« Comment faire pour que les hommes cessent de violer ? »

Une question qui dérange et provoque une suspension de compte lorsqu’elle est posée sur Twitter par la militante féministe Mélusine. Une censure qui soulève et souligne un abject refus. Celui de faire face à une réalité violente : (grande nouvelle) nous vivons dans un système patriarcal et sexiste qui entretient la culture du viol. Les victimes sont abandonnées des institutions, leurs paroles méprisées, et qu’on se le dise sans détour, avoir au gouvernement un ministre, sous enquête pour viol et qui a fait l’aveu d’avoir profité de sa position pour obtenir des faveurs sexuelles, ne donne franchement pas l’exemple…

Nous faisons alors le choix de présenter des films qui avec leurs spécificités mettent en lumière certains des nombreux mécanismes violents et sexistes qui s’exercent au sein de nos sociétés. Calvaire bureaucratique, viol comme arme de guerre et dégradation de la « pureté » féminine sont ici abordés. Comment faire pour que les hommes cessent de violer ? Si cette interrogation fait naître en vous un malaise, tant mieux. Peut-être qu’il permettra de focaliser l’attention sur les criminels qui violent et non plus sur les victimes, qui en passant, en mini jupes ou voilées, ont fini de se taire.

LA BELLE ET LA MEUTE
de Kaouther Ben Hania (2017)
La Belle et la Meute

Inspiré d’un fait divers qui a bouleversé la société tunisienne en 2012, La Belle et la Meute est le deuxième long-métrage de fiction de la réalisatrice Kaouther Ben Hania. Sur une plage, des policiers interpellent Mariam et la violent dans leur voiture de fonction. Mais lorsqu’elle porte plainte, les institutions policières et hospitalières mettent tout en œuvre pour retourner l’accusation contre la jeune femme qui sombre alors dans un enfer bureaucratique, accusée d’atteinte aux bonnes moeurs et comportement immoral. Au sein d’une œuvre construite en plans-séquences et aux chapitres numérotés, il semble difficile pour la victime de s’extirper du système corrompu dont les pièges sont appuyés par la mise en scène. Si l’œuvre manque un tant soit peu de subtilité, il n’en reste pas moins vrai qu’elle dresse avec force le portrait horrifique d’une société aux acteurs véreux.

Le petit + : « L’Homme qui a vendu sa peau » de la réalisatrice était nominé pour l’Oscar du meilleur film international 2021.

L’HOMME QUI RÉPARE
LES FEMMES : LA COLÈRE D’HIPPOCRATE
de Thierry Michel (2016)

L'Homme qui répare les Femmes
Pour toutes et tous, les curieuses et les curieux, les humanistes non résignés, à (re)voir : L’Homme qui répare les Femmes, la colère d’Hippocrate. Un documentaire saisissant dont la puissance contribue, déjà à sa sortie en 2015, à déchirer l’épais « voile d’indifférence ». Une œuvre qui revient sur l’action admirable du Docteur Mukwege au Congo ; sur le courage d’un homme qui, en dépit de nombreuses menaces, lutte pour dénoncer les atrocités sexuelles perpétrées dans son pays et l’impunité dont jouissent les coupables. « Chaque femme violée, je l’identifie à ma femme, chaque mère violée, je l’identifie à ma mère, et chaque enfant violé, je l’identifie à mes enfants. Comment pouvons-nous nous taire ? ».

Le petit + : Le Dr. Mukwege et Nadia Murad, victime sexuelle du groupe islamique, aujourd’hui porte-parole des Yazidis, ont été récompensés par le Nobel de la paix 2018.

BAISE-MOI
de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi (2000)

Baise-moi
Fréquemment évoqué pour le scandale qu’il a provoqué à sa sortie, puis interdit avant d’être en salles en Belgique, Baise-moi, considéré par beaucoup comme « formellement hideux », peut surprendre un public non averti. Cela dit, le film n’est en rien gratuit. C’est un puissant (violent) discours qui s‘étire, contre la domination masculine et les représentations normées des femmes, de leur corps, de leur désir et de leur sexualité. Dès les premières séquences, le ton est donné. Lorsque le viol est commis, Manu est passive, ne pleure ni ne crie. Ainsi, elle ôte à son agres- seur, le cruel plaisir de dégradation d’une « pure » victime. Cette mise en scène de corps qui dérangent et bousculent l’ordre établi (au passage lancés dans une folie vengeresse et meurtrière), devient alors un terrain fertile de revendications.

Le petit + : Film X, interdit aux – 16 ans, on vous aura prévenu.

Lauriane Albouy

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