« la démocratie, c’est la liberté de dire qu’on en manque » Grégoire Lacroix

Qu’il s’agisse de nouvelles mesures et lois liberticides ou de violences étatiques « autorisées », des « reculs » considérables semblent s’opérer au sein de la Liberté démocratique. Les libertés des femmes à disposer de leur corps, des citoyens à manifester, et on l’a vu dernièrement aux Etats-Unis, à exercer leur droit de vote dans de bonnes conditions. Que d’exemple de libertés pseudo acquises qui sont désormais bafouées. Une effroyable constatation qui nous conduit à penser, encore, (pourrons-nous – devrions-nous ? – un jour, cesser de le faire ?) les démocraties actuelles et leurs systèmes. 

Il ne s’agira pas ici de foncer tête baissée, les poings serrés et la rage au ventre. Mais de prendre le temps, de s’accorder un moment, et de trouver (cela devrait se faire sans trop de difficulté) dans cette sélection de films qui traite de la Liberté de la presse, des raisons de croire avec force au caractère nécessaire de cette dernière.

  • Les Hommes du président (1976) de Alan J. Pakula

Comment aborder un tel sujet, sans sélectionner celui que l’on pourrait qualifier de chef de file ? Combien de vocations journalistiques sont-elles nées grâce à ce film ? Une palampée, à n’en pas douter. Thriller historique et politique, Les Hommes du président retrace (aussi fidèlement que possible) la véritable enquête menée par Carl Bernstein et Bob Woodward, reporters du Washington Post, qui révélera le scandale du Watergate et aboutit à la démission du président Nixon. Cinéaste du Nouvel Hollywood, Pakula livre une œuvre de désenchantement. Une poignante dénonciation qui cristallise habilement les insécurités et paranoïas sociales de l’époque, ainsi que la méfiance face à toute forme d’autorité. 
Le petit + : Un puissant mais sobre duo Hoffman-Redford  

  • Un linceul n’a pas de poches (1974) de Jean-Pierre Mocky

Adapté d’un roman éponyme dont l’action se déroule aux Etats-Unis, le film, qui déplace la narration dans une France ultra conservatrice sous Pompidou, rend compte des lourdes menaces faites aux journalistes libéraux. Michel Dolannes (joué par Mocky) est un journaliste intègre qui pour éviter la censure des politico-financiers, fonde un hebdomadaire au service de la vérité. Non sans difficulté, car ici, son audace sera payée au prix d’une vie. Avec une bande de comédiens qu’on ne présente plus et au plaisir de dialogues remarquables, le cinéaste cultive son goût de la provocation et du grotesque, avec dynamisme et sans prétention. 
Le petit + : dernière apparition à l’écran de Francis Blanche

  • Un pays qui se tient sage (2020) de David Dufresne

Alors que s’accroissent la colère et le mécontentement devant les injustices sociales, de nombreuses manifestations citoyennes sont l’objet d’une répression de plus en plus violente. Loin de n’être qu’une énumération de faits, ce documentaire (premier film du réalisateur à sortir en salle) met en dialogue les différents protagonistes : citoyens, victimes, syndicalistes policiers, historiens, juristes et avocats. Il est une invitation à approfondir, interroger, confronter les points de vue sur l’ordre social et la légitimité de l’usage de la violence par l’Etat. Ceci sans jamais que Dufresne n’intervienne. Si son opinion est connue de tous, le cinéaste ne veut pas le film militant, met une alerte sur l’urgence d’un tel débat.
Le petit + : à lire, son premier roman sorti en 2019, Dernière sommation, qui interroge lui aussi sur les dérives autoritaires.

Lauriane Albouy

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