Tiago Francez, plus connu sous le nom The Empty Belly est un peintre et néo-muraliste portugais originaire de Lisbonne. Il a passé la dernière décennie à travailler entre Lisbonne, Londres, Berlin et Paris avant de s’installer, il y a quelques mois, à Mulhouse où il a intégré les ateliers du Motoco. L’invitation que lui a fait le festival COLORS en septembre dernier (intervention sur un coffret électrique à Schiltigheim) a été l’opportunité parfaite pour nous de lui proposer la couverture du magazine et ainsi présenter sa démarche artistique à travers ces quelques pages. Engagé à sa manière, Tiago est une âme solitaire qui aime l’humain et qui le représente tout en interpellant le spectateur sur la condition humaine. Entre héritage, développement, infiniment petit et infiniment grand, l’œuvre de Tiago se distingue par sa richesse et par sa profondeur, ce qui fait de lui aujourd’hui l’un des plus importants artistes de la scène de l’art contemporain urbain mondial.

Né au début des années 90, Tiago Francez a été influencé dès sa plus tendre enfance par sa famille et plus particulièrement par son père, dirigeant d’une entreprise d’impression digitale et entouré par de nombreux illustrateurs et designers. Initialement intéressé par l’architecture, il s’est rapidement tourné vers la construction de l’image et a intégré les Beaux-Arts de Lisbonne, où il s’est formé en communication digitale avant de remettre en question ses projets de vie et se tourner vers un domaine qui le faisait vibrer : la peinture et plus spécifiquement la gravure. La crise économique l’a amené à quitter sa ville et son pays à contrecœur. Il s’est donc installé à Londres où il a peaufiné son projet artistique.

Son travail

Les œuvres de Tiago Francez se reconnaissent au premier coup d’œil. Il réalise des créations monochromes à l’aide de points. Le point représente pour lui quelque chose de simple. Il est symbolique et évoque l’infiniment petit. Lorsqu’il les regroupe, ces points forment un ensemble, une image qui évolue vers l’infiniment grand. Un contraste qu’il compare aux notions d’individualité et de collectif. Dans l’ensemble, ses œuvres illustrent des bébés. Ce sont des êtres qui commencent à se construire et qui se développent progressivement. Ils évoquent la pureté. Tiago se retrouvait dans cette image et cette vision. Il a donc continué à évoluer dans cette démarche, qu’il répète depuis désormais une dizaine d’années. Ce processus de réalisation, points par points, peut s’avérer très long. C’est un travail de finesse et de détail dans lequel il se complet. Le temps est une notion très importante pour lui. Il compare son processus à une période de gestation. Ces créations lui permettent de transmettre des messages engagés autour de la nature humaine, au travers de questions existentielles : pourquoi sommes-nous ici ? Qui sommes-nous ? …

On est une unité et ensemble on peut faire quelque chose de grand. C’est à nous de faire mieux.

À l’instar de l’essence du graffiti, qui se constitue en étant le plus visible possible, en apposant son blaze un peu partout, Tiago a besoin de donner du sens à ses œuvres, mais également de respecter l’espace et le paysage dans lequel il les appose. Selon lui, il est important de prêter attention à l’histoire des lieux pour préserver leur identité. L’œuvre et son emplacement constituent une unité, un ensemble. Il a notamment réalisé un projet en collaboration avec Amnesty International au Portugal, au cours duquel il a représenté des bébés en pleurs sur des immeubles abandonnés pour attirer l’attention sur les dégâts de la crise économique dans le pays. Tiago a également illustré l’ancienne maternité de Lisbonne, Torres Novas, qui avait vu naître 80% de la population locale avant sa fermeture et sa rénovation en centre artistique. Il y a peint l’œuvre visible en couverture du magazine, pour rendre hommage au lieu ainsi qu’à la communauté. Cette réalisation, riche en détails et composée comme à son habitude uniquement de points, a nécessité plus d’un an de travail.

La ville de Mulhouse m’a adopté, en quelque sorte

Après avoir passé plusieurs années à Londres, Tiago a passé quelques temps à Berlin, puis à Paris où il a partagé un atelier avec Stew et d’autres artistes renommés œuvrant dans le domaine de l’art urbain contemporain comme Astro (qui a réalisé en avril dernier la plus grande œuvre de la ville de Strasbourg) ou encore le réalisateur Jérôme Thomas. Ne se reconnaissant pas totalement dans cette ville et souhaitant s’installer dans son propre atelier, il s’est dirigé vers Mulhouse, une ville en plein développement culturel et riche en potentiel. Il a intégré un atelier au sein du Motoco et contribue à la scène artistique, notamment grâce à son investissement avec le M.U.R Mulhouse, sa participation au projet Mulhouse Métamorphose, la mise en place de workshop avec des enfants ou encore sa collaboration avec la galerie Orlinda Lavergne où il a présenté sa deuxième exposition personnelle //Nothing is the beginning of something// en décembre dernier. Une ville à taille humaine, dans laquelle il se sent à sa place où il a un réel impact.

Ses actualités

Tiago s’est installé à Mulhouse, certes, mais il ne cesse de voyager dans le monde entier pour disséminer ses œuvres. Il se rendra prochainement au Portugal ou encore en Italie. Parallèlement, il prépare une nouvelle exposition personnelle, qui se tiendra dans les mois prochains à Moscou. Il souhaite également se renouveler et travaille actuellement une nouvelle identité artistique. On a hâte de voir ça !

Site : theemptybelly.com
Instagram : @theemptybelly
Facebook : The Empty Belly

Test du tac au tac

> Ton film préféré : Irréversible de Gaspar Noé
> Une musique qui te ressemble : Massive Attack – Teardrop
> Ton spot préféré en Alsace : Le marché de Mulhouse
> Si tu pouvais crier un truc dans la rue là tout de suite : Take your time !

La couv’ vue par l’artiste

Tiago n’a pas souhaité donner d’explications sur la couverture qu’il nous a proposé. Il fait partie des artistes qui ont la volonté de laisser une part d’immagination et de réflexion à leur public.

Emilie Jade Vauban

L’agenda culturel alsacien dans ta boîte mail. S'inscrire à la newsletter Coze

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation des cookies pour disposer de services et d'offres adaptés à vos centres d'intérêts.