Du 13 novembre au 1er décembre, le TNS propose Que Faire ? (Le Retour) de Jean-Charles Massera et Benoît Lambert, avec Martine Schambacher et François Chattot.

Dans sa cuisine, un couple décide de faire le tri dans l’Histoire suite à la lecture du Des choses que l’on peut révoquer en doute de Descartes. Il va alors se rendre compte de la vacuité et de l’absurdité de l’Histoire.

La scène est divisée en deux espaces : un espace meublé qui représente la cuisine côté jardin et un espace vide côté cour. Dans cet espace double, le couple va vivre une évolution intellectuelle et relationnelle. Il va se nourrir de livres parallèlement à l’espace vide qui va se remplir, métaphore de l’esprit des deux protagonistes. Au fur et à mesure de l’avancée de la pièce, le rythme va s’accélérer. Le rythme lent, monotone du début – la pièce s’ouvre sur un long silence avec une radio en fond – va s’accélérer, devenir effréné, mêlant musiques, vidéos, performances, parodie de cabaret – cette scène délirante dans laquelle Martine Schambacher imite remarquablement Nina Hagen marque le point culminant de cette montée d’adrénaline. La lumière va également participer à ce crescendo, se faisant de plus en plus violente, presque aveuglante à certains moments. Cette évolution du rythme, de la lumière traduit l’évolution ambiante de la pièce et de ses deux protagonistes.

Le couple va petit à petit s’approprier les livres et leurs contenus. Il commence en les lisant, les yeux rivés sur les pages, pour finalement posséder les textes, les récitant de tête, oubliant la source même, confondant leurs dires avec les œuvres de Deleuze, Flaubert, Maupassant, etc. Nos deux protagonistes vont s’approprier l’Histoire, s’en faire maîtres en décidant quoi garder et quoi jeter. « La Révolution Française ? », « On jette ! ». Pour ce faire, ils vont décortiquer les livres de philosophie, d’histoire, de politique, d’art… mettant leur nez dedans – littéralement pour le tableau Carré noir sur fond blanc de Malevitch – pour en garder le plus important. Cette plongée au cœur même de l’Histoire va leur permettre de poser la question de l’interprétation et du subjectivisme historiques : comment tel historien peut-il écrire les bienfaits de la Révolution Française quand un autre la dénigre complètement ?

Ce tri va permettre au couple de vivre une véritable expérience intellectuelle. Tels Bouvard et Pécuchet, nos deux protagonistes vont dévorer les livres, assoiffés de savoir, au début un peu tâtonnant pour finalement se fondre dans les textes. Cette évolution se lit dans la différence entre les premières répliques de la pièce – « C’est quoi ? » – et les longues et belles tirades qui viennent la clôturer.

L’expérience touche également la relation de couple. La distance, la monotonie du début va laisser place à une belle et grande complicité. La vacuité de l’Histoire leur permet-elle de prendre conscience de la réalité, du concret de leur amour ? L’amour semble être ce qui reste de vrai quand tout semble sujet à controverse : entre ce qu’on hésite à garder et à jeter, l’amour ne nécessite pas qu’on se pose la question, il est ancré, il est essentiel.

Finalement, en voulant se détacher de toute idée reçue, comme l’encourage Descartes, ce couple du troisième âge nous permet de nous détacher de l’idée établie que la vieillesse, c’est l’ennui. En s’appropriant l’Histoire, en débattant sur les Révolutions Française et Russe, le couple propose sa propre révolution et vit une deuxième jeunesse. Il nous offre un spectacle émouvant, mêlant rire et tendresse, agrémenté de chansons, parfois interprétées par les acteurs avec émotion, et de magnifiques textes. La pièce semble répondre à la question rhétorique de Lénine : « Que faire ? », François Chattot chante : « Faut vivre ! ».

Plus d’infos : www.tns.fr

 

Texte : Camille Grossiord
Photo : TNS  – Vincent Arbelet

 

 

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