« Aimer une actrice, un acteur », une formule un peu étrange non ? On apprécie des rôles joués, et bien que leurs interprètes nous restent étrangers, il est des airs et des regards de personnages, qui pour une raison quasi mystique, nous émeuvent et nous marquent. Parfois si intensément, qu’un voisin de séance se sent obligé de nous rappeler que rien n’est vrai, tout est fiction, « ce n’est qu’un film ». Douce absurdité si vous voulez notre avis. Toujours est-il que nous, spectateurs, ne connaissons véritablement pas ces artistes qui se meuvent à l’écran. Et pourtant, nous les aimons. Ils ont ça de magique qu’ils peuvent s’imprégner éternellement dans nos mémoires, tel un ami sur le bord de l’épaule qui nous accompagne, pour un bout de chemin du moins. Jean-Pierre Bacri est de ceux-là. De ceux qui nous manqueront et dont on garde un petit bout avec soi. 

Homme de cinéma et de théâtre, acteur, dramaturge, scénariste, humain pas d’exception comme il aimait à le dire, mais dont il semble difficile à croire, au regard de ce qu’il nous a laissé voir et des affections qui lui sont portées, qu’il fut autre qu’un homme talentueux, bon, lucide et drôle. Au cours de sa carrière, il a su marquer la culture française par son talent et sa grande humanité. Beaucoup soulignent (non sans amour) son caractère quelque peu râleur, mais il semble de mise de se souvenir qu’il était avant tout un incorrigible optimiste, persuadé (et nous le croyons, à raison) que l’on peut mieux faire. Attaché à la dissection minutieuse des jeux de pouvoir, et ce quels qu’ils soient, c’est avec tendresse qu’il incarne une flopée d’anti-héros dont on n’a pas fini d’apprendre. Emporté par la maladie il y a près d’un mois, Jean-Pierre Bacri lègue un héritage dense et varié sur lequel nous veillerons et qui n’aura de cesse de nous inspirer. L’occasion (on s’en serait bien passé) de lui rendre hommage et de revenir sur quelques films qui on l’espère, vous toucheront, vous feront rire, et croisons les doigts, un tant soit peu réfléchir. Monsieur Bacri, promis, on va s’améliorer.  

  • Subway (1985) de Luc Besson

Subway Besson

À la fin des années 70, le cinéma se trouve dans un début d’impasse dont naît un désir de retour à la fiction classique, contre les films déconstruits et protestataires de la Modernité (1953-1977). Mais que filmer ? Une tendance voit le jour est devient quasi mondiale : filmer des nouveaux lieux qui se prêtent à la photogénie, « tout pour le décor ». Et là où les critiques déplorent un culte de l’image (largement inspiré par l’esthétique publicitaire et de clip), les cinéastes voient un terrain de jeu fertile. Quoi de plus original alors, que de s’embarquer dans « l’univers fascinant et agité du métro parisien » ? Dans Subway (métro en anglais), Fred, cambrioleur, s’y réfugie après avoir dérobé des documents compromettants, donnant ainsi lieu à une impitoyable chasse à l’homme. Bacri y joue en second rôle, Batman (oui oui, pseudo, mais quand même). Un inspecteur raté qui s’agite dans les couloirs, du métro vous l’aurez compris, à la poursuite d’un voleur à la tire en rollers. Évidemment sans succès, de quoi fournir x raisons à son commissaire de lui en mettre plein la gueule. On vous laisse découvrir le genre de séquences comiques que cela peut créer. 

Le petit + : Le commissaire n’est autre que Galabru.

 

  • On connait la chanson (1997) d’Alain Resnais 

D’un scénario d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, Alain Resnais réalise un film qui une fois de plus (au cours de sa filmographie) met en lumière la tromperie des apparences et les blessures qu’elles dissimulent. Semblerait-il finalement, que l’on ne connaisse jamais vraiment la chanson. Film chorale, l’œuvre s’intéresse à des bouts de vie de personnages reliés d’une manière ou d’une autre. Exagérant leurs joies et leurs bonheurs, ils s’avèrent finalement tous autre, souvent seuls, et toujours inadaptés sociales. C’est lors de chansons en playback (drôles d’emprunts à la comédie musicale) que leurs véritables personnalités et désirs se voient révélés. Si les constats premiers ne sont pas flatteurs, force est de constater que c’est un regard tendre et lucide qui se porte sur les vanités et faiblesses de ceux que l’on finit par apprécier. Bacri y est Nicolas, vieux complice d’Odile qui devient le confident de Simon. Au sein de dialogues fins d’observations et de comiques de répétions, se déploie le talent du tandem de scénaristes qui n’est plus à prouver. 

Le petit + : Le film a raflé bon nombre des récompenses aux Césars de 1998.

 

  • Mes meilleurs copains (1989) de Jean-Marie Poiré 

Longtemps méconnu du public après un bide à sa sortie en salles, le film Mes meilleurs copains est une comédie de bande de potes (le titre sème quelques indices, n’est-ce pas ?). Approchant de la quarantaine, des vieux amis se retrouvent à l’occasion de la venue à Paris d’une rock star québécoise, Bernadette Legranbois, qu’ils ont connu durant leur jeunesse. L’occasion de régler quelques vieux comptes et de faire un bilan mi-doux mi-amer de ce qu’il reste de leurs rêves d’adolescents. En soit, le film est plein d’imperfections, un montage contestable, une mise en scène qui laisse de marbre et l’histoire elle-même n’a pas de grande originalité. Et pourtant, qu’est-ce qu’on y ri. Bacri y est Éric Guidolini, le marrant de la bande. Un ex hippie/échangiste/utopiste/chanteur de rock/gourmand de psychotropes, qui par peur du sida devient responsable marketing pour une marque d’eau minérale. Tout en logique. Personnage plein de nuances, il se révèle bien plus touchant qu’il n’y parait au cours d’un monologue puissant, signé Bacri. 

Le petit + : Une BO (et un film) des classiques du rock’n’roll ! 

 

L’agenda culturel alsacien dans ta boîte mail. S'inscrire à la newsletter Coze

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation des cookies pour disposer de services et d'offres adaptés à vos centres d'intérêts.