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Métamorphoses du signe de Pierre Marc de Biasi

Du 16 juin au 13 juillet 2018
Vernissage : vendredi 15 juin à partir de 18h

L’exposition présentée à la galerie L’Estampe s’intitule « Métamorphoses du signe » parce que cette exposition est construite sur le principe d’un processus en quatre temps qui a été celui de la création des œuvres.
Premier temps, un dispositif matériel qui remonte à « l’enfance de l’art » : une dalle de ciment frais en phase de prise, sur laquelle l’artiste pourra graver profondément les signes de son code plastique avec les mêmes gestes que ceux du scribe sumérien qui enfonçait son stylet dans l’argile pour tracer en cunéiforme les premiers textes de l’humanité, il y a plus de trois mille ans.

Deuxième temps, l’exécution graphique proprement dite, la mise en œuvre d’un code dont le secret appartient à l’artiste : par exemple, dans la série L’Empire du signe, une écriture en damier qui cherche à restituer, sous la forme de tondos, les textes primitifs d’une civilisation plus archaïque que celle de Sumer, des messages qui diraient la vie et les rêves de l’humanité à une époque où les animaux étaient encore doués de la parole. Ou au contraire, dans une autre série, un véritable code calligraphique, en usage à Bagdad au Xe siècle de notre ère, le coufique, pour interpréter plastiquement un admirable « haïku » du grand poète arabe Al-Mutanabbi. La plaque sculptée est moulée et donne naissance à un double négatif en matière souple qui permettra, sous la presse, de reproduire intégralement les formes et les détails de l’original.
Le troisième temps du processus est celui de l’aquagravure : une solution d’eau et de fibres délayée à la main, le puisage au tamis d’une couche de fibres, épaisse et généreuse, puis son délicat couchage sur les feutres. Arrive alors la phase cruciale du pressage. Ecrasée par la presse, la couche de fibres encore gorgée d’eau va perdre, d’un coup, les neuf-dixièmes de son épaisseur, et se transformer en feuille, solide et résistante, par la formation, en quelques secondes, dans sa structure, de milliards de ponts hydrogène : les liens chimiques qui vont rendre solidaires ses fibrilles de cellulose. Et c’est à ce moment précis que la feuille, en pleine fibrillation, entre en contact avec le moule qui imprime en elle ses reliefs et ses dépressions. Voilà le miracle : du papier, à l’état naissant, se saisit de la profondeur des signes pour reproduire, dans sa propre matière en formation, la surface de la pierre gravée, au moindre détail près.

Enfin, quatrième moment du processus, le prodige du papier gravé aux prises avec l’inondation d’un flux de couleur pure, la diffusion profonde des pigments dans les fibres de la cellulose, sa propagation au gré des sillons, des accidents et des creux qu’ont formé les figures et les symboles, le caprice maîtrisé des chromatismes aux prises avec la densité de la feuille et la texture de ses motifs. Il faudra encore de longues semaines de séchage pour que la feuille soit tout à fait stabilisée. Mais au terme de toutes ces transfigurations, ce qui se retrouve comme fixé en chacune des aquagravures, c’est le mouvement même de sa genèse, une genèse qui raconte l’histoire de l’œuvre, mais aussi qui la dépasse.

Car ce qui se trouve inscrit dans ces aquagravures, c’est à la fois la succession des métamorphoses matérielles qui leur ont donné naissance et, derrière elle, la mémoire d’un rêve qui a guidé les gestes de l’artiste : ajouter au désir instinctif de tracer des signes, à cette obsession humaine d’en-signer le réel, ce surplus de sens et de plaisir qu’est la beauté plastique. Tel pourrait être un des défis de l’art : transmettre un message dont le temps finira peut-être par rendre le sens indéchiffrable au regard de la langue et de la raison ; mais avec l’espoir que, pour le cœur et les yeux de ceux qu’elles feront rêver, l’expressivité plastique de ce message saura rester intacte, ou même qu’elle aura gagné en intensité, du fait même de son illisibilité.

L’Estampe – galerie d’art & éditeur
31 Quai des Bateliers – Strasbourg
www.estampe.fr

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