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Giboulées 2014 – Journal de bord d’une bénévole – Part 2

Lundi 24 mars 2014

« Vous êtes un corps-objet pour l’image »

A 20h30 ce soir, je me présente pour la permanence du spectacle Rêveries Magnétiques au TJP Petite Scène. J’ai enfilé mon tee-shirt, mon badge pend à mon cou, j’y grippe une petit lampe de poche, je suis bénévole. Encore inactive car il est trop tôt pour faire rentrer les gens dans la salle, j’attends près de la billetterie, on se salue poliment avec les arrivants, je suis bénévole, pour eux, pas encore pour moi. Je porte le tee-shirt du TJP sur lequel est inscrit corps-objet-image, c’est un monsieur qui me le fait remarquer, il louche dessus, « vous êtes un corps-objet pour l’image » il me dit, moi je bredouille « je n’ai pas choisi », « vous le portez quand même ! » il s’exclame.  Il est venu réclamer un billet.

Est-ce que ce tee-shirt et surtout les mots qui m’habillent me définissent ? Je deviens le théâtre de cette combinaison, elle se meut par moi, la bénévole qui porte le tee-shirt du TJP. Plus tard, à l’entrée de la salle, le bonhomme me dira « bonsoir l’image ». Ou comment travailler le thème de ce festival par l’image d’une bonne poire : « la relation à la matière déplace nos modes habituels de perception et d’action » écrit Renaud Herbin pour introduire le dépliant des Giboulées. Je suis une image, un corps, un tee-shirt, je suis bénévole.

On pénètre les salles, avant les visiteurs, l’écran est bleu, des cousins sont éparpillés sur le sol, pour le public. Je rencontre une autre bénévole, elle se postera à la première porte, moi à la deuxième, elle aura déjà déchiré les tickets, je n’ai plus qu’à sourire. Le spectacle va commencer. Je suis dehors, car l’on rentre par l’arrière de la salle, on contourne le bâtiment. Je souris, bonsoir je dis, je souris, les spectateurs aussi, bonsoir, bonsoir, c’est agréable.

Quand je rentre, tout le monde est là, les spectateurs sur leur coussin, pas de scène à proprement dite mais un écran, une grande toile, de nouveau la limite entre le public et les artistes est tangente. Tout le mécanisme est sous nos yeux, sans rideaux, trois personnages, une femme, et deux hommes, le troisième s’occupe de la musique, les deux autres caressent doucement des machines, on ne distingue pas bien dans le noir, dans un bocal, de l’eau s’agite, les couleurs changent, une bulle s’élance, se tortille, sur l’écran, tout est filmé. Elle se paillette, jaillit, voltige, comme une fée, les deux artistes gesticulent : « on maîtrise pour que ça soit regardable » annonce Michel Ozeray, l’un des artistes, à la fin du spectacle, pour un spectateur qui évoque les contingences inévitables du jeu avec l’eau et la matière brute.

La musique accompagne l’image. Elle l’a rythme même, explique Joseph Jaouen, le technicien du son. Lorsque des graines sautillent sur l’écran, c’est sous l’impulsion de la musique, d’où la synchronisation. Le son bouscule l’objet. Au fil du spectacle, les gens s’étalent, s’allongent, certain ferment les yeux, les jambes se délient comme les gouttes à l’écran. Un tas de poissons, qui s’entassent, sous le bleu aquatique, le rouge sanguinaire, les jets de couleurs qui s’éclaboussent. A la fin, de nouveau, je suis derrière la porte, bénévole éteinte. « Tu peux partir » me dit la responsable, on ne me voit plus. « Une bonne petite clope après » souffle Michel Ozeray.

A propos du spectacle Rêverie magnétiques, plus d’infos, cliquez ici!

Texte & photo : Sara Zaïmov

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