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« Le pays lointain » - Douces langueur et décadence
« Le pays lointain » - Douces langueur et décadence

« Le pays lointain » – Douces langueur et décadence

Nous avons passé une longue soirée d’automne au théâtre et découvert « Le pays lointain » de Jean-Luc Lagarce, mis en scène par Clément Hervieu-Léger, créé la semaine dernière au TNS. En voici un petit aperçu, quelques remarques, expressions et sentiments au sortir de la salle.

Dans ce « Pays lointain », les morts sont pieds nus. Des acteurs nous disent le texte, nous parlent le texte, le répètent et surtout se le répètent. Le metteur en scène nous propose un temps, long, pour essayer d’éprouver avec ses acteurs ce que c’est que l’attente. Une famille attend depuis des années, un fils ne veut plus attendre pour lui annoncer son retour et son départ, définitif cette fois, très prochain.

En réduisant la situation initiale, et pour comprendre que ce n’est qu’un prétexte à parler de l’amour et de la difficulté du choix, la pièce nous présente Louis, un homme d’une quarantaine d’années, qui revient voir sa famille (une mère, une sœur, un frère et une belle-soeur) après des années d’absence. Il vient pour annoncer qu’il est malade et qu’il va mourir. Mais il ne vient pas pour se justifier, il vient pour dire, essayer de dire. Et il sait aussi qu’il vient pour leur faire dire ce que chacun a à lui dire – médire, maudire.

Et assis dans notre fauteuil, à notre place de spectateur, nous sentons ce temps, nous l’éprouvons, nous essayons de l’apprivoiser, comme si tout ce que nous voyions sur le plateau n’était qu’une succession de scènes, des épisodes pour faire vivre le souvenir, en attendant que se dise la fin. Car la pièce se joue dans un autre temps ; au ici et maintenant du théâtre se substitue un hier et avant hier, et même un tout à l’heure, lorsqu’il ne sera plus temps. Les époques se percutent, les personnages collaborent pour créer des narrations transhistoriques et métatemporelles. Le père mort il y a des années rencontre l’amant tout juste mort, et ils marchent ensemble au travers de la scène et du décor, pieds nus, interviennent pour raconter, commenter, le passé et le présent.

C’est l’histoire de deux familles, qui se partagent l’amour d’un homme, fils dans l’une, amant et ami dans l’autre. Ces deux familles sont comme convoquées sur scène pour accompagner Louis – c’est lui le fils, l’ami, l’amant – dans l’annonce. Il s’agit d’arriver à dire, par des mots, mais pas seulement, par la remise en jeu et la mise en scène de l’amour, des rencontres, des situations de la vie, que celle-ci va s’arrêter, que tout ce manège va s’arrêter. A l’image des promenades dominicales racontées par la famille traditionnelle, par la volonté affirmée de la mère de raconter pour faire re-vivre ces moments, par la répétition encore des phrases, par la recherche des sentiments et des sensations d’alors, nous assistons à des scènes qui se cherchent, où les personnages s’analysent, où les mots sont soumis à l’autocritique de leurs locuteurs. Comme si la vie qui défile devant soi avant le départ ou plus justement au moment du retour qui voit déjà poindre le départ, ce temps transitionnel quasi hors temps, hors jeu, ne serait qu’un montage d’épisodes à corriger, vivre et revivre au plus proche de ce que l’on a ressenti à cet instant-là, déjà parti, si volatile.

Et les choses s’étiolent, des lacunes apparaissent, les souvenirs ne sont plus si justes. Mais quelle peut être la véracité d’un souvenir ? Et surtout quel en est son intérêt ? Le temps passe, les spectateurs aussi. Passé l’entracte, seuls ceux qui veulent encore accompagner cet exercice de l’annonce sont restés. Et certainement savons-nous déjà qu’elle n’aura pas lieu…

Si le metteur en scène choisit de mettre à l’épreuve un homme devant ses deux familles au moment même de l’épreuve de sa vie, il nous met également, spectateurs, à l’épreuve du temps théâtral. Comme si nous passions une soirée en famille avec ses temps excitant, gênant, ennuyeux, long, drôle ou somnolant. Comme si pour entrer dans et comprendre ce projet artistique, le temps nous était laissé pour voir, écouter, penser à autre chose, revenir sur ce qui se passe sur scène, repartir dans nos pensées, se rendre compte qu’on est fatigué, que c’est fatiguant d’attendre, qu’il doit être fatigué Louis, que ce doit être fatiguant de savoir qu’on va mourir, bientôt, et qu’il faut éprouver cette attente ; qu’attendre la mort c’est fatiguant.

« Le pays lointain » se joue à Strasbourg au TNS jusqu’au 13 octobre avant de partir en tournée.

Les représentations :

  • 26 sep 2017 20:00
  • 27 sep 2017 20:00
  • 28 sep 2017 20:00
  • 29 sep 2017 20:00
  • 30 sep 2017 20:00
  • 1 oct 2017 16:00
  • 9 oct 2017 20:00
  • 10 oct 2017 20:00
  • 11 oct 2017 20:00
  • 12 oct 2017 20:00
  • 13 oct 2017 20:00

Plus d’infos : www.tns.fr

Article : Elise Richet

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