L’opéra de Strasbourg démarre sa rentrée 2013-2014 en proposant la dernière pièce de Leoš Janáček, De la maison des morts. Cet opéra complexe est tiré de l’œuvre de Dostoïevski Souvenirs de la maison des morts. Il retrace le passage carcéral d’Alexander Petrovitch Gorjantchikov, un noble « prisonnier politique ».

La scène est vide, grise et morne. Chaque prisonnier se perd dans une masse uniforme, anonyme. Arrive Gorjantchikov qui se détache de cette masse par son habit de « noble ». Mais très vite, son seul élément de distinction lui est arraché et piétiné pour en faire un prisonnier parmi tant d’autres, sans identité propre. « Ici, nous sommes tous égaux. »  S’en suit la routine carcérale, rythmée par une musique répétitive. Mais, par moment, des personnalités ressortent grâce au besoin de mémoire. À travers l’expression de son crime, chaque prisonnier se détache du groupe, se constitue une identité propre pour, finalement, retourner inexorablement dans cette masse. Une mise en avant furtive dans un univers uniforme.

La mise en scène de Robert Carsen est superbe : épurée, morne mais avec un très beau jeu d’ombre et lumière qui traduit parfaitement ce passage du néant à ce besoin inné de conserver une once d’humanité en partageant une partie de sa vie d’homme libre. Les histoires se suivent et viennent rythmer la dure routine de la prison. Cette mise en scène sobre se marie parfaitement avec la musique de Janáček qui apporte de l’humanité à ce monde anonyme, à cette « maison des morts ». Parfois légère, parfois oppressante, elle humanise ces prisonniers, traduisant une forme d’empathie, de tendresse de la part de Janáček pour ces criminels.

En préambule de sa partition, il a d’ailleurs inscrit « en chaque créature, une étincelle de Dieu ». Cette précision en ouverture de son œuvre ultime, écrite à la fin de sa vie, confère une dimension plus grande à la pièce. L’aigle en cage et libéré à la fin, en plus de représenter la situation d’Alexander Petrovitch Gorjantchikov, se veut métaphore de l’humanité entière. Son envol sur fond de « Liberté ! Liberté chérie ! L’aigle est tsar ! » fait naître, dans ce contexte noir, un sentiment d’espoir, de foi en l’humanité.

Plus d’infos : www.operanationaldurhin.eu

Texte : Camille Grossiord

Photo : Opéra National du Rhin

 

 

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