Mercredi soir, La Laiterie inaugurait le Festival des Artefacts, avec sept artistes qui gagnent à être reconnus. Parmi eux, Mansfield.Tya, Zola Jesus, Balthazar et j’en passe et des meilleurs. Pour l’occasion, Coze a interviewé pour vous Louis Warynski, musicien au nom de scène qu’on ne risque pas d’oublier : Chapelier Fou. Direction les loges avec cet artiste hors-norme qui a su transporter tous les spectateurs dans son monde…
Pour commencer, une question que l’on doit vous poser souvent, d’où vient votre nom de scène, Chapelier fou ?
En fait, je l’ai pas choisi, on m’a surnommé comme ça. Au départ, j’ai fais de la musique complètement réalisée à base de samples (ndlr : extrait de musique réutilisé dans une nouvelle composition musicale), avec un peu de tout. J’utilisais de la musique classique, des musiques du monde, des discours, pas mal de trucs parlés, de contes de fée et d’enfants. Et les interludes avec le Chapelier Fou qui racontait des conneries revenaient souvent. Je gravais ma musique pour faire partager à mes copains, avec rien d’inscrit sur les Cds. Et quand je suis retourné chez eux, il avait marqué Chapelier Fou sur les disques. Du coup, c’est resté.
Qu’en est-il de ton parcours avant de monter sur scène ?
J’ai fais dix ans de violon au Conservatoire, et un peu moins de clavecin. J’ai arrêté pendant un an, vers 15 ans, où je faisais de la musique avec des potes. Après j’ai acheté un ordinateur, et j’ai commencé à sampler tout seul, et plein de trucs. J’ai ensuite repris mes études, avec la fac de musicologie et une formation musicale au Conservatoire. Vers 18ans, j’ai commencé à faire des concerts dans des bars, puis l’enseignement et la musique se sont chevauchés, donc maintenant je ne fais plus que ça !
Quelles sont tes influences musicales ?
Elle sont très nombreuses ! En fait, c’est un peu toute la musique de la fin des années 90, avec Warp, Ninja Tune, Dj Shadow, qui m’ont beaucoup influencé au début. Je suis aussi très admiratif de la musique savante du siècle dernier, avec Debussy, Ravel, Stockhausen etc. Sinon ma grande référence, c’est Autechre.
Les médias te comparent souvent à Yann Tiersen, qu’est-ce que tu en penses ?
Ça ne me dérange pas mais c’est juste de la connerie. C’est hyper réducteur, pour lui comme pour moi ! Dans l’inconscient collectif, Chapelier fou c’est que du violon, et Yann Tiersen, Amélie Poulain. Alors que maintenant, il fait du rock, blindé de guitare avec plein de synthés. C’est pas que ce n’est pas flatteur, c’est juste que c’est une erreur, un amalgame réducteur.
Comment définirais-tu ta musique, pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas ?
C’est quand même un peu compliqué ! C’est un mélange de plein de pratique, avec des sons enregistrés avec un micro, des sons complètement synthétisés, des instruments acoustiques. C’est un mélange d’origine de sons, avec des objets détournés qui deviennent des instruments, une expérimentation pure.
Je dirais que c’est un « bordel vachement organisé », sans limites, un espèce de gros fourre-tout.
Te souviens-tu d’une scène où tu as été particulièrement fier d’y avoir joué ?
Il n’y a pas une scène que je retiens, mais la globalité des voyages. J’ai fais des scènes en Australie, Nouvelle-Zélande et Chine en un bloc, et c’était génial. Je suis allé dans des lieux incroyables, comme les festivals Womad.
En terme de salles, je prêche ma paroisse, mais j’adore Les Trinitaires à Metz, c’est la maison, une des meilleurs progs que je connaisse, toujours en avance, super barrée et hyper-ouverte. Sinon, il y aussi Echonova à Vannes, où j’étais résident.
Justement, qu’est-ce que ta tournée mondiale t’as apporté sur le plan musical ?
