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Le festival d'Avignon 2017.
Le festival d'Avignon 2017. Photo : Julien Lafarge

Sur la route d’Avignon

L’été, le temps des glaces, des shorts et du sable entre les doigts de pied… De notre côté, on est parti à la découverte du festival d’Avignon et on revient avec de belles images et de beaux moments dans nos bagages pour vous raconter un peu cette parenthèse estivale spectaculaire.

Événement incontournable de la création théâtrale internationale, le festival d’Avignon présente depuis 70 ans des spectacles en sortant des salles traditionnelles pour investir désormais toute la ville pendant près de 3 semaines. La cours du Palais des Papes devient une scène à ciel ouvert, les rues des espaces d’improvisation et de démonstration, les écoles, cinémas, cloîtres et gymnases autant de lieux pour permettre l’expression des artistes et les expérimentations les plus incroyables.

Hors des clichés sur le théâtre tels que sièges rouges, rideau de velours et costumes amidonnés, la création théâtrale contemporaine prend de tout son corps comme thèmes de réflexion les sujets d’actualité comme les flux migratoires, la transformation de la famille ou la remise en cause des mythes fondateurs de notre civilisation. Décrite comme « indisciplinée » par son directeur Olivier Py, la forme théâtrale oscille entre la danse contemporaine, la performance, la conférence dansée jusqu’à la discussion journalistique.

Partis pour un marathon théâtral de 4 jours, nous n’avons aperçu qu’une part de cette encyclopédie du théâtre vivant actuel mais nous avons pu sentir pleinement l’engouement et la vivacité qui entourent la production artistique actuelle. Non, le théâtre n’est pas fatigué ; non, il n’est pas fatiguant et il continue d’épuiser toutes les possibilités d’expression pour nous raconter des histoires et nous les montrer comme on ne les a jamais vues !

Alors juste quelques mots sur notre coup de cœur de cette 71ème édition du festival « The great tamer » créé par le chorégraphe/metteur en scène grec Dimitris Papaioannou. Où sommes-nous ? Sur une pente, un plancher en construction, un amas d’ardoises, peut-être. Des planches noires se chevauchent sur un sol irrégulier et créent un socle à ce spectacle. Des personnages font leur apparition, se déplacent, déplacent les planches, modifient la topographie. Le socle sur lequel ils évoluent les contraint. Tantôt protecteur, tantôt dangereux, le sol de cette scénographie est comme un personnage à part entière dans cette histoire où nous nous situons entre l’aube de l’humanité et son crépuscule. Nous ne pouvons pas ne pas penser à « 2001 l’Odyssée de l’espace », certes par le « Beau Danube Bleu » de Strauss qui résonne sur scène mais également par les corps qui cherchent, s’interrogent, se déplacent dans une autre pesanteur, souvent nus, seuls, cherchant et expérimentant le corps social. Quand sommes-nous ? Avant, après quoi ? Avant et après la fin, au moment où les racines sous nos pieds sont déterrées et visibles, où il suffit d’ôter ses chaussures pour s’en affranchir et de les passer à son voisin pour qu’elles continuent à pousser. La narration n’est pas linéaire et il est donc difficile de vous raconter littéralement ce moment artistique, mais le but est bien là pour le metteur en scène : créer une brèche entre le rêve et la réalité par le biais de la matière, des sensations, de la confusion des corps, de la légèreté des fluides et de la pesanteur du noir, parce que toute la scène est noire, seule la peau apporte de la lumière. Espace et temps intermédiaires, entre genèse et chaos, la représentation nous donne des frissons de joie et d’effroi et lorsque Dimitris Papaionnou demande à chaque danseur « d’épuiser sa vie », il nous entraîne également dans cette expérience.

N’oublions pas non plus que nous avons partagé un moment unique sous les étoiles de la cour d’honneur du Palais des Papes pour une fête chaotique ibérique mise en scène par Israel Galvan. Si cette « Fiesta » n’a pas été au goût de tous à en juger par les départs bruyants de quelques spectateurs, on rappellera seulement que la fête aux accents espagnols manie les codes du flamenco pour les déconstruire et en échange les rôles traditionnels. Comme dans toute fête ou soirée, il y a toujours des débordements et des « éléments perturbateurs » qu’ils soient sur scène ou dans les gradins !

Cette immersion théâtrale a également été l’occasion d’un stage intensif de néerlandais ! Regarder un film en version originale sous-titrée, ça paraît évident. Et une pièce de théâtre en version sur-titrée ? Pourquoi se priver de productions théâtrales novatrices à cause de la barrière de la langue ? Simon Stone nous a pour ainsi dire convaincus ! Sa mise en scène de « Ibsen Huis » (d’après « La maison ») nous a fait oublier que nous ne comprenions pas un mot de cette langue nordique ! Reprenant de l’écriture de l’auteur norvégien la volonté de mettre en mots et en scène la bourgeoisie de son époque, Simon Stone contemporanéise l’esthétique d’Ibsen et raconte une histoire de famille. Plus qu’une histoire, une épopée familiale où se mêlent trois générations des années 70 à nos jours. Mais plantons le décor ! Si l’audace du metteur en scène tient dans l’exercice de réécriture d’un huis clos ibsénien, la grandeur, démesure – voire décadence – réside dans la maison, construite et habitée sur scène par cette famille d’acteurs dans cette cour intérieure transformée en théâtre familial. Tout au long de la représentation, la maison nous dévoile des facettes de cette famille, car si elle tourne sur le plateau pour nous exposer ses différentes pièces, tout tourne autour d’elle. Les passions et les jalousies, les déceptions et les amours, les crimes et les espoirs, la peur et les mensonges, les retours et les décès, l’eau et le feu. Construite, déconstruite, rénovée et brûlée, la maison devient une métaphore de l’être humain enfermé, contraint et acteur constructif de la famille et de sa famille. Autant d’éléments de réflexion et d’analyse qui traversent ces décennies familiales et transforment les  4h sur le plateau en quelques instants intenses dans nos têtes. On en est tout retourné !

Cette année, on a tout misé sur le festival « In » mais promis, l’année prochaine on y retournera et on passera faire un tour aussi au festival « Off » qui présente plus de 1400 spectacles en trois semaines !

Plus d’infos, cliquez ICI !

Texte : Elise Richet

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