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Tomi Ungerer : Femmes fatales

« La femme de Tomi Ungerer ou plutôt ces femmes qu’il dessine sont autant de tentatives de la saisir ». Ce n’est pas tant la femme que tente de saisir l’illustrateur Tomi Ungerer que son image, comme objet de désir ou de répulsion. Ses illustrations féminines, saisissantes et personnelles,  sont à voir au Musée Tomi Ungerer dans le cadre de l’exposition « Tomi Ungerer : femmes fatales », du 21 mars au 29 juin 2014.

A l’entrée de celle-ci, on se donne un défi : chercher la femme dans les dessins de Tomi Ungerer. Les seins souvent se découvrent, saillants, les cheveux sont longs ou duveteux, ils prennent le visage, les cils s’étirent, les bas ventres sont gonflés, les sexes souvent moulés, et les chairs dépassent, s’écoulent, débordent de l’habit. Seules les zones humides et féminines se colorent, les lèvres, les yeux, les paupières, les ongles. Le reste est tiré au crayon ou à l’encre noire, tantôt pour effiler les femmes gracieuses, tantôt pour accentuer les formes sensuelles ou animales. Les yeux tombent sur les fesses, toujours fortes. La femme est là. Fatale.

Mais pas que. D’autres détails frappent. Les bouches se soulèvent souvent sur des dents larges et pleines, carnassières. Les trait sont durs, les corps musclés, marqués par des courbes ou la vieillesse. Tantôt ces corps se tiennent, charnus et attirants, presque mécaniques, tantôt ils coulent sous les plis et les os. Deux types de femmes fatales se dessinent ici : la femme sexuelle qui foudroie de désir et la femme rachitique ou grasse qui tue par son ridicule. C’est là toute la force satirique de Tomi Ungerer.

D’une part, la sexualité féminine tend à se mécaniser, les articulations se creusent, les seins s’arrondissent et brillent, des boulons ou des interrupteurs s’immiscent dans des parties intimes. La femme devient une machine ou parfois l’un des ressorts de la machine, comme sur ce dessin où la jambe d’une femme se referme comme un toit sur une voiture lorsqu’il se met à pleuvoir.

D’autre part, on a des femmes, mondaines surtout, qui se plissent et s’animalisent : les seins, les cous s’engoncent, dans des habits trop étroits, moulant et prolongeant les formes de ces êtres dédaigneux. Les bijoux et les longues robes sont prétextes à l’empâtement des corps, comme les deux trompes d’éléphants qui prolongent la poitrine de celle-là, ou les boules de billards qui s’extraient du buste de celles-ci. La femme s’apparente à un parasite, à une hyène hilare ou à un gros animal empoté.

Ainsi, fatale est l’image qu’en dépeint Tomi Ungerer. Un autoportrait de l’artiste aux cheveux longs et à la face à demi fardée de couleurs rappelle néanmoins sa transgression intime des codes humains. De ces femmes graves on rit tout de même beaucoup.

Exposition « Tomi Ungerer : femmes fatales » au Musée Tomi Ungerer du 21 mars au 29 juin 2014

Le Musée Tomi Ungerer est installé dans la Villa Greiner
2, Avenue de la Marseillaise
67000 Strasbourg
03 69 06 37 27

Pour en savoir plus sur Tomi Ungerer, rendez-vous sur www.tomiungerer.com

Texte & photo : Sara Zaïmov

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