Du 8 au 31 janvier 2015
Vernissage : 8 janvier 2015 à 19h

Parcours peu banal que celui de Loïc Thirion : naissance à Strasbourg en 1966, enfance et adolescence à Naples où se sont installés ses parents,  puis un premier retour dans la capitale alsacienne pour y faire ses études à l’Ecole des Arts Décoratifs. C’est la galerie Nicole Buck qui expose ses premiers travaux en 1989. L’année suivante, de retour en Italie, il expose à Sienne une série de vingt tableaux en hommage au Caravage pour qui il se passionne de longue date. Diverses expositions personnelles, encore, à Naples, participations à différentes manifestations culturelles, dans les années qui suivent, et on retrouve Loïc Thirion au Mexique où, pendant  quatre années, il étudie la symbolique des couleurs dans les codex mixtèques. Loïc revient s’installer en Alsace en 2008, y travaille comme  infographiste et créateur de sites internet et met sur pied, avec quelques amis, photographes et plasticiens, e-sociation, une association qui s’est donnée pour objectif de favoriser les liens entre les différents acteurs du travail créatif dans le but de sauvegarder leurs savoirs et savoir-faire à travers la récupération et la création d’archives écrites et audiovisuelles.

C’est au courant de l’année 2010, déjà, à l’ annonce de la future célébration  du Millénaire des fondations de la cathédrale de Strasbourg, que le projet Cathégraphies prend forme. L’intérêt que porte Loïc Thirion à la cathédrale n’est pas nouveau. Si la fascination que Notre Dame a toujours exercé sur lui tient à la force expressive des images qui émanent de sa présence monumentale, elle tient aussi, et tout autant, à son admiration pour cette formidable aventure humaine et spirituelle qui a abouti à l’édification de ce chef d’oeuvre de l’art gothique  « Au commencement, les dessins à l’encre de chine, c’était pour ça, pour rendre un hommage, en, quelque sorte à tous ceux, maîtres d’oeuvre, tailleurs de pierre, sculpteurs, maçons qui ont participé à ce rêve démesuré. » Loïc Thirion  puise inlassablement, dans ce grand livre d’images du Moyen Âge qu’est la cathédrale, les motifs architecturaux qui accrochent son regard, sans aucun souci d’organisation ou de répertoriage « Dans le style gothique, chaque sculpture ou forme architecturale est une œuvre en ellemême, fragmentaire, indépendante des autres, il n’y a pas la volonté de constituer une totalité harmonieuse comme dans le style classique. » De cette idée du fragmentaire découle aussi le choix qu’a fait Loïc Thirion de traiter ses dessins selon les techniques les plus diverses : colorisation manuelle, numérique, sérigraphie…« La colorisation numérique offre des possibilités insoupçonnées, c’est une technique qui n’est pas à négliger, quant à la sérigraphie, c’est un peu une affaire de famille, mon père avait un atelier de sérigraphie, à Naples, et  au début des années 70 il avait travaillé avec Antoine Graff à Strasbourg. » Par la souplesse précise du trait, le jeu subtile de l’ombre et de la lumière et les rehauts de couleur toujours bien mesurés, chaque nouvelle épreuve contribue à l’élaboration d’une scénographie toujours surprenante, où rien, jamais, n’est sacrifié à la simple illustration.

Du dessin à la peinture, il n’y a qu’un pas que Loïc Thirion franchit en 2014 « C’est le besoin pressant de renouer avec les transparences des glacis de la peinture à l’huile qui, dans un premier temps, m’a poussé au travail sur toile et l’envie, aussi, de m’affronter à de plus grands formats. Mais c’est  la peinture acrylique qui m’a permis une plus grande liberté au niveau de l’expression gestuelle et de la palette des couleurs. »  Liberté de l’expression gestuelle, c’est ce qui retient d’emblée le regard, dans ces toiles au format carré qui peuvent mesurer jusqu’à un mètre de côté, sur lesquelles le motif, campé en quelques traits rapides mais toujours près du modèle, semble couler puis disparaître dans sa partie inférieure qui en constitue la base ou le prolongement. Loin d’en affecter la forme architecturale, cette dissolution a pour effet d’en souligner davantage les lignes de construction. Les ombres, obtenues à l’aide de noirs ou de bruns profonds, sont mises en relief par des zones de lumière intense faisant ressortir certains éléments par rapport à l’ensemble. Elles peuvent aussi envelopper dans sa presque totalité l’élément principal dont certaines formes restent à moitié voilées, alors que d’autres semblent émerger. La pierre de la cathédrale – le grès – offre, on le sait, un infinie variété de nuances selon l’heure du jour, la saison. Loïc Thirion ne cherche pas à les reproduire fidèlement, il leur substitue une audacieuse palette de couleurs destinées à créer des effets plus aptes à exprimer, par leurs propriétés subjectives, sa vision personnelle. Ainsi d’une coulée de mauve, qui joue subtilement avec le bleu acidulé d’un ciel, ou de ces touches d’orange vif qui viennent illuminer la blancheur d’une façade. Comme pour ses dessins, c’est par la mise en œuvre conjointe de ces deux caractéristiques de son travail pictural, refus de la forme descriptive et travail sur la couleur, dont il réussit la synthèse éloquente, que Loïc Thirion parvient à conférer à ses peintures la suggestivité propre à nous communiquer et à nous faire partager son ressenti.

Si elle résulte pour une part importante d’un engouement personnel, la réalisation de ce travail sur la cathédrale s’inscrit aussi, pour Loïc Thirion, dans la réflexion qu’il poursuit au sein de e-sociation sur  la création artistique et le patrimoine  » La prise en compte du patrimoine dans le domaine artistique a connu ces dernières années un net regain d’intérêt comme le montrent, par exemple, certaines productions de l’art contemporain qui délaissent aujourd’hui les galeries pour investir des lieux représentatifs du patrimoine autour desquels elles ont été pensées et avec lesquels elles entrent en résonance. Mais il faut aller plus loin encore, il faut aussi assurer la transmission des connaissances et des savoir-faire d’une génération à une autre, et pas seulement dans le domaine des arts, mais de façon plus large dans celui des traditions héritées du passé, de la connaissance du monde dans lequel nous vivons, des pratiques sociales, aussi bien, bref, de tout ce que l’on regroupe aujourd’hui sous le nom de « patrimoine immatériel ». Face aux bouleversements que nos sociétés en pleine mutation rencontrent, cette préservation du savoir recèle une valeur sociale pertinente pour tous les groupes humains quels qu’ils soient. »

Texte de Edmond Lopez

Galerie d’art LA PAIX
5 Place du Marché Vert
67600 Sélestat, France

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