraphie. Ensuite j’y ai fait une nouvelle formation, le CFPI, qui permet d’acquérir un large bagage pour mener des interventions artistiques. J’ai aussi fait une formation qui est un dispositif d’accompagnement de la région Grand Est que j’ai fait à Central Vapeur et qui accompagne les illustrateurs dans la création de dossiers pour démarcher les maisons d’éditions.

Aujourd’hui je me sens plus strasbourgeoise que parisienne, j’ai arrêté de déménager, je suis devenue sédentaire ici et je suis contente que ce soit Strasbourg, j’aime bien cette ville !

Peux-tu nous parler de ton univers ?

Ouh la ! C’est un grand bordel ! C’est compliqué de s’y retrouver, c’est un univers assez varié je dirais. À la base, je faisais beaucoup de BD alternative, en noir et blanc, c’était assez engagé. Ensuite quand j’ai repris mes études à la HEAR, j’ai arrêté de me représenter. Il y a déjà bien assez d’autoreprésentations et je me suis dirigée vers un univers avec très peu de personnages. J’ai voulu parler de l’intime en trouvant d’autres moyens. J’utilise les formes, les espaces, les matériaux ou la nature. J’essaie de faire des codes ou des jeux. Il y a toujours un côté assez ludique avec de la manipulation par exemple. J’aime bien que le lecteur soit actif et que l’objet devienne un outil de réflexion ou de communication. Je dessine rarement pour faire une belle image, je veux plutôt essayer d’embarquer les gens dans quelque chose de surprenant.

Je fais aussi des livres pour enfant mais je ne veux pas être cantonnée qu’à l’univers jeunesse. D’ailleurs parfois j’en joue, par exemple j’aime bien faire des livres avec un propos adulte qui peut être difficile comme les violences conjugales tout en mettant en lumière les codes de l’illustration jeunesse. J’aime bien bousculer un peu ces idées et m’en servir pour renforcer le message que je veux raconter.  Je travaille aussi beaucoup avec le pictogramme et les papiers découpés.

Liberty Azenstarck

Tu peux nous donner quelques exemples de tes travaux ?

J’ai fait un livre accordéon avec un triangle mobile que le lecteur peut faire vivre et balader au fil de l’histoire qui s’appelle Le triangle à tout faire.

Pierre et fleur, c’est un livre pêle mêle dans lequel lequel des végétaux rencontrent des vases. Chaque fleur et chaque matériau de vase est aussi un prénom. Le lecteur les fait se rencontrer et ça donne des couples qui peuvent être homo, hétéro et parfois on ne sait pas trop !

Liberty Azenstarck

Petit chose, c’est un livre avec un trou central. C’est l’histoire d’une graine qui tombe à côté d’un caillou. Une relation d’amitié va naitre entre les deux et la graine va devenir un arbre et le côté immense et protecteur de départ du caillou s’inverse avec l’arbre qui grandit.

Liberty Azenstarck

J’ai aussi réalisé une série d’affiches avec de l’encre invisible. Elle représente des paysages et quand on vient chercher avec la lampe à lumière noire. On découvre des couples nus. Cela permet, en plus du côté ludique de la recherche, de se questionner sur les relations sexuelles et sur le consentement. Avec des encres spéciales j’ai aussi fait des sous bocks inspirés des verres de saké. Quand on y pose sa boisson, l’encre réagit à la chaleur et apparaissent des scènes de femmes qui s’adonnent à des plaisirs charnels entre elles.

smart

J’ai aussi fait des livres cabanes, qui deviennent des maisons hantées, je cherche toujours à faire des livres jeux ou des livres objets. J’aime bien trouver de nouvelles formes, de nouveaux systèmes à exploiter ! 

Comment tu travailles ?

Je vais avoir une idée à un moment, parfois ce sont des accidents de pensée, et puis ça m’entête et c’est parti ! Ça dépend aussi du projet mais généralement j’ai une intention de raconter quelque chose qui va se rallier à un système par rapport à la forme et qui va prendre vie par le livre. Parfois c’est l’inverse, je pense d’abord à un système, à une forme de livre que j’ai envie d’essayer et j’essaie de trouver une manière intelligente d’exploiter ça.

Tu travailles sur quoi en ce moment ?

Il y a pas mal d’interventions, notamment avec le Centre Socio Culturel du Fossé des Treize, côté gare, Horizome à Hautepierre et à l’École Würth à Cronenbourg. J’ai aussi pas mal de livres qui sont en cours et j’essaie de démarcher des éditeurs 

TAC AU TAC

Un mot que tu n’aimes pas ? Croûte
Ton endroit culturel préféré en Alsace ? La librairie Quai des Brumes
L’endroit pour boire un verre ?  Chez mes amis
Ce que tu préfères à Noël en Alsace ? Décorer mon sapin
Ta musique du moment ? Yamê

Le site de Liberty

 

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