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Le Vodou au féminin : Mythes et réalités de la femme en Afrique de l’Ouest

Du 8 mars au 30 octobre 2018
Vernissage : jeudi 8 mars à partir de 19h30

Suivant le mythe fondateur des Iyàmi en pays Yoruba, Odu, divinité féminine, est chargée de la puissance de l’oiseau et de soutenir le monde physique. Elle est désignée comme la « mère » pour toujours. Cependant, ayant estimé qu’elle a abusé de son pouvoir, Olodumare, « dieu suprême », lui retire sans concessions ses attributions pour les conférer à son compagnon masculin. Odu est alors destituée. Cette allégorie de la passation du pouvoir dans la tradition Yoruba va se transmettre au fil des années dans la culture vodou et influera directement sur la perception de la femme et de son rôle.

Les femmes et les divinités féminines sont des actrices incontournables de l’histoire de l’Afrique de l’Ouest. Leurs statuts de mères, d’épouses, de veilles femmes sont à la source de nombreux mythes et de pléthore de légendes. Leur rôle est décisif dans le fonctionnement de la société et capital dans la conscience collective. Dans ces sociétés patriarcales, la femme est considérée comme le vecteur de transmission de la tradition spirituelle. Elle a le rôle de mémoire et celui d’organiser la société, la famille.

Les femmes nommées « Les iyamis » à Kétou ou encore « Les iyas » du côté de Covè sont ainsi désignées comme des sorcières possédant le « pouvoir des mères ». Elles véhiculent des bons ou mauvais présages. Elles sont respectées, incluses dans la société, mais craintes car possédant une force agressive et très puissante. Les jeunes filles peuvent également posséder le pouvoir de sorcellerie et ceci parfois même sans le savoir, car elles l’auraient hérité de leur mère ou de leur grand mère. Lors du décès d’une personne, les vieilles femmes sont par ailleurs chargées de protéger les objets sacrés et de transmettre la mémoire patrimoniale.

Les femmes sont considérées comme des piliers de la vie religieuse et cultuelle. Les jeunes filles sont recrutées assez tôt pour devenir des prêtresses, chargées d’honorer les divinités vodou. Elles commencent alors leur vie en tant que petites adeptes, passent les étapes de l’initiation puis mettent leur compétences au service de leur couvent. Elles organisent les rituels, nourrissent les vodou, entrent en transe. D’autres femmes sont rassemblées en sociétés secrètes et chargées d’organiser les rituels et sorties de masques (grands personnages costumés). Elles préparent les cérémonies et les danseurs masculins appliquent la mise en scène décidée par celles ci. L’organisation interne est spécifiquement féminine.

L’histoire des Amazones du royaume du Dahomey, qui impressionna tant les européens, demeure exemplaire pour témoigner de l’importance attribuée aux femmes dans l’organisation de l’armée et de la société. Ces puissantes guerrières étaient chargées de la protection du territoire et des conquêtes. A l’origine, on raconte qu’elles étaient chasseresses d’éléphants, puis que leur rôle a évolué au cours des années pour permettre de maintenir l’ordre de la vie politico-religieuse. Certaines ont été enrôlées de force après des délits d’adultères. D’autres, devenues Amazones sur la base du volontariat réalisaient les missions de la plus haute importance.

Enfin, bien entendu, le rôle des femmes en tant que mères est fondamental. Elles possèdent le pouvoir de créer la vie et lors d’une naissance, c’est la maman qui se met en contact avec le bokono, le « prêtre » vodou, pour réaliser les rituels nécessaires à la protection du nouveau né. Il existe à ce sujet de nombreuses statuettes avec un petit ventre proéminent, en lien avec des questions de fertilité.

Malgré des rôles très importants dans le fonctionnement de la société, l’ambiguïté et l’ambivalence sont deux notions qui restent omniprésentes dans la représentation de la femme sur cette partie du continent. Dans la statuaire, dans les représentations esthétiques, la femme est souvent mise en valeur, transcendée. Alors que dans les récits, les contes, elle est décrite plus négativement comme destructrice, possessive et dangereuse. Elle est souvent désignée comme la source des malheurs et notamment les infortunes des hommes…

Cette ambivalence se retrouve bien entendu chez les déités vodou, dans leurs caractéristiques et leurs attributs. « Mami Wata » représente la mère nourricière, mais également les océans et leur puissance destructrice. Les « Gèlèdé » incarnent la force protectrice et créatrice de la vie et sont cependant aussi responsables de la stérilité. Kélessi, divinité qui occupe une place importante dans le panthéon vodou détient les secrets capables de maitriser les forces les plus maléfiques. Cependant, très colérique, elle doit être accompagnée de son compagnon masculin pour tempérer ses ardeurs.

L’exposition proposera de découvrir les caractères et spécificités de ces divinités féminines et de leurs pendants masculins. Des œuvres spécialement sorties de la réserve pour l’occasion illustreront les mythes et légendes entourant ces déités. La notion du sang sera également abordée : omniprésent dans les offrandes aux fétiches, celui ci marque en parallèle les étapes de la vie d’une femme. Un parcours de femmes d’Afrique de l’Ouest sera proposé afin de mieux connaitre le statut et le rôle symbolique qu’occupent les mères, femmes mariées, jeune filles, commerçantes, sorcières, prêtresses, Amazones… ainsi que la réalité du quotidien, parfois bien moins rose, toujours à mi chemin entre mythe et secret. Alors qu’il y a quelques décennies, les femmes soldats, les « Amazones » étaient essentielles à la société et à sa survie et donnaient de leur sang pour faire vivre le royaume, il est intéressant de se demander quelle histoire de la femme peut être retracée

Au travers de textes, de projections, de conférences et d’œuvres de la réserve, nous proposerons aux visiteurs un voyage en pays vodou. Les nombreux récits les entourant et leurs caractéristiques seront mises à l’honneur, pour le plus grand plaisir de tous !

Château Vodou
4 Rue de Koenigshoffen, 67000 Strasbourg
www.chateau-vodou.com

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