Décidément Strasbourg et Montréal ont des atomes crochus. Et de drôles de fourmis dans les jambes. Romain, strasbourgeois de passage au Québec, Émilie, journaliste québécoise et Valentin, talentueux dessinateur parisien ont initié le projet Le Labo Urbain, une bande dessinée atypique sur l’urbanisme en Argentine. Ce projet a été financé à vitesse grand V sur la plateforme Ulule. Rencontre avec les protagonistes de ce laboratoire à ciel ouvert, boussole et crayon à la main. Attention bonne humeur contagieuse.

Alors brièvement c’est quoi ce Labo Urbain ? Comment l’idée a germé ?

Romain et Émilie : Le Labo Urbain c’est tout simplement le décor dans lequel l’aventure va se réaliser, c’est là où la magie opère pardi! C’est l’Argentine sous plusieurs formes : de la ville aux villages, de la forêt à la montagne et de l’humain à l’urbain. Le Labo Urbain, c’est l’histoire que l’on va raconter sur l’Argentine, c’est là où les rencontres vont se faire, où les cultures vont s’entremêler et où le dessin et le récit visuel vont commencer.

Pour ceux qui n’y ont jamais mis un orteil, qu’a l’Argentine de si atypique dans son urbanisme?

R+E : Ben en gros, quand tu regardes l’Argentine de l’extérieur, tu vois une sorte d’urbanisme sans urbanisme, pas toujours adapté aux populations qui y sont installées. Et puis il y a aussi le fait que l’urbanisation en Argentine tout comme dans d’autres pays d’Amérique du Sud grandit de plus en plus et de plus en plus vite! Donc plusieurs problèmes à retenir : la trop grande concentration urbaine dans les grandes aires métropolitaines, les modèles urbains en déclin, en régression même, dont le modèle européen d’ailleurs! Un manque de services et de réseaux (transports, déplacements, logement, ordures…) et puis un contexte économique national qui se dégrade et ne permet donc pas de maintenir, d’investir dans les infrastructures et de conserver un système urbain qui soit à hauteur humaine et égalitaire!

Ça, c’est de l’extérieur, maintenant, nous aussi on veut le vivre de l’intérieur!

Vous auriez pu privilégier d’autres formes, qu’est ce qui a fait consensus dans le choix de la bd?

R+E : C’est avant tout pour la liberté graphique que ça nous donne et pour laisser place à l’interprétation du récit narratif que l’on propose. C’est-à-dire que ce médium nous permet de raconter le réel tout en s’accordant une esthétique visuelle plus large. C’est aussi très agréable à lire et à voir, peut-être plus agréable que la simple écriture mélangée à la photo dans ce cas précis. Et encore une fois, ce qui est beau dans la bande-dessinée, c’est que pour arriver au résultat final, il faut de toute façon passer par les autres médias : enregistrer les rencontres, prendre les lieux, les gens, les faits en photo, écrire le récit et enfin arriver à une superbe bande-dessinée colorée, visuelle, réelle et originale.

Comment allez-vous fonctionner sur place ? Pour l’envoi des idées, des dessins etc ?

R+E : Ça c’est le côté freestyle de l’équipe. Nous (Romain et Émilie), partons sur le terrain et Valentin qui est notre talentueux dessinateur, reste en France. Il va falloir qu’on soit très consciencieux sur la prise du réel sur place, ne pas oublier que nos yeux, nos oreilles et nos ressentis ne vont pas suffire! Ça va être un exercice très intéressant que de réussir à retranscrire une expérience à travers des textes, des photos, des remarques et des anecdotes pour que Valentin comprenne exactement comment dessiner le tout. On a hâte de tester et puis il faut avouer qu’avec la technologie actuelle c’est plus facile à envisager (skype, appareil photo, vidéos, enregistreur H4, internet et tout le tralala)

Dans la forme le projet se présentera comment ? Est ce qu’il y aura une trame scénarisée, (ou pas), ce sera de la bd classique ou plutôt quelque chose d’hybride ?

Ça sera totalement hybride, ça on peut vous l’assurer! Argentine – Le Labo Urbain, ça sera un récit scénarisé avec quelques personnages phares, à l’image d’un documentaire. Ce scénario, vous vous en doutez, n’est pas encore écrit puisque la beauté du voyage c’est que ce sont les rencontres qui forgent l’histoire. Notre BD prendra en quelque sorte la forme d’un roman graphique. Il y aura pas mal de grand format, de doubles pages également. C’est ce format long qui marquera la coupure entre chacun des chapitres (qui seront plus formels). Mais on en dit pas plus sur la forme, c’est la surprise!

Est-ce que ce voyage, c’est aussi une façon de stimuler l’imaginaire ? Et aussi de bouleverser cette vision peut-être stéréotypée qu’on a de l’Argentine?

De stimuler l’imaginaire oui, plus que tout! C’est encore une fois pour ça que la bande-dessinée est le meilleur médium qu’on puisse choisir pour ce récit, cette histoire. Après, en ce qui concerne la vision stéréotypée, c’est à moitié vrai parce qu’on ne dit pas que les Européens ont des idées clichées sur l’Argentine… Mais c’est vrai qu’on a tendance à poser des questions sur ce pays et sur l’Amérique du Sud en général, de façon très européenne (avec notre culture politique, économique et sociale), sans pour autant remettre dans le contexte et dans la réalité quotidienne de ceux qui y vivent. C’est la même chose pour tous les pays, on prend toujours l’information en fonction de notre culture et ça crée des idées faussées dans la tête des gens. Pour l’exemple précis de l’Argentine, la seule chose qu’on sait dire aujourd’hui dessus (en France en tout cas), c’est que c’est la catastrophe, que le pays est dans une crise économique sans nom, que la Présidente fait n’importe quoi avec les fonds vautours… Que des choses qui, sur le fond, sont vraies. Mais en remettant dans le contexte, en montrant le terrain, la réalité quotidienne, au-delà de la politique et de l’information factuelle, on se rend compte que c’est beaucoup plus complexe que ça. Notre BD permettra de raconter l’histoire des gens, pas de la situation du pays ni de la crise nationale. Non, c’est à travers le récit de certains Argentins qu’on veut montrer juste un dixième de la réalité. C’est une histoire qu’on raconte. Aucune morale, aucune prétention. 

Ce labo urbain va-t-il aboutir à une édition papier ?

On l’espère bien! C’est le but en tout cas ! Avec notre campagne de financement participatif, on cherche également à rejoindre dès le début notre public, ceux qui vont s’intéresser à cette histoire. C’est à la fois une aide financière, à la fois une aide de communication. Ça nous permettra au moment venu, l’année prochaine, d’aller démarcher les éditeurs avec du contenu et un public qui nous suit déjà. Merci à vous tous d’ailleurs!

En 10 jours, Ulule vous a permis de financer plus de la moitié du projet. Vous êtes surpris ?

On n’est pas surpris, on est heureux. Ça veut dire que ce projet veut dire quelque chose, que c’est une histoire qui va toucher vraiment beaucoup de gens, nous les premiers en fait. On est vraiment heureux et il faut avouer aussi que tout ce soutien moral et financier est rassurant. Avant même d’être partis, on sait qu’on a des gens qui attendent notre projet, on ne pouvait pas espérer mieux.

Le mot de la fin ?

Bisous sur vos fesses!

Infos : http://fr.ulule.com/labo-urbain/

ITW : Mourad Mabrouki

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