© © Valerian Adam - Afterlife Studio

En mai, fait ce qu’il te plait ! Et bien, nous, au mois de mai, on a eu envie de se faire plaisir ! Alors pour varier les plaisirs, c’est à un artiste mythique de la scène hip hop et graffiti que nous avons fait appel pour illustrer notre 78e numéro : Mahon ! Certains le connaissent par le biais de sa créature cagoulée : le Macia Troopa, d’autres pour les illustrations pour le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, ou encore pour ses collaborations avec certains artistes parmi les plus influents de la scène hip hop internationale. Peintre, designer, directeur artistique, graffeur ou illustrateur, Mahon est un artiste qui a toutefois commencé à faire du graffiti le long des voies ferrées et sur les murs des villes. Il est reconnu aujourd’hui pour son style old school, mais également pour sa capacité à développer différents univers graphiques tout en liant sa culture à des domaines variés.

Stéphane Levis, plus connu sous le pseudonyme Mahon, est né dans les années 70 à Strasbourg et plus précisément dans le quartier de la Meinau. C’est à l’âge de 14 ans, en côtoyant la communauté de skateurs, qu’il commence à s’intéresser au graffiti. À la fin des années 80, le graffiti n’était pas encore ce qu’il est aujourd’hui. La vision du public était très négative à cet égard et les graffeurs étaient contraints de peindre dans l’illégalité. C’est dans cet esprit «Vandal» que Mahon débute sa carrière, produisant dans la rue et sur les voies ferrées de nombreux tags, brûlures et flops. Sans formation artistique, il se forme de manière autodidacte, aux côtés d’une communauté attirée par la culture hip hop. Précurseur, Mahon fait partie de cette génération qui a introduit le tag en France et même au-delà. En contraste avec l’essor du street art, l’objectif n’était pas de reproduire un symbole ou une forme, mais bel et bien d’apposer son blaze sur le plus de spots possibles.

Son travail
C’est en 1993 que Mahon prend conscience qu’il souhaite se consacrer à son art. Après avoir enchaîné les petits boulots durant quelques années, il lance une série d’ateliers itinérants autour du graffiti, qu’il utilise comme un vecteur de construction dans les centres sociaux culturels, les écoles et collèges ou même en maison d’arrêt. Persuadé qu’il y a un fort potentiel, il monte avec d’autres artistes un collectif multidisciplinaire centré autour de la culture hip hop, le Macia Crew. Avec ce groupe, il insuffle, depuis, une réelle dynamique et expérimente de nouveaux outils, tels que la peinture digitale, l‘animation, ou la peinture vectorielle mais sans pour autant abandonner les bombes de peinture. C’est en travaillant ces différents médiums qu’il prend conscience qu’il est possible de développer son œuvre auprès de nouveaux publics, tout en alliant sa culture et sa passion pour l’univers du graffiti.

Depuis ses premiers pas dans le milieu artistique, Mahon ne cesse de réinventer son environnement ou d’y laisser son empreinte. On pourrait notamment citer la ville de Dresde en Allemagne, qu’il investit dès 1998 et où il renoue, sous une nouvelle forme, les échanges historiques entre les villes jumelles. Marginalisé en France, c’est dans cette ville qu’il est encouragé, pour la première fois, à pratiquer librement son art.

Macia Troopa a plus voyagé que moi !

