© Bartosch Salmanski - 128db.fr

Aller au cinéma, quelle étrange expérience quand on y pense. Payer pour s’asseoir dans une salle obscure silencieuse, entouré d’inconnus, qui tout comme soi, respectent un pacte un peu fou : celui de croire à ce que le film va nous faire voir et entendre, en occultant plus ou moins l’artifice du médium. Une expérience sensorielle magique, quasi mystique, qu’aucun écran plat de télévision ne pourrait remplacer, aussi grand soit-il. 

Quelques données : selon le Ministre de la culture, le chiffre d’affaires du secteur de la projection cinématographique a chuté de 65% en 2020 par rapport à 2019. Ce qui représente un peu moins d’un milliard d’euros de perte annuelle. On sait également que près de 400 films sont en attente de sortie en salle, ce qui promet un embouteillage, et n’augure rien de bon pour les « petits » films souvent évincés au profit des grosses productions hollywoodiennes. Sans parler de l’option sortir-le-film-sur-les-plateformes-de-streaming qui ne peut qu’inquiéter l’avenir des salles chères à nos coeurs. On ne reviendra pas sur le mépris déconcertant du gouvernement envers les exploitants, ni l’infantilisation stupide des spectateurs quand une pédagogie aurait suffit à permettre une réouverture. Aussi, dans un article de la revue Positif du mois d’avril, Stéphane Goudet fait état d’une autre interprétation : « Parce qu’on y accède au monde et aux idées par le sensible, parce qu’on y développe à la fois une empathie pour les autres, une ouverture à la diversité et un esprit critique par l’apprentissage de la contradiction (…), les salles de cinéma sont des agoras, des lieux uniques d’échange et de pensée. De contestation aussi. Ouverts à tous, et par nature incontrôlable. (…) Fermer les cinémas permet, l’air de rien, de réduire au silence un espace démocratique. ». À méditer. 

  • Chacun son cinéma ou Ce petit coup de coeur quand la lumière s’éteint et que le film commence (2007)

Commande passée à l’occasion des 60 ans du Festival de Cannes en 2007, Chacun son cinéma est un film à sketches français réalisé collectivement. En effet, ce sont 34 réalisateurs et 1 réalisatrice (on sait l’industrie cinématographique majoritairement masculine, mais tout de même, une seule femme, sérieusement ?) d’origines très variées (25 pays différents), qui mettent en scène des courts métrages de 3 minutes. Le thème ? La salle de cinéma. On y retrouve notamment Jane Campion, les frères Coen, Cronenberg, Depardon, Assayas, Iñárritu, Kitano, Kiarostami, Loach, Lynch, Moretti, Wong Kar-wai et Wenders. S’il est des courts de meilleure qualité que d’autres (à se demander si certains n’ont simplement pas été inspirés par l’exercice), le film est tout de même une réussite. Un agréable jeu de cinéphilie, tant il est amusant d’essayer de reconnaître les styles des artistes dans l’œuvre. 

Le petit + : rires, pleurs, hommages… une Ode (d’amour) au Cinéma. 

  • Cinema Paradiso (1988) de Giuseppe Tornatore

S’il est bien un film sur l’émerveillement qui naît de l’expérience de la salle de cinéma, c’est Cinema Paradiso. En début de film, le protagoniste, Salvatore Di Vita, surnommé Toto dans son enfance, apprend la mort d’Alfredo. Il se remémore alors sa rencontre avec le projectionniste, quarante ans plus tôt, au cinéma Paradiso. En ce lieux si présent qu’il devient quasiment un personnage lui-même, Toto trouve refuge et tisse des liens avec Alfredo, magistralement interprété par Philippe Noiret. Le film dresse le portrait d’une authentique relation entre un enfant infernal (qui grandit) et un homme désabusé, maître de cette petite salle de projection qui a des allures de toit du monde. Présentée comme une échappatoire, la salle de cinéma y est le lieu des passions et de la fascination. 

Le petit + : sur les notes d’Ennio Morricone.

  • Goodbye, Dragon Inn (2003) de Tsai Ming-liang 

Le champ lexical de la mort et de la fin infuse toute la filmographie de Tsai Ming-liang. Et au regard du thème de cette chronique du mois de mai, c’est Goodbye, Dragonn Inn qui nous intéresse particulièrement. L’intrigue se déroule dans un cinéma sur le point de fermer, et c’est une vision amère et pessimiste qui se déploie. Au sein d’une esthétique minimaliste, on observe le projectionniste et l’ouvreuse, figures fantomatiques, errer dans les couloirs insalubres du lieu déserté. Avec mélancolie, l’inévitable est dit : la fin d’un certain cinéma est proche. S’il est aussi question d’hommage à ce cinéma bientôt disparu, l’œuvre ici ne peut que nous évoquer l’actuelle difficulté dans laquelle se trouve les exploitants des salles de cinéma. Certes, une vague de fermeture n’est pas réaliste, malgré les dettes accumulées. Mais il est de mise de souligner que cette crise impactera durablement le secteur du 7ème art, et dès lors, qu’il est primordial lorsque cela sera possible, d’aller vivre l’unique expérience que nous procure la salle de cinéma. 

Le petit + : « Sais-tu que ce cinéma est hanté ? ».

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