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Albert Schweitzer entre les lignes

Du 17 octobre 2015 au  30 décembre 2015

Albert Schweitzer (1875-1965) a construit une œuvre singulière qui, cinquante ans après sa disparition, déconcerte encore aujourd’hui par son aspect protéiforme. Déconcertante, son œuvre l’est par les voies empruntées, qui s’entrecroisent et dialoguent tout au long de sa vie : musique, théologie, philosophie, médecine humanitaire. Construite autour de ces thèmes, l’exposition mettra en valeur une pensée et une œuvre qui, provoquant débats et controverses, n’ont rien perdu de leur substance.

Grâce aux fonds de la BNU, des Archives centrales Albert Schweitzer de Gunsbach ainsi que des institutions partenaires, l’exposition permettra de découvrir des documents rarement sinon jamais présentés au public : des ouvrages, des manuscrits, des photographies, des objets du quotidien de l’hôpital de Lambaréné, mais aussi des enregistrements audio et vidéo, grâce aux archives de l’INA.

Le musicien

En musique, se nourrissant des esthétiques allemandes et françaises, cet élève d’Eugène Munch, Charles-Marie Widor et Marie Jaëll, s’impose comme un organiste reconnu, spécialiste de Bach et des orgues anciennes. Ses nombreux concerts l’entraînèrent dans toute l’Europe, lui permettant, plus tard, de financer en partie par ce biais son œuvre non plus missionnaire, mais ouvertement humanitaire, en Afrique. Son essai Jean-Sébastien Bach, le musicien-poète, en 1905, et sa version augmentée en allemand, en 1908, firent date dans l’histoire de la musicologie, de même que ses écrits concernant la facture d’orgues contribuèrent à une prise de conscience de la valeur du patrimoine organologique ancien.

Le théologien

En théologie, formé à l’Université de Strasbourg où il enseigna de 1902 à 1912 comme privat-dozent, Schweitzer apporte une contribution importante à l’histoire du christianisme, par ses travaux sur Jésus et sur l’apôtre Paul. Ses ouvrages cherchent à savoir qui était le « Jésus historique » (comme par exemple son ouvrage De Reimarus à Wrede. Histoire des recherches sur la vie de Jésus publié en 1906) et quelle était la pensée de l’apôtre Paul (Histoire des recherches pauliniennes, publié en 1911). Le vicaire de l’église Saint-Nicolas à Strasbourg cherche aussi à montrer, dans ses sermons, ce que leurs messages peuvent apporter à ses contemporains. Même après son départ pour l’Afrique, la recherche théologique le conduira à publier encore dans ce domaine, comme en témoigne Le christianisme et les religions du monde en 1923, qui apporte une pierre au dialogue entre les religions, ou bien encore La mystique de l’apôtre Paul en 1930, suite de son ouvrage paru vingt ans plus tôt. Dans les années 1950 il travaillera encore à un troisième volet de son triptyque, Reich Gottes und Christentum (publication posthume en 1999), une généalogie à travers les cultures de l’idée de royaume de Dieu.

 

Le philosophe

En philosophie, Schweitzer, formé là encore à l’Université de Strasbourg, et auteur d’une thèse sur la philosophie de la religion chez Kant en 1899, développe à partir de l’expérience de la Première Guerre mondiale une oeuvre originale, restée inachevée. Considérant la guerre comme un symptôme du déclin de la civilisation européenne, et non pas comme sa cause, Schweitzer élabore une Kulturphilosophiepubliée en 1923, où il analyse dans un premier tome (Verfall und Wiederaufbau der Kultur) le malaise et les maux de la civilisation. Dans le deuxième tome (Kultur und Ethik), il expose une histoire de l’éthique qui s’achève dans son principe, qu’il considère comme nouveau et fondamental, du « respect de la vie ».

La problématique du rapport entre la connaissance que nous pouvons avoir du monde (Weltanschauung) et l’éthique, en termes kantiens entre la question : que puis-je savoir ? et la question : que dois-je faire ?, l’amène à entreprendre de vastes enquêtes et synthèses sur l’histoire de la pensée de l’Inde et de la pensée chinoise : Die Weltanschauung der indischen Denker en 1934 (version française en 1936, Les grands penseurs de l’Inde) et Geschichte des chinesischen Denkens (posthume).

 

Le médecin

Enfin, c’est surtout par son action en Afrique dès 1913 que le nom de Schweitzer a connu une renommée mondiale. Tout en accomplissant ses activités théologiques et musicales, Schweitzer avait fait sa médecine à l’Université de Strasbourg entre 1905 et 1912. Dans ce domaine, son œuvre consista à construire un « village-hôpital » au milieu de la forêt vierge de l’actuel Gabon, afin de soigner les populations du Moyen-Ogooué. Plusieurs fois reconstruit et agrandi, cet hôpital situé à Lambaréné, au bord du fleuve, attira de nombreux bénévoles du monde entier qui vinrent participer à ce qu’on peut considérer comme des prémices à l’action humanitaire moderne. Cette grande renommée ne va pas sans un certain nombre de critiques, émises du vivant même de Schweitzer, sur la façon dont cet hôpital fonctionnait.

L’aspect médiatique

L’exposition médiatique de Schweitzer, après la Seconde Guerre mondiale, forme la conclusion du parcours, montrant comment, à travers les médias de l’époque, Schweitzer devint l’une des personnalités les plus célèbres au monde, et comment il s’en servit pour la promotion de l’hôpital de Lambaréné ou pour son combat face au danger atomique. S’appuyant sur la notoriété mondiale que lui valut le Prix Nobel de la paix (1952), il prit, en effet, une part active au combat contre l’arme atomique dans les dernières années de sa vie, par des appels radiodiffusés réunis sous le titre de Paix ou guerre atomique en 1958.

Ainsi, l’exposition organisée à la BNU, à l’occasion du 50e anniversaire de la disparition d’Albert Schweitzer et du centième anniversaire de l’idée de respect de la vie, propose de montrer dans toute son ampleur et entre des lignes intrinsèquement liées, où se lisent plusieurs influences, une œuvre qui parle à notre temps.

Manifestations culturelles

En marge de l’exposition, un colloque international se tiendra à la BNU, avec pour thème la notion de « Respect de la vie », en partenariat avec l’Association française des amis d’Albert Schweitzer, la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg et l’Association Internationale pour l’œuvre du docteur Albert Schweitzer de Lambaréné (12 et 13 novembre 2015).

Deux concerts sont également prévus : l’un à l’église Saint-Thomas de Strasbourg, avec un récital d’orgue de Daniel Roth, titulaire de l’orgue de l’église Saint-Sulpice à Paris (20 novembre 2015), l’autre à l’église Saint-Etienne catholique de Mulhouse, avec un récital de Pascal Reber, titulaire du grand orgue de la cathédrale de Strasbourg (22 novembre 2015).

Enfin, trois soirées lectures « un auteur, une œuvre », organisées avec l’association Culture et Bilinguisme permettront de lire des extraits de textes d’Albert Schweitzer et de les replacer dans leur contexte (17 octobre 2015 à l’Église Saint-Guillaume de Strasbourg, en dialogue avec l’orgue ; 6 et 27 novembre dans l’Auditorium de la BNU accompagnées  d’intermèdes au violoncelle ). Ces soirées sont organisées en partenariat avec l’Espace Culturel Saint-Guillaume et le Rhin Mystique.

Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg
5, rue du Maréchal Joffre – Strasbourg
www.bnu.fr

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