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Nous y étions : Bovary, Pièce de province

Mathias Moritz, metteur en scène strasbourgeois, adapte un grand classique de la littérature française, Madame Bovary de Gustave Flaubert. Après plusieurs dates à la Filature à Mulhouse, la troupe s’est installée sur la scène du Maillon Hautepierre du 12 au 14 décembre.

Madame Bovary, mœurs de province représente l’un des chefs-d‘œuvre de la littérature française. Le roman s’ouvre sur l’entrée à l’étude de Charles Bovary, personnage médiocre comme Flaubert sait si bien les dépeindre. Le roman se poursuit sur l’adolescence de Charles, ses études de médecine, son premier mariage et surtout, sa rencontre avec Emma Roualt, fille d’un riche fermier et qui « avait trop d’esprit pour la culture ». Charles Bovary est fasciné par Emma, sa beauté, son regard, et dès la mort de sa femme Héloïse, il l’épouse. Emma est une grande lectrice de romans d’amour. Elle recherche une vie d’amour et de passion comme elle l’a lue depuis sa tendre jeunesse. Avec Charles, elle va vite déchanter… C’est une vie morne, ennuyeuse et médiocre qui l’attend.

Elle va alors chercher à apporter le moindre piquant dans sa vie, à vivre ce qu’elle a tend désiré à travers ses lectures romantiques, pensant découvrir la passion au bras de Rodolphe, puis de Léon, se ruinant chez son marchand d’étoffes, M. Lheureux comme pour chercher à combler un vide, en vain.

Adapter un « livre sur rien » au théâtre

Mathias Moritz propose une adaptation fidèle du roman en mettant en scène la compagnie La Dinoponera/Howl Factory. Tous les 48 personnages sont sur scène, joués par onze comédiens. La construction de la pièce suit celle du récit. Les tirades sont également souvent tirées du roman de Flaubert. Il s’approprie le roman à travers la vision actuelle qu’il lui apporte. Emma pourrait vivre à notre époque, se ruiner chez Chanel ou Vuitton… Cet ennui profond, désespéré et désespérant est universel et intemporel. Mathias Moritz met en parallèle des chansons de notre époque, mêlant l’aspiration au bonheur d’Emma à celle de Freddie Mercury et son I wan’t to break free, ou encore le désespoir de Charles Bovary à la mort de sa femme au Still loving you de Scorpion, francisés et parodiés pour l’occasion – Charles va jusqu’à revêtir les habits de sa défunte femme pour vivre à travers elle, s’oublier, s’effacer une fois de plus pour elle.

Les jeux de lumières et de sons s’enchaînent de façon violente, renforçant l’impression de fatalité et de victimisation qui transparaît autour de Charles et l’aspect pesant, lourd et migraineux du quotidien d’Emma.

Mais adapter un tel roman au théâtre oblige certaines omissions, à réduire et simplifier certains détails. La personnalité d’Emma, double, ambiguë, complexe et rongée au plus profond d’elle-même ne se distingue peut-être pas aussi bien sur scène qu’à travers la plume de Flaubert. Faire tenir un tel roman au théâtre et pendant un temps défini et réduit oblige également à un enchaînement des scènes. Quand Emma s’ennuie dans le roman, quand toutes les pages se ressemblent, se suivent et se perdent dans des descriptions accentuant la monotonie de sa vie, sur scène il nous semble qu’elle n’a pas le temps de trouver ses journées vides et mornes tellement les événements s’enchaînent. L’adaptation théâtrale, par cette réduction obligée, rend Emma simplement capricieuse, hystérique, voire nymphomane. Mais l’histoire est là, modernisée et acutualisée, appuyant sur l’universalité et l’intemporalité d’Emma et de son mal. Nous suivons sa descente aux enfers, nous la vivons et nous compatissons à travers la mise en scène et ses jeux de lumières et de sons. L’humour de Flaubert est retranscrit. L’aspect outrageux du roman, qui lui valu un procès à sa parution en 1856 pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs », est également repris sur scène, en réactualisant l’outrageux.

La mise en scène de Mathias Moritz était fidèle, respectant la construction du roman de Flaubert tout en l’actualisant et en lui apportant une portée universelle et intemporelle. Une belle manière de fêter l’anniversaire du grand romancier le 12 décembre au Maillon.

Pour revoir l’intégralité du spectacle en vidéo, cliquez ici!

www.maillon.eu

Photo : Gregory Crewdson
Texte : Camille Grossiord

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