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WEEK-END D’ART CONTEMPORAIN 2014 : BUS N°2

Connecter les différents centres d’arts contemporains d’Alsace et les mettre à disposition d’un large public grâce à des dépliants, des événements ou des expositions communes, telle est la mission que poursuit le réseau d’art contemporain en Alsace VERSANT EST. Initié par le Conseil Régional d’Alsace et la Direction des Affaires Culturelles d’Alsace (DRAC Alsace), il est l’organisateur chaque année du week-end de l’art contemporain dédié à la découverte ou à la redécouverte de centres d’art contemporain en Alsace ainsi qu’à la mise en valeur de nombreux artistes. Celui-ci se dessine notamment sous la forme de parcours : un « fil rouge » d’une part, qui correspond à la dissémination des œuvres d’un artiste dans plusieurs des centres d’art partenaires et des trajets en bus  transportant leur passagers de centres d’art en centre d’art tout au long du dimanche.

Cette année, le week-end d’art contemporain s’est tenu les samedi 15 et dimanche 16 mars. Le « fil rouge » était dédié à l’artiste contemporain Clément Cogitore dont le travail porte avant tout sur les images, filmographiques ou photographiques, et questionne les modalités de cohabitations des hommes avec leurs images. Trois parcours en bus étaient disponibles, nous avons choisis le deuxième.

Il s’agissait de visiter le Syndicat Potentiel à Strasbourg, puis le Musée Würth à Erstein, pour repartir vers Mulhouse découvrir La Filature et La Kunsthalle et finir enfin la journée à au Centre Régional d’Art Contemporain (CRAC) Alsace à Altkirch.

Nous nous retrouvons donc à 9 heures le matin du dimanche 16 mars au Syndicat Potentiel, petit espace d’exposition au 13 rue des Couples qui accueille les travaux des artistes Matthieu Clainchard et Seulgi Lee. On la retrouvera plus tard dans la journée au CRAC Alsace. Pour le moment, l’une  de ses œuvres, un gobelet en plastique, déposé sur une glacière, crache de l’eau par une paille. La fontaine d’un pique-nique au soleil. L’exposition s’appelle « KUL LE ON HO BAK » (la citrouille qui vient vers nous).

Quelques minutes plus tard, nous sortons prendre le bus, direction Erstein. Le Musée Würth est situé dans une zone industrielle. Et pour cause, il est voisin du siège social de l’entreprise Würth, spécialisée dans la vente de produits d’artisanat et d’industrie. Le musée associe donc l’art à l’esprit de l’entreprise. C’est en ce moment l’artiste Anthony Caro qui y est mis à l’honneur, autour notamment de l’une de ses pièces maîtresses, « Le jugement dernier ». Elle se présente sous la forme d’un parcours sombre, composé d’œuvres de céramique, de béton, de laiton, d’acier, de bois de jarrah, de bois d’ekki et de chêne, tirant le visiteur de la mort au sacrifice. 

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Dans une salle à côté, pleine de sièges rouges et droits, on peut assister à la projection d’un film de Clément Cogitore, « Bielutine ». Nominé à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2011, ce court-métrage documentaire nous plonge dans une maison sombre, feutrée, pleine de bougies où vivent reclus deux Russes, Ely et Nina Bielutine, détenant l’une des plus importantes collections d’art de la Renaissance en Russie. Sous les yeux de portraits de Velasquez ou d’une Vierge de Leonard de Vinci, ils vivent « comme des ducs », assoiffés d’art et de vodka, accompagnés d’oiseaux, d’araignées, de chats et de peluches grinçantes. A voir, cliquez ici!

Nous revoilà dans le bus, Estelle Zech, notre accompagnatrice, y fait circuler un cahier sur laquelle elle nous demande de répondre à la question suivante : « quelle question auriez-vous voulu poser à Anthony Caro ? »

Nous traversons les plaines du Haut-Rhin jusqu’à Mulhouse. Il nous dépose devant La Filature. Imaginée par Claude Vasconi et inaugurée en 1993 sur le site d’une ancienne usine de coton, elle abrite désormais la Scène nationale, l’Opéra national du Rhin, l’Orchestre symphonique de Mulhouse et sa Médiathèque.

Une exposition, « America on board », y est consacrée aux photographes Jérôme Brézillon, Anne Rearick et Pieter Ten Hoopen. Elle est introduite par une longue route tangente photographiée par Jérôme Brézillon, depuis un train. Le photographe colle son objectif sur la vitre, il suit le train et laisse aller les traits flous. Selon lui, « les trains américains sont lents et permettent de voir venir ». Ils permettent de voir venir des paysages souples, fugitifs, souvent déserts. Ces clichés déshabillent l’ouest américain des préjugés qui lui sont associés par le biais notamment du cinéma. Ils sont tirés par Fred Jourda après la mort du photographe, selon les notes d’un de ses carnets. 

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Les deux autres photographes qui l’accompagnent complètent ce voyage ferroviaire en ouvrant le regard sur des peuples d’Amérique profonde. « On descend du train » pour rencontrer les  Appalaches  en noir et blanc photographiés par Anne Rearick et une poignée d’Américains « white trash » immortalisés sous un teint suranné par Pieter Ten Hoopen.

Dans le hall de La Filature, des téléviseurs diffusent en boucle  un court métrage de Clément Cogitore appelé « Passages » dans lesquels défilent des fragments de figures religieuse détenues derrière les barreaux d’un pont couvert de Colmar. Une table garnie de mets et de convives s’immisce dans la scène.

On repart en bus pour la Kunsthalle. C’est une ancienne fonderie, l’un des premiers bâtiments en béton armé de Mulhouse, réalisé par Paul Maroso et inauguré en 1924. L’usine ferme dans les années 1990. L’établissement tombe sous le joug du « regard esthétique sur les friches industrielles » qui se développe à la fin du siècle, il ouvre de nouveau ses portes en 2009 en tant  que centre d’art contemporain et université. S’y côtoient en effet étudiants en droit, en économie et en technique industrielle et professionnels de la culture, dans le cadre du bâtiment initial mais rénové. Les poutres sont les mêmes mais des salles de classes détenues dans des blocs vitrés viennent les sous-tendre.

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On visite alors l’exposition « The night of the great season » dédiée à des artistes surréalistes polonais. Deux protocoles de visites nous sont proposés : une visite « classique » animée par une guide et une visite sur le thème « Colin-Maillard ». Elle consiste à lier par la parole et les gestes un non-voyant et un voyant pour assurer la lecture des œuvres.  Comment cela se déroule-t-il ? On se divise en couples. L’un des deux doit mettre un masque noir que lui offre l’une des médiatrices culturelles du musée. L’autre, souvent, l’attrape par le bras et l’oriente le long de l’exposition en tentant de lui dessiner par les mots l’espace dans lequel ils évoluent et les pièces qu’ils approchent.

Sans le masque, on assiste à un carnaval, à un jeu de séduction.

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Une fois l’exercice terminé, les couples se retrouvent autour d’une table, on ôte le masque, la médiatrice est là pour stimuler le partage des expériences. « Comment expérimenter à deux la construction de la lecture d’une image ? », « Comment rythmer les indices oraux et corporels ? », « Comment voir sans voir ? » sont tant de questions auxquels les participants répondent par des impressions : l’impression que c’était « petit », confiné, la difficulté de faire passer l’essentiel, la concentration accrue, l’amalgame possible entre les œuvres, l’encombrement de l’imaginaire, le travail de mémoire… « L’un et l’autre en profite davantage » conclue une visiteuse. A deux, les couples construisent les œuvres. Ceux qui portaient un masque doivent finir par dessiner l’une des pièces qui leur a été narrée.

Nous retrouvons le bus, le carnet d’échange circule de nouveau, la question cette fois est la suivante : « que n’avez-vous pas osé dire dans cette exposition ? ». Nous arrivons à Altkirch pour visiter le CRAC Alsace. Il accueille en ce moment l’exposition « Anti Narcisse » basée sur le livre de l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro intitulé « Métaphysiques cannibales ». Anti Narcisse c’est se positionner contre l’égo donc contre le moi comme centre mais la concentration sur l’autre : « comment observer une chose depuis le point de vue de la chose observée ? ». Pour cette exposition, le CRAC accueille notamment l’artiste coréenne Seulgi Lee. Diplômée de l’école de Beaux-Arts de Paris, elle explique lors d’une conférence qu’elle donne ce jour que le thème de l’immersion dans l’objet lui tient à cœur depuis longtemps et que c’est pour cela que la commissaire de l’exposition,Elfi Turpin, l’a invitée.  Elle fait référence au « Livre du rire et de l’oubli » de Milan Kundera dans lequel le clou deviendrait marteau. Sous des yeux farés de bleu, de vert et de violet, elle raconte ses œuvres exposées dans le CRAC.

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On aime particulièrement la balançoire faite d’un pneu rayé jaune et bleu et ornée de cloches que l’artiste dit avoir trouvé sur internet et comme ayant cerclé les cous de différents animaux. Lorsque l’on s’y assoit et que l’on s’y balance, les cloches sonnent.

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Il est 16h30 lorsque l’on quitte le CRAC. On attend une personne dans le bus, quelques quarts d’heures. La dernière question du carnet demande de résumer cette journée en un adjectif. Lorsque l’accompagnatrice Estelle Zeche lira plus tard les réponses, le mot « agréable » sera cité au moins trois fois assorti d’autres adjectifs favorables. La lune est grosse et pleine lorsque nous arrivons à Strasbourg. Tout le monde applaudit.

Entretien avec Estelle Zeche, médiatrice culturelle

Que faites-vous ?

Je suis médiatrice culturelle et intervenante externe pour le Musée Würth par exemple mais également au sein du service éducatif des Musées de la Ville de Strasbourg.

Quelle est votre formation ?

Je suis plasticienne à la base, j’ai le CAPES en arts plastiques.

Que faites-vous au sein de VERSANT EST ?

Je suis intervenante externe. C’est la première fois que je suis un bus pour les week-ends d’art en Alsace. J’y avais participé en tant que guide au Musée Würth mais pas en tant qu’accompagnatrice tout au long de la journée. Je ne connaissais pas toutes les expositions c’est pour ça que je dis accompagnatrice.

Quel est le but de cet événement selon vous ?

Faire découvrir des lieux d’art contemporains. Par exemple, aujourd’hui beaucoup de gens n’avaient jamais visité les centres d’art contemporains où nous sommes allés. On ne voit pas tout c’est un peu frustrant mais ça oblige en même temps à se focaliser sur certaines choses et donc à s’en souvenir. C’est aussi rendre visibles les petites structures comme les grandes. Enfin, c’est le moyen de présenter un artiste, comme Clément Cogitore cette année. Je suis contente de ce dispositif qui sort un peu du cadre de la visite habituelle.

Elle est l’initiatrice du petit carnet « d’or » évoqué tout au long de cet article.

Pour prolonger ce week-end : 

Syndicat Potentiel
13 rue des Couples
67000 Strasbourg
syndicatpotentiel.free.fr

 

Musée Würth
Z.I Ouest
Rue Georges Besse
F-67150 ERSTEIN
www.musee-wurth.fr

La Filature, Scène nationale
20 allée Nathan Katz
F 68090 Mulhouse cedex
www.lafilature.org

La Kunsthalle
16 rue de la Fonderie
68093 Mulhouse Cedex
kunsthallemulhouse.com

CRAC Alsace
18 rue du Château
68130 Altkirch
www.cracalsace.com

Texte & Photos : Sara Zaïmov

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