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Hannibal : la chute du stratège

Le TNS propose, du 10 au 19 octobre 2013, Hannibal de Christian Dietrich Grabbe, mis en scène par Bernard Sobel. La pièce raconte la chute du grand général carthaginois lors de la deuxième guerre punique opposant Rome à Carthage.

La pièce démarre in medias res. Nous sommes à Carthage – actuellement Tunis. Hannibal a déjà traversé les Alpes, il est sur le point de sortir vainqueur de la bataille de Cannes. Ses exploits sont contés, sa grandeur est louée, « le protecteur, le vainqueur ». Mais déjà, un essoufflement se fait sentir. Hannibal est sorti affaibli de ce passage par les Alpes, il y a perdu énormément d’hommes. Et les hautes autorités carthaginoises ne croient plus en lui, refusant de lui envoyer tous les renforts réclamés. Hannibal est aux portes de Rome. Mais l’armée romaine est plus grande et préparée. Elle envoie ses troupes vers Carthage, enrôle des autochtones sur son passage pour augmenter son effectif. « Carthage doit être détruite ! ». Hannibal se voit contraint de retourner protéger sa cité.

Christian Dietrich Gabbe apporte une vision nouvelle de cet épisode de la deuxième guerre punique et du général Hannibal. Hannibal, interprété par Jacques Bonnaffé, est présenté comme un homme seul, affaibli, cynique, qui maîtrise l’art de l’ironie. Il reste très lucide et sent sa chute proche. Dès le début, il se procure une fiole de poison pour le moment venu et n’a de cesse de pressentir sa fin. Mais pourtant, il combattra jusqu’au bout, toujours empli d’audace et de pugnacité, comme poussé par son désespoir. « Romains, se soustrait à vous un homme banni, vieillissant mais qui vous aura fait trembler. »


La pièce mêle gravité et légèreté. Le tragique d’Hannibal se perd dans la légèreté, par moment, comme lorsqu’il est sur un cheval semblable au cheval de Graham Chapman des Monty Python dans Sacré Graal, les noix de coco en moins. Les romains sont représentés insupportables de pédantisme et de méchanceté. Ce manichéisme – Hannibal seul, droit, face à la trahison, la méchanceté et la médiocrité – accentue cette impression d’abandon, de solitude autour du général. Cette solitude est également renforcée par le jeu de passe-passe de tous les autres comédiens : hormis Jacques Bonnaffé qui joue uniquement Hannibal, tous les autres acteurs endossent plusieurs rôles tout au long de la pièce, ce qui lui confère une dimension abyssale, seul Hannibal reste fidèle à lui-même. Le choix de la mise en scène est pertinent et permet de gérer au mieux les nombreux changements de décors. Les décors, sobres, minimalistes, tombent du ciel et chaque ville – Carthage, Rome, Capoue, Numance – est représentée par un élément distinctif – la Louve de Rome, par exemple. Une mