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Giboulées 2014 – Journal de bord d’une bénévole – Part 4

Vendredi 28 mars 2014

Un homme entre, sans sourire, dans l’antichambre. Un autre passe en claquettes, marcel et mini short en sifflant. D’un pas décidé, ils se dirigent tous les deux  rapidement vers le sauna. Nous sommes dans les Bains Municipaux de Strasbourg, entrée D. Là se tient cette semaine, dans le cadre des Giboulées, l’exposition « Vestiaire pour Canons » organisée par le danseur Christophe Le Blay, le styliste Harald Lunde Helgesen, le scénographe David Séchaud et le photographe Thomas Cartron. Là, c’est dans les caves, au sous-sol. Peu des compères quotidiens du sauna s’y aventurent.

C’est là tout l’enjeu d’exposer dans un espace du quotidien. Vont-ils, ces messieurs, ces dames, détourner leur route habituelle pour pénétrer un nouvel espace ? Lorsque j’y suis bénévole, seul l’un d’entre eux descend, pour quelques minutes, fier d’avoir fait ce pas. S’il l’a fait, c’est que le SSIAP (personne en charge du service de sécurité incendie et d’assistance à la personne) qui m’accompagne l’a interpelé. La voix humaine est un signal fort.

Quand je rentre, je descends, personne. Soudain, Christophe Le Blay est là, devant moi, il m’accueille, il me rappelle « surtout que les gens ne touchent pas aux tuyaux » parce qu’ils sont brûlants. Il me montre le plan de l’exposition, je devrai orienter les visiteurs depuis là-haut. Un symbole distingue les points de vue, des salles dans lesquelles on ne peut pas rentrer, seulement regarder, comme ces deux toilettes bleutées et inutilisables. Il fait chaud, humide et sombre. Les murs moisissent, s’écaillent, se dégradent.

La dégradation est l’un des thèmes de l’exposition. « Vestiaire pour canons » est l’espace où l’on se déshabille, où les modèles humains transpirent et les peaux se dilatent. Les artistes travaillent la transgression de l’académique et du quotidien par l’émergence des liquides de corps comme la transpiration. Une encre colorée révèle les traces d’humidité en coulant, en s’étalant le long de tee-shirt, le long d’un rideau blanc, comme une trace de brûlé.

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Il fait chaud, on attend du visiteur qu’il coule lui aussi, qu’il se la coule douce, qu’il se détende. Que le vestiaire devienne l’espace des confidences, de l’intime. Parfois les visiteurs restent cinq minutes, mal à l’aise, parfois trente. Certains feuillettent les papers éparpillés çà et là, et les bouquins enfermés dans des casiers. Tout reste à toucher, à comprendre, seule l’odeur rappelle, une odeur salée, humide, presque toxique. « Ne leur donne pas les informations sur ce qu’ils peuvent faire mais sur ce qu’ils ne peuvent pas faire » me dit la responsable, pour m’aiguiller dans l’accueil du public. Comme à la piscine. Ne pas toucher les tuyaux brûlants. L’encre coule, le temps aussi, déjà on rabat la signalétique à l’entrée. Il est 15 heures.

Le soir a eu lieu une performance.

Plus d’infos , cliquez ici! et sur http://www.christopheleblay.com/

Texte & photo : Sara Zaïmov

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