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Du parc des expositions, aux expositions dans un parc. Ou comment nous nous sommes retrouvés à Venise.

Tout a commencé jeudi dernier. Un jeudi un peu comme les autres, avec un événement prévu en début de soirée, pour anticiper le week-end. Ce soir-là, c’est l’ouverture de St-art, foire d’art contemporain de Strasbourg. Et puis nous continuerons devant le Maillon pour un vernissage/lèche-vitrines de « Sucettes Décaux AMOR ! » Mais ce n’est que le début.

Stand après stand, allée après allée, nous déambulons dans ce hall en nous arrêtant ici et là pour regarder de plus près une œuvre, pour discuter un peu avec des amis. Nous sommes dans une foire, ne l’oublions pas, et si l’art est à l’honneur dans ce salon commercial, il n’en reste pas moins un objet à vendre. La foire ne présente pas des artistes ou une thématique artistique, c’est-à-dire une exposition construite par un commissaire ou un curateur, mais propose à des galeries d’exposer leurs pièces – moyennant finance… Alors nous nous y attardons, parce que nous sommes curieux, et parce qu’au delà de la marchandisation de l’art propre à la foire, nous y rencontrons des œuvres qui nous font un peu oublier leur contexte d’exposition.

Après quelques heures à se perdre dans ces m² orthonormés et délimités, après un passage dans le « white cube » consacré à la défiscalisation, nous  traversons la rue pour nous rendre à un vernissage d’une exposition qui ne fait que commencer : « Sucettes Décaux AMOR ! ». Une douzaine d’artistes propose de transformer l’espace architectural de la vitrine pour apporter un nouveau regard sur l’art et plus précisément sur l’art prenant place dans la rue. Faisant face à la St-art, cette exposition qui prendra le temps de se montrer (jusqu’au 17 décembre) est comme une réponse, un pied de nez à cette foire commerciale, et s’expose directement dans une vitrine, mais gratuitement… L’exposition présente des artistes locaux aux univers variés (installations, collages, néons, dessins, 2D, 3D et barbe à papa) et joue avec la tendance mercantile de l’art contemporain.

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Nous décidons de continuer notre expédition artistique et prenons l’avion à Mulhouse ce vendredi matin. Une heure plus tard, nous voici arrivés à Venise. Et c’est bien pour la Biennale d’Art Contemporain que nous nous perdons dans cette ville riche d’histoire et de culture. La ville, connue pour sa situation stratégique en Adriatique et même au centre de l’Europe, a construit sa grandeur grâce au commerce et plus largement grâce à son aisance maritime (pour le transport des marchandises mais aussi pour les guerres et les explorations). Citée sur l’eau, contrainte par un territoire qui n’est pas extensible, la ville est une collection de palais et d’œuvres architecturales. Sur ce petit territoire, la ville de Venise est un trésor de culture et si la puissance et la richesse d’un pays devait se calculer en art, elle serait vraisemblablement en tête du classement.

Visiter la ville, arpenter ses rues et ses canaux est une activité culturelle à part entière à Venise, mais nous avons choisi de notre côté, de profiter des derniers jours de la Biennale pour vivre, le temps d’un week-end, au milieu des œuvres d’art contemporain du monde entier. 57ème édition, plus de 80 pays représentés et deux expositions monumentales « Viva Arte Viva » orchestrées par Christine Macel, cette Biennale est unique en son genre et se différencie largement des événements artistiques internationaux comme Art Basel (et déclinaisons comme Art Basel Miami) en cela que ce n’est pas une foire, mais qu’il s’agit véritablement d’un projet d’exposition pensé et argumenté par un commissaire invité tous les deux ans. Quant aux pavillons nationaux, chaque pays choisit ce qu’il présentera et quels seront les artistes mis à l’honneur. Et si à tous les coins de rue, des stands de souvenirs de pacotille attirent les touristes, rien n’est à vendre dans cette Biennale.

Tous les deux ans, durant environ 6 mois, la Biennale d’Art s’organise autour d’une exposition principale présentée au Giardini dans le pavillon central (cette année étendue dans les halls de l’Arsenale) et de pavillons nationaux. Au bout de l’île de Venise, c’est véritablement un quartier qui accueille l’exposition et dans ce jardin une trentaine de pays sont représentés, exposés dans des bâtiments à l’architecture singulière, construits pour la plupart au début du XXème et réaménagés régulièrement au fil des ans. Du mouvement De Stijl en passant par le néoclassique allemand jusqu’à l’architecture religieuse traditionnelle hongroise, chaque pavillon a sa spécificité, ce qui ajoute à la richesse de cette promenade artistique dans le jardin de la Biennale. Le second site, l’Arsenale, est, comme son nom l’indique, des halls monumentaux, anciens bâtiments de la marine italienne et légués au ministère de la culture. C’est ici que se tient la suite de l’exposition « Viva Arte Viva » et où prennent place également quelques pays. Enfin, c’est dans toute la ville, au gré des rues et des palais que les autres de ces 86 pays présents cette année, ont installé leurs artistes et leurs expositions.

L’introduction est déjà longue, mais cette entrée en matière est nécessaire pour donner à comprendre l’ampleur de l’événement ! Mais nous ne pourrons pas être exhaustifs pour la suite de cette histoire, il nous faudrait rédiger un catalogue (vous trouverez aussi tellement d’informations et de documentation sur le site officiel de la Biennale). Alors nous vous présentons un top 3 de nos pavillons préférés.

Le pavillon Italien, avec son exposition « Il mondo magico ».

Trois artistes y présentent des installations et nous retiendrons particulièrement celle de Giorgio Andreotta Calo : « Senza Titolo (La fine del mondo) ». Après avoir traversé deux pièces présentant sous des dômes gonflables des corps reproduits, consumés, clonés ?, faisant référence au corps et au visage du christ, après avoir parcouru une vingtaine de mètres sous un échafaudage dans la pénombre, nous montons des escaliers. Au premier abord, sans grande visibilité, il n’y a « pas grand chose » à voir… puis petit à petit la vision s’habitue à ce crépuscule et c’est une immense surface d’eau qui s’étend sous nos yeux. Fonctionnant comme un miroir, presque comme un miroir noir, cette flaque superficielle donne une impression de profondeur et de froideur à la fois calme, paisible et glaçante ; un sentiment de « Fin du monde ».

La Nouvelle Zélande, « Emissaries » de Lisa Reihana.

C’est à partir du papier peint panoramique français « Les sauvages de la mer du Pacifique » de 1804, que l’artiste néo-zélandaise crée une œuvre cinématographique intitulée « In Pursuit of Venus [infected] ». Sur fond de tapisserie narrant l’épopée du voyage de Cook, les acteurs rejouent des scènes de découverte du sauvage, de méfiance, de violence, d’incompréhension culturelle et évidemment d’impérialisme européen. Comme un diorama à l’infini, le film/tapisserie défile sur cet écran et retrace une certaine histoire des conquêtes des nouveaux mondes. A noter que cette exposition prend place dans un hall de l’Arsenale où étaient construits les vaisseaux lors de la domination navale de Venise sur l’Europe.

La Hongrie, « Peace on Earth » de Gyula Varnai.

Entre symboles de l’idéologie socialiste déchue et nécessité de l’utopie, l’exposition hongroise nous invite à penser le futur comme un potentiel de paix en se servant de représentations passées certes décriées mais porteuses d’émancipation. Un arc-en-ciel fait de pins vient nous rappeler la nécessaire construction collective qui passe par l’engagement de chacun dans sa vie quotidienne ; un petit pins comme une marque de militantisme. Et si l’utopie demeure irréalisable, la nostalgie trop facile, et la propagande omniprésente, il n’en reste pas moins que c’est en interrogeant le passé qu’on pourra construire des futurs.

Alors bien sûr, nous avons eu d’autres coups de cœur lors de cette Biennale, mais à la mode italienne, il est bien plus agréable d’en discuter autour d’un Spritz Apérol pour l’aperitivo. Notons que le pavillon Géorgien représenté par Vajiko Chachkhiani et son installation « A Living Dog in the Midst of Dead Lions », nous propose une réflexion politique, sociale et historique sur la condition humaine dans un pays aux événements traumatiques et violents récents. Une maison abandonnée et comme transplantée au milieu de cet espace d’exposition, et dans cette maison de bois, il y pleut en permanence.

Le Japon, « Turned Upside Down, It’s a forest », ou l’art de la minutie japonaise et le besoin de prendre le temps de regarder ces bijoux de maquettes de temples en bois. Les architectures suspendues se présentent en miroir et flottant comme ça dans l’espace, elles sont comme des vaisseaux spatiaux sortis d’un autre univers.

Et pour l’immersion dans un univers autant kitsch que cliché, nous retiendrons la Corée du Sud, qui a su nous surprendre et nous interroger avec son exposition « Counterbalance: The Stone and The Mountain », passant d’enseignes lumineuses à la copie du David de Michel Ange par le karaoké et la pièces aux horloges au temps différencié.

La journée a été riche en découvertes et c’est la tête pleine que nous reprenons le bus vénitien… enfin le vaporetto ! Les bus-bateaux se croisent et se recroisent de jour comme de nuit pour nous emmener d’une rive à l’autre et d’une île à l’autre. Rendez-vous est pris sur la place du Mercato Rialto pour prendre un verre à la mode italienne, pour parler d’art – encore – avec des amis berlinois venus eux aussi pour la Biennale. Trois parts de pizza plus tard, sur un autre bateau, nous passons devant le palazzo Grassi, un aperçu de l’exposition « unbelievable » qui nous attend demain !

Car si la Biennale d’Art est riche de centaines d’artistes, l’exposition présentée par la fondation Pinault vaut parfaitement, totalement, complètement le détour. Exposition incroyable, incommensurable, fabuleuse et affabulatrice.. J’ai nommé Damien Hirst comme maître d’œuvre et chef d’orchestre de cet opéra d’art total. Située dans deux palais vénitiens, le palazzo Grassi et la Punta della Dogana, l’exposition « Treasures from the wreck of the unbelievable », somme de sculptures monumentales nous plonge dans une narration contemporaine d’une mythologie fantasmée. Des publicités aux arrêts de vaporetto, des affiches partout dans la ville nous présentent cette exposition davantage comme une découverte archéologique. Damien Hirst, en artiste démiurge, reprend les symboles mythologiques des grandes civilisations – grecque, inca, égyptienne, romaine – y ajoute nos archétypes contemporains comme Mickey ou la robotique, c’est-à-dire autant de signes de notre civilisation actuelle fossilisés. Il crée de toute pièce et de bout en bout une histoire fantastique s’appuyant sur les traces retrouvées de notre passé. Il joue avec les clichés ; monstres marins, chimères, créature à trois têtes, extraterrestre et livre de la jungle.

C’est l’histoire d’un naufrage, tout d’abord d’un esclave romain affranchi qui une fois devenu riche et receleur d’œuvres d’art, voire faussaire, en tout cas trompeur, s’embarque avec son trésor et coule au large des côtes africaines.

C’est l’histoire d’un artiste, d’une fondation, qui inventent cette histoire, qui créent une mythologie et remontent du fond des eaux ces sculptures : copies d’originaux, originaux copiés, trompes l’œil et faux semblant, colonisés par des coraux et plantes aquatiques.

Longue de 10 années de travail, cette expédition/exploration/exposition réinvente l’histoire de l’art et l’histoire de l’histoire par ces sculptures qui nous immergent dans les eaux limpides et profondes des sources de la création artistique. L’artiste se représente lui-même donnant la main à Mickey, comme signataire « d’un œuvre », une magie Disney ou l’art de raconter des contes de fée.

De l’art plein les yeux, le ventre régalé et la valise garnie de parmesan, nous voilà de retour à Strasbourg, avec encore tant de choses à vous raconter. Écrivez-nous, appelez-nous, buvons un coup, on vous dira tout !

Texte : Elise Richet
Photos : Julien Lafarge

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