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Banlieue-Banlieue, mémoire des murs

Du 14 mars au 7 avril 2019
Vernissage : jeudi 14 mars à partir de 18h

Le Syndicat Potentiel présentera des archives du groupe Banlieue-Banlieue, qui restituera une mémoire en images d‘affiches, documents et vidéos d’époque. Dans le même temps le trio Alain Campos, Antonio Gallego et José Maria Gonzalez exposeront leurs estampes pigmentaires à la galerie Aedaen.

Pionnier parmi les pionniers de l’art urbain en France, le groupe Banlieue-Banlieue participa avec d’autres, au début des années 1980, aux nombreuses manifestations qui ont construit la mouvance « graffitiste ». Banlieue-Banlieue est né à Poissy en 1982 et réunira, autour d’une exposition séminale martelée par le rock alternatif (Les Guérilla, Marche sur l’autre, Tie break), une bande de jeunes étudiants en art, dont Alain Campos, Antonio Gallego, Anita Gallego, José Maria Gonzalez, Frédéric Durant, Daniel Guyonnet rejoints par Ivan Sigg et Kenji Suzuki.

AU SON DU ROCK ALTERNATIF
par Seitoung
En 1982, le punk est mort depuis un lustre, mais son énergie créatrice, ses fulgurances et ses instantanés infusent encore les veines d’une jeunesse en quête d’un autre futur : Banlieue-Banlieue crée des peintures en direct, détourne des affiches et pratique, à l’instar des Frères Ripoulin (dont l’un des membres, Nina Childress, fut chanteuse de Lucrate Milk), de Speedy Graphito ou des Musulmans Fumants, ce qu’on appelait alors le « terrorisme graphique ». En février 1984, après l’exposition rock et peinture « Rock à St Brock » à Saint-Brieuc – où le punk et le post-punk sont toujours à l’honneur : Les Alligators, Gogol et La Horde, Oberkampf, Marc Seberg -, le groupe évolue dans l’espace urbain en collant des fresques sur les murs ou en éditant des fanzines. A leur palmarès, des fresques réalisées live avec La Souris Déglinguée, les Fleshtones, ou la grande toile de fond de scène de la Fête de l’Huma en 1988 (avec Les Garçons Bouchers). Signe des temps, le fluo est à l’honneur, les couleurs sont vives, la figuration libre. Esthétiquement proche de Picasso, Kandinsky, Matisse, Combas et les Nouveaux Fauves allemands, les oeuvres du collectif s’affichent en plein air comme celles d’Ernest Pignon-Ernest, donnant la furtive impression que quelques musées mal fermés ont laissé échapper leurs trésors. Les collages sont éphémères, qu’importe, seule la beauté du geste prime. En décembre 1984, sollicités pour concevoir la charte graphique de la revue professionnelle des bibliothécaires d’entreprises Médianes, Antonio et Alain sont rejoints par Ivan Sigg et Kenji Suzuki, étudiants aux Arts-Déco. Ils multiplient alors les apparitions et les performances, participant en juin 1985 au rassemblement « Les Flamboyants » à Bondy, premier événement réunissant l’émergente scène graffitiste hexagonale. Changeant d’atelier en 1986, passant de 1000 à 60 m² (!), le trio Campos-Sigg-Suzuki est obligé d’adapter sa technique de création : fin des grandes fresques peintes au sol, place à la toile que l’on aborde à 4 ou 6 mains. Alain Campos philosophe sur cette révolution induite par la contraction de l’espace collectif : « la fresque est un cri, le tableau une phrase ». En 1989, de retour de New-York, le groupe composé de ses trois derniers mousquetaires se dissout dans l’acrylique, chacun continuant sa propre route.

Début 2017, à l’occasion d’une exposition commémorative à Guyancourt, le collectif s’est reformé avec Alain Campos, Antonio Gallego et José Maria Gonzalez pour produire une quarantaine d’oeuvres digitales, travaillant à distance mais se coordonnant via l’email ou l’échange téléphonique. A cette occasion, un ouvrage biographique est paru, retraçant sur près de 270 pages abondamment illustrées la production pléthorique du collectif. L’approche est chronologique, rythmée par les événements auxquels le collectif a participé, chaque membre, se remémorant l’épisode. La lecture est aisée et passionnante, notamment parce chacun exhume ses états d’âmes de l’époque, ceux qui soudent le collectif comme ceux qui le distendent. Il est rare de lire des artistes défendant un projet « utopique » (l’art gratuit, pour tous) confesser avec une grande sincérité qu’avec le temps la monétarisation de leurs oeuvres devient un enjeu – de subsistance avant tout – qui tolère le sacrifice des idéaux de jeunesse. Et finit aussi à avoir la peau du collectif.

Ces archives Banlieue-Banlieue seront présentées aux Syndicat Potentiel sous formes de projections vidéo et d’imprimés d’époque.

Le 16 mars toujours au Syndicat Potentiel à l’occasion du week-end de l’art contemporain « WEAC » aura lieu, lors d’unbrunch, une signature du livre Banlieue-Banlieue, 268 pages, aux Editions H’artpon ainsi que la sortie du nouveau numéro de la revue de dessin Rouge Gorge qu’animent depuis 2003 Antonio Gallego et Jose Maria Gonzalez.

Tirée à moins de mille exemplaires, la revue Rouge Gorge circule dans le réseau des librairies et des galeries qui ont contribué au renouveau du dessin.

À travers sa ligne éditoriale et avec une quarantaine d’artistes invités par numéro, elle synthétise divers horizons du dessin contemporain. Les dessins présentés sont à l’intersection du dessin d’humeur, du dessin de presse, du dessin plasticien et des formes graphiques expérimentales issues du graphzine.

Dans son choix, Rouge Gorge a la volonté de susciter le dialogue entre différentes cultures et différentes générations de dessinateurs. Du dessin débridé tout en énergie, au dessin appliqué, au dessin brodé, tatoué ou au dessin qui interroge ce médium ; la revue évoque la notion de transversalité.

Apériodique, elle sort en moyenne un numéro par an, sa parution est souvent liée à des événements, des expositions accueillies dans des centres d’art lors des résidences du duo d’artistes qui l’éditent. Antonio Gallego et José Maria Gonzalez réalisent alors les commissariats, les scénographies et invitent le temps d’une édition ou d’une exposition d’autres créateurs à venir les rejoindre.

Syndicat Potentiel
109 Avenue de Colmar – Strasbourg
banlieuebanlieue.blogspot.com

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