Plus en profondeur, les voyages modifient les gens dans leur intégralité, et ça, pas seulement en tant que musicien. Plus basiquement, j’ai enregistré des sons en voyages, les premiers de mon disque
sont des sons pris dans les rues en Chine.
Une envie de collaborer avec un artiste en particulier pour ton prochain album ?
Non pas forcément, les choses se feront en temps voulu, elle se feront naturellement ou pas. Et j’ai pas envie de faire des trucs s’il n’y a pas d’amitié derrière : je ne jouerai jamais avec quelqu’un juste pour jouer avec quelqu’un.
D’où vient le nom « Invisible » de ton dernier album ?
Il a en fait plusieurs significations. Ce sont plein de choses, plein de sons cachés et de morceaux très bien cachés ! (rires) Des sortes de messages subliminaux, des sons qui reviennent comme des flashs.
Il y a plusieurs aspects au mot « invisible » : des choses présentes et claires qui passent pourtant inaperçues, des titre de morceaux et le sens profond des chansons qui sont pas forcément intelligibles pour le public. J’aime bien le fait qu’il y ait un processus de création qui soit là mais complétement inaudible, invisible.
C’est aussi une idée de spectre : beaucoup de choses hante le disque, plein d’hommages à des gens décédés autour de moi.
Tes noms de chansons, qui sont plutôt originales, ont-ils des significations ?
Oui, ils ont toujours du sens. Par exemple, « Cyclope et Othello » c’est un hommage à mes deux chats, « Shunde’s Bronx » c’est parce que j’ai fais mes prises de son dans la ville de Shunde en Chine, Fritz Lang est un clin d’œil au Mépris de Godard et Le Tricot a un rapport avec le geste que je fais quand je joue. Ce ne sont jamais des hasards, mes noms de chansons se rapportent toujours au concept, à leur contenu.
Transmets-tu un message à travers tes musiques ?
Absolument pas ! Mais ne votez-pas Le Pen ça serait déjà bien.
Tu commences à être de plus en plus prisé par les médias, quel effet ça te fait?
Ça me fait pas vraiment plaisir, parce que ce qui m’ennuie c’est d’être à la fois un être humain et un musicien. Dans ma tête, je ne sais plus trop si je suis autre chose qu’un musicien. C’est aussi le fait d’être seul mais je suis complètement enfermé là-dedans, alors les interviews, ça ne m’aide pas trop à m’en sortir. Après, ce n’est qu’une période, avec la sortie de disques, mais c’est vrai que je n’aime pas les compliments, « le succès », ça ne me met pas à l’aise.
Qu’as-tu sur ta playlist en ce moment?
Je ne suis pas trop dévoreur des nouvelles musiques, mais j’écoute le dernier Tarwater, Broadcast
Connan Mockasin, un ami qui s’appelle Fred A, et Hood. En fait, plein de trucs (rires) !
Tu as signé sous le label d’Ici et d’Ailleurs, comment ça se passe avec eux ?
C’est un label indépendant, ce qui est assez rare en France. Il doit y en avoir une dizaine de ce style. C’est une expérience fantastique d’être chez eux, c’est petit et ultra-humain.
Je suis complètement en phase avec les autres artistes qui ont signés là-bas, comme Matt Eliott, The Third Eye Foundation, Mein Sohn Williams etc. Ce sont de véritables amis.
Aurais-tu des conseils pour des jeunes qui veulent se lancer dans la musique ?
Non, pas vraiment, c’est triste mais le fait que ça marche ou que ça ne marche pas, c’est uniquement du hasard. Il y a tellement de bons musiciens qui sont inconnus, alors qu’il y a des gens qui sont célèbres sans rien faire !
Je dirais qu’il faut continuer, tout faire avec ses trippes, et qu’il ne faut pas en vouloir au monde entier si ce qu’on fait ne marche pas !
Alors chers lecteurs, en attendant de vous lancer vous aussi dans la musique, dévorez sans modération le dernier album de Chapelier fou. Un vrai bonheur musical, parole de la rédaction !
Article rédigé par Charlotte Baechler