Le tournant principal de sa carrière s’opère en 2006, lorsqu’il est remarqué par les Films du Spectre avec un court métrage d’animation. Mahon décroche alors quelques contrats et commence à travailler en tant qu’illustrateur pour le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg. Une place qu’il occupe toujours aujourd’hui. C’est essentiellement cette opportunité qui lui offre la possibilité de signer de nouveaux clients d’envergure et donc d’œuvrer sur de nouveaux chantiers graphiques tout en développant de nouveaux univers. Son amour pour le titrage et le lettrage, qu’il tire du graffiti mais également de son attrait pour le cinéma, la BD (surtout les comics) mais également d’un fort intérêt pour l’époque des 30 glorieuses, lui vaut d’être régulièrement sollicité. Une valeur ajoutée qui lui permet de décrocher de très belles collaborations avec des annonceurs comme BNP Paribas, Le Conseil de l’Europe, Meteor, la Fédération Française de Sport pour Tous, mais aussi pour des labels de musique indépendants, des magazines de cinéma, etc. Il touche à tous les domaines, même à la haute-couture, où il collabore avec son compère Pisco Logik, pour la marque Faith Connexion de la maison Balmain.

Dans la continuité de son travail pour le développement de la culture graffiti et hip hop, Mahon ouvre en 2008, aux côtés du collectif Macia, la première boutique dédiée à cet univers, dans le quartier de la gare. Il y vend des bombes, des vêtements à l’effigie du collectif mais également la figurine «Macia Troopa», une déclinaison en Art Toys d’un de ses personnages, une créature cagoulée, qui s’exporte dans le monde entier. Quatre ans plus tard, la boutique déménage pour prendre place dans l’hyper-centre (rue des sœurs). Après quelques années de bons et loyaux services, le collectif décide de prendre un peu de temps pour se recentrer sur l’essentiel. Cette boutique a participé à la démocratisation de cet univers dans la vision collective. Modeste, Mahon n’a pas la prétention de dire qu’il y a participé, mais il figure aujourd’hui parmi les acteurs historiques de ce mouvement.

Quelques années plus tard, en février 2019, c’est sous forme de galerie que les membres du Macia Crew dévoilent leur nouvel espace, situé rue SainteMadeleine. L’objectif: ouvrir un lieu qui permet de mettre en avant le travail plastique des artistes du collectif, mais également de pouvoir proposer une ligne artistique qui leur est propre.

Ses actualités
Pour faire suite à l’exposition personnelle de Mahon Mindfuck, qui a inauguré la galerie Macia, c’est l’exposition collective Grip posters keep it simple, visible jusqu’au 31 mai, qui est actuellement présentée rue Sainte-Madeleine. Elle rassemble une dizaine d’artistes internationaux autour du cinéma de genre. Dernièrement, Mahon a également participé à deux événements dans le cadre du OFF du NL Contest: l’exposition Flàmmekueche ìsch bombisch’, où il a présenté une boîte de tarte flambée customisée et le projet COLORS, dans le cadre duquel il a pu customiser, fin avril, un coffret électrique situé à côté de la mairie du Neuhof. Il travaille également sur ses projets à venir: les illustrations pour le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg et d’autres chantiers liés à l’édition. En bref, vous n’avez pas fini d’entendre parler de Mahon et nous, ce qu’on lui souhaite c’est de continuer à écrire l’histoire !

Site : smooth-hustler.tumblr.comundaground-couture.macia-crew.com
Facebook : Macia Originals
Instagram : @mahon_macia@maciacrew

La couv’ vue par l’artiste :

« J’ai choisi d’illustrer la couverture en utilisant un patchwork de logos réalisés au cours des dernières années dans le cadre de mon travail autour du textile et la mode… De plus, j’ai souhaité mettre en avant le nom Macia, démarche qui me vient du graffiti et qui me colle à la peau comme un nom de Famille, car cela fait 30 ans que j’ai pris cette habitude. Certains de ces logos sont aussi empreints de l’époque qu’ils cristallisent, j’ai choisi ces éléments qui me décrivent à la manière d’un portrait chinois. »

Test du tac au tac :

> Quel est ton endroit préféré dans le monde ? Chez moi
> Si tu devais garder une seule musique, ça serait laquelle ? Cypress Hill – Insane In The Brain
> Quel est ton plus gros défaut ? Casanier
> Si tu devais crier quelque chose dans la rue, ça serait ? NTM !

Emilie Jade Vauban

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