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Giboulées 2014 – Journal de bord d’une bénévole – Part 5

Samedi 29 mars 2014

14h30

Le spectacle Actéon Miniature se joue aujourd’hui à 15 heures au TJP Grande Scène. Il est mis en scènes par le directeur du théâtre Renaud Herbin. Comme l’on arrive 30 minutes en avance, nous, avec les autres bénévoles, on discute, les langues se délient facilement lorsque l’on a ce festival en commun. La question la plus foisonnante est « quels spectacles as-tu vu ? », alors on juge, on raconte, on explique, on rigole. Certains spectacle sortent du lot comme Hilum, Elephant Perdu ou Manto.
Plus d’infos , cliquez ici!

Il est 16 heures, on déchire les tickets, à deux. Quand il n’y a plus personne, on tire les deux portes, direction les coins de la salle. Il n’y a pas beaucoup de monde, « peut-être à cause du soleil » j’entendrai plus tard.

La lumière s’ouvre sur le cerf en marionnette qui illustre la photo du spectacle sur les dépliants. C’est un petit cerf en rondelles, comme des os, qui court et se désaltère, puis disparaît, pour tout le reste du spectacle. Entre alors une femme, elle porte une robe blanche, ce doit être la déesse de la chasse, Diane. Elle va chercher derrière un panneau noir, une chose, une masse épaisse, humaine ou animale, on distingue des pattes, une bête, de tissu élastique et marron, un cadavre. Il est lourd, la comédienne le tire, musclée, s’empêtre, elle se glisse entre les pates immenses, s’allonge. Une matière rouge s’extrait de la masse informe. De nouveau, la femme se lève et la traine, elle fait des cercles comme ça avec la bête, parsème le sol d’une terre rouge et duveteuse, comme de la farine. Là, elle s’effondre dessus et creuse une entaille que l’on peut voir désormais, elle va chercher la terre dans ce corps, elle le vide, se tache, sa robe rougit.

Elle joue plus tard avec le panneau noir, il devient blanc, parce qu’elle le déchire. On la voie presque nue derrière. Entre temps, Actéon est passé par là, en marionnette, tout petit, il l’a vue, se laver, comme dans le mythe. Diane ressort, avec sa bête énorme, sans robe. Elle se bat, contourne, éventre la chose. Blanche et presque nue, elle se mêle avec la peau crevée. On ne distingue qu’une grosse créature sous les projecteurs rouges, les traces de terre sur ses jambes imitent le sang, sa tête est gonflée, Diane est un monstre.

Lorsque les lumières se rallument, un enfant et sa mère partent vérifier si c’est de la terre ou du café qu’ils ont utilisé sur scène. Ils concluent que c’est de la terre. Son odeur parsème encore la salle et les esprits.

Pour voir la bande-annonce du spectacle, cliquez ici!

16 h 55

  De nouveau, je fais une permanence dans l’exposition de Zaven Paré. Depuis mercredi, la main de bois a perdu un doigt et la petite commode s’effondre chaque fois que l’on appuie sur l’interrupteur mais elle se tient, tout le monde comprend et la répare. Le pied célibataire ne fonctionne presque plus, ou peu. Je remarque que les jambes de bois sont différentes l’une de l’autre, je ne l’avais pas vu la première fois, d’où l’intérêt de revoir l’exposition.

On en parle beaucoup, pendant le festival, de la deuxième fois, ou de la troisième, à peu près chaque organisateur a revu au moins un spectacle. Sans ennui, « on voit le spectacle différemment » en conclue l’un d’entre eux. En effet, plus je reste dans cette exposition, plus les marionnettes me semblent touchantes. Alors qu’elles pourraient sembler inabouties au premier abord, elles bougent maintenant et survivent aux nombreuses manipulations du public tout au long de la semaine.

Une autre bénévole m’explique qu’elle a rencontré Zaven Paré, elle me parle de son humour, que ces marionnette sont ses jouets, des expériences, que c’est un inventeur. Il voit lui, un monstre dans la petite commode, et se persuade que les deux marionnettes sans bouches communiquent par la pensée. Une des visiteuses évoque un « bricolage ».

Il y a plus de monde aujourd’hui. Lorsqu’ils rentrent, les visiteurs n’osent pas toucher, ils se dirigent parfois vers moi, ou simplement du regard, ils me demandent s’ils peuvent. Une fois qu’ils en ont l’autorisation, ils refont des tours de l’exposition. Ils examinent chaque œuvre, cherchent, à plusieurs, comment faire marcher les mécanismes, comment réparer cette main et la faire tournoyer, comment actionner le fuseau qui fait tourner des yeux globuleux, comment arrêter un interrupteur qui se coince. Ils se regroupent, tripotent, demandent, s’effraient, s’entraident autour des œuvres infatigables. Tout le monde mesure ses gestes.

Un homme imite l’une des pièces, un pupitre derrière lequel se balancent deux petites mains de squelettes, il tend les siennes comme ça, en croix, et tangue. Il crée un miroir. Puis plus personne dans la salle, le spectacle à côté va commencer.

Vous pouvez lire aussi Giboulées 2014-Journal d’une bénévole-Part 3

Texte & photo : Sara Zaïmov

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