© Mathieu Schoenahl

Maria Laurent (synthés) et Clément Chanaud-Ferrenq (batterie) ont mis du Moroder dans le moteur pour lâcher les fauves. Encore plus fort. Les Strasbourgeois, petits protégés des Taps1 et de La Laiterie2, ont passé deux ans à tourner, de salle en salle, fonçant sur les routes d’Europe et jouant dos à dos dans un dispositif central – leur signature. Le confinement ? Les deux musiciens l’ont passé séparés, mais archi connectés, notamment avec Sylvain Creuzevault rencontré à Eymoutiers, son fief. Le metteur en scène les a sollicité afin de mettre en musique certaines des lectures du Décaméron de Boccace qu’il a orchestrées, une centaine de nouvelles situées dans l’Italie du XIVe siècle en pleine épidémie de peste. Le tandem s’empare d’un matériau brûlant – des textes où il est question de passion, de vengeances, d’outrages et, même, d’un couple ligoté « dos à dos à un pieu » – qu’il dissèque, manipule et harmonise (« sans jamais entrer en lutte avec les comédiens », insistent Maria et Clément) avant que Creuzevault ne poste le tout sur le site de Lundimatin durant le blocage sanitaire.

Alice Gauriat

Textures denses, boucles répétitives, gimmicks électroniques, beats technoïdes et sons acides (sur La Feinte par amour, épisode lu par Victoria Quesnel) : le Décaméron donne un avant-goût de la direction “club” prise par Encore , sautant aux tympans sur Autobahn , cinq titres qui tracent à plus de 130 BPM sur la troisième voie. Les boîtes berlinoises ont marqué au fer rouge et au beat lourd les productions d’un groupe s’adressant à la tête (le Décaméron , son travail avec Christophe Greilsammer sur Nos secrets sont poétiques ou la compagnie Le Cri des poissons) comme aux guiboles, Autobahn étant pleinement dédié à la danse. La transe. Dans ce computer world qui est le nôtre, Encore a fait le choix de ne pas utiliser d’ordinateurs, quitte à se compliquer la tâche en concert où il accumule machines complexes et câbles entortillés. Son disque plein de sueur reflète un road trip en Polo bleue où il fut bon de Manger Techno sur les airs d’autoroutes. Qu’importe les flashs, pourvu qu’on ait la vitesse.

Émilie Mauger


Autobahn
(numérique ou vinyle), édité par Machette Production (sorti le 12 juin)

1 Ils participent à Ce samedi il pleuvait , du 09 au 11/03/21
2 Ils font partie des résidents de la plateforme Artefact

Encore a été nommé aux Hopl’awards 2018 dans la catégorie groupe de l’année

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Emmanuel Dosda

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