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Markéta Magidová : Zero Minute Warning + Gaëlle Cressent : Sillons

Du 30 juin au 30 juillet 2017

Markéta Magidová
Markéta Magidová est une artiste intermedia qui utilise la vidéo, l’installation, la photographie, la performance et l’écriture. Explorant le champ des relations humaines – notamment dans la perspective d’équilibres du pouvoir – elle se concentre principalement autour des sujets tels que l’inégalité, l’anomalie, la domination et l’infériorité; les processus résultant du besoin omniprésent d’efficacité, d’objectivité et de stabilité, ainsi que les préjugés de genres et de races. Les œuvres de Markéta Magidová révèlent l’asymétrie dans un monde de symétrie, la subjectivité dans un environnement inhumain. L’observation des mouvements mentaux ou physiques des individus en pilotage automatique dans un réseau social, politique ou économique prédéfini, de même que la manière dont l’homme peut se comporter dans des situations inattendues et très stressantes peut être considérée comme l’axe majeur de la démarche artistique de Markéta Magidová.

Zero Minute Warning
Au cours de la Guerre Froide, le gouvernement britannique avait établi le protocole d’alarme Four minutes warning pour avertir la population en cas de tir de missile nucléaire de l’Union soviétique. Pendant cette guerre invisible, aussi longue et dangereuse qu’elle fut, les ennemis étaient connus et localisés. De nos jours, seize ans après le 11 septembre, les États-Unis et l’Europe se sont habitués à des explosions de bombes de plus en plus fréquentes dans des lieux publics, aux kamikazes, aux conducteurs de véhicules fonçant dans la foule, à un racisme croissant, etc. Cette guerre est disloquée. Le but des terroristes est d’établir le chaos, la haine et la peur; celui des gouvernements occidentaux est de lutter contre le terrorisme islamique – au Moyen-Orient comme en Europe. Pour un citoyen ordinaire, il est impossible de distinguer le réseau de pouvoir derrière cette crise – il est partout et nulle part à la fois – et une explosion inattendue peut être considérée comme l’image symptômatique représentant, à une plus petite échelle, la situation mondiale toute entière. Les esprits des témoins fonctionnent d’une manière très étrange: le comportement rationnel se mêle à des émotions très irrationnelles et des instincts inconscients. La scène d’une attaque est inondée de lumières policières rouges et bleues et les gens se déplacent selon un schéma chaotique. L’exposition Zero Minute Warning – composée d’une installation, de photographies, d’un film et d’objets – est une métaphore de nos vies actuelles, de la fragmentation, de la déstabilisation et des émotions négatives, qui doit être adressée à quelqu’un. Mais qui est-ce ? Et où est-il? Des innocents meurent dans les deux camps.

Gaëlle Cressent
Les œuvres de l’artiste Gaëlle Cressent sont le fruit d’une logique de renversement. Elles sont une reconsidération des sujets et des matériaux de la sculpture classique. Ainsi, les œuvres nées de ces processus de réflexion évoquent certains aspects ou figures reconnaissables de l’art: la blancheur de la pierre, le jeu des drapés à plis mouillés, les bustes à taille humaine ou certaines postures de statues antiques. Ce sont ces éléments communs à la facture et au matériau traditionnel qu’elle tente de contourner. L’artiste crée un écho, un effet de reconnaissance entre le muséal et le quotidien. Elle pense la possibilité d’une omniprésence du beau sculptural dans la matière même des choses du quotidien. Elle nous montre que l’équilibre des formes et la valeur esthétique de cette chair du monde peut être inscrite dans ses manifestations les plus triviales. Au fond, ces installations relèvent plutôt d’un revers de la sculpture, d’une manière de retournement/détournement de la statuaire. Elles se présentent, de prime abord, comme les résultats inévitables d’opérations anodines (bricolage, travaux, peinture de bâtiment, emballage); elles troublent par leur apparente simplicité. Le geste du sculpteur amasse, rassemble, empile, emballe ou… trouve. Le travail de l’artiste Gaëlle Cressent est avant tout une réponse au monde qui l’entoure. Comme une complémentarité au tout, elle retransmet sous la forme d’objets, d’installations, de vidéos ou encore de photographies une possible interprétation des choses. Comme si par manque de compréhension du monde, il lui fallait réinvestir celui-ci, à l’aide de ses propres outils, de ces propres productions. Une recherche de territoire aussi bien formel que conceptuel. Ne poursuivant aucun but défini de recherche, ne limitant son approche à aucun medium, elle se pose la question de l’artiste spécialiste et de l’artiste « scanneur ». Clairement versée dans la deuxième catégorie c’est l’expérience qui fera œuvre chez elle et non pas la maîtrise et la technicité d’une pratique définie. On retrouve néanmoins un attrait pour l’objet commun et les situations sociales de groupe, comme une porte d’accès vers ce monde qu’elle tente de construire autour d’elle.

Sillons
Sillons est le second volet des recherches engagées par l’artiste lors de sa résidence à la MeetFactory de Prague en 2016. Cristallisées par l’installation Looking for the East qui a été présentée en janvier 2017 sous la forme d’un micro-événement à la Kostka Gallery de Prague, l’artiste nous replongeait dans la culture techno réalisant une mise en scène inspirée des Free Party. Musique et art visuels ont toujours tenté, en s’accompagnant ou en se télescopant, de redéfinir les limites de leurs domaines respectifs. C’est en interrogeant ces notions de territoire et d’hétérotopie que Gaëlle Cressent convoque les sphères du sonore et du visuel au sein de ses installations et sculptures ouvertes. Cherchant d’abord à faire ressentir l’espace comme un tout, l’exposition Sillons implique aussi bien l’ouïe, la vue et même l’odorat à l’aide d’une installation globale faisant intervenir la vidéo-trace de Looking for the East et de nouvelles pièces créées pour l’Espace International du CEAAC. Ici, c’est l’idée de boucle et de sample que l’artiste s’approprie. Système de construction musical largement utilisé en musique électronique, l’artiste propose avec Sillons une interprétation possible de ces systèmes dans le champ des arts visuels.

CEAAC
7 Rue de l’Abreuvoir, 67000 Strasbourg
ceaac.org

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