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Trois Sœurs rattrapées par le temps au Maillon

Irina, Olga et Macha sont à la merci du temps qui s’égrène dans la campagne morne et froide. Seule Olga, la benjamine semble se soustraire à l’ennui qui paralyse tous les membres de sa famille. Reflétant la Russie pré révolutionnaire, entre progrès et immobilisme, ces Trois Sœurs sont pétries d’incertitudes mais aussi d’espérance. La compagnie Chat Borgne Théâtre, émanant de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg, s’avance ainsi brillamment sur les traces de l’écrivain russe Anton Tchekhov.

Le spectateur comprend vite que l’attrait de Moscou n’est qu’un alibi pour trouver un sens à cette vie maussade, l’éloge du travail qu’un prétexte pour dissimuler les craintes  de cette bourgeoisie vouée à sombrer. Le tourbillon de vie qu’Olga provoque dans cette maison ne suffit pas à briser la morosité du quotidien, encore moins à restaurer le faste d’une époque passée. Tout comme les bouquets de fleurs qui ornent leur salon, la beauté de ces trois sœurs se fane au gré des réceptions et des dîners.

La simplicité du décor rehausse les trois figures féminines mais donne aussi tout leur éclat aux mots qui y sont échangés. C’est non sans humour que la folie s’installe chez les Prozorov, les dialogues parfois acerbes fendent le silence et les rivalités féminines sont à peine masquées. Les hommes ne semblent que graviter autour de ces demoiselles tourmentées sans parvenir à les aiguiller quand le frère Sergueï se replie sur son mariage pour échapper aux angoisses de ses sœurs.

La gravité russe s’allie subtilement à l’innocence dans cette mise en scène parsemée de notes contemporaines. Le rafraichissement de cette œuvre du début de siècle par Jean-Yves Ruf permet au drame russe de nous envouter tout entier. La psychologie explorée sur les planches du Maillon est teintée de légèreté nous liant ainsi d’autant plus à ces trois Sœurs égarées.

Après une interprétation de « La Mouette » par la compagnie «  La nuit surprise par le jour », le théâtre strasbourgeois poursuit son exploration de l’œuvre du dramaturge russe. Peut-être bien que la scène alsacienne accueillera d’autres de ses chefs d’œuvre pour les saisons à venir. Un biopic de l’écrivain, intitulé « Anton Tchekhov 1890 » vient de sortir au grand écran pour les impatients ou pour les spectateurs souhaitant un complément.

www.maillon.eu

Texte : Emilie Rennoir
Photo : ©AlexandreSchlub

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