© Jean Louis Fernandez

La nuit juste avant les forêts – 5 au 15.10.2021 à la Comédie de Colmar – chronique par Laurie Moor pour Coze – ye-lmoor@protonmail.com

C’était avec une grande émotion qu’en juillet, lors d’une répétition de La Nuit juste avant les forêts, nous en découvrions la mise en scène de Matthieu Cruciani à la Comédie de Colmar. Mais seuls quelques instants de cette pièce nous avaient été présentés. Le suspense était donc grand, tandis que je partageais mes impressions dans cet article.

La Nuit juste avant les forêts est une pièce de Bernard Marie Koltès, composée en 1977 et publiée une dizaine d’années plus tard. Il s’agit d’un monologue sans ponctuation aucune, écrite durant une période charnière entre la résidence de B-M Koltès au TNS et son entrée en URSS suivie d’une adhésion au Parti Communiste.
Il pleut, un personnage sans nom et sans profession erre sur scène et cherche une chambre pour finir la nuit. A mesure que les mots se perdent dans l’intimité de sa nuit, nous découvrons son identité floue, folle et complexe. Le travail théâtral a fait son œuvre et c’est donc trois mois plus tard que l’on retrouve l’acteur Jean-François Folly haletant, sourires et yeux fous sur la scène de la Comédie de Colmar. Sa diction et sa ponctuation orale du texte en révèlent une compréhension inédite.
Son personnage en quête d’identité, à la fois philosophe et grotesque exécute un monologue aux confins de la folie et semble chercher l’autre dans sa propre voix qui se perd. Il semble se délester de ses derniers oripeaux, avant la fin : la sienne, peut- être, ou bien celle d’un monde expirant, gouverné par le capital et ses dirigeants.

Jean Louis Fernandez

Tantôt vulnérable, tantôt dominant, il tisse une fable anticapitaliste qui ne se saisit jamais résolument de l’idéologie communiste. Sur des nappes de musique composées par +++ et un jeu de lumières orchestré par +++, le texte coule à travers les mouvements d’une âme, dresse le projet d’un syndicat international et invoque un
«camarade» jusqu’au désespoir.

Dans la nuit de béton bleutée devenue douce, une femme fatale et maternelle appelle la nostalgie suave et amère d’un avant plus prospère ou d’un futur guidé vers des lendemains qui chantent. Au gré des souvenirs, l’amnésie se saisit par moments du personnage et les répétitions émaillent de plus en plus ce texte labyrinthique. De temps à autre, un moment comique fait irruption, lorsqu’il semble détecter, surpris, la présence des spectateurs qui l’écoutent et l’observent.
Mises en relief par le personnage sans abris et sans travail, à la fin de ce moment théâtral, ne resteront que les zones tracées pour
nous par la société. Le « où aller » et le « que faire », prédéfinis, prémâchés : ces zones qui nous laissent l’illusion d’un libre arbitre sont invisibles pour nous – mais bien présentes pour les nombreux improductifs laissés sur le bas-côté. Conscients de notre manque de liberté, seraient-ils les seuls êtres lucides de notre machine sociale, en apparence bien huilée ?

La nuit juste avant les forêts- 5-15.10.2021 à la Comédie de Colmar de Bernard-Marie Koltès
mise en scène Matthieu Cruciani
assistante à la mise en scène Maëlle Dequiedt – scénographie
Nicolas Marie – création musicale Carla Pallone – costumes Marie
La Rocca – création lumières Kelig Le Bars
Avec Jean-Christophe Folly

La comédie de Colmar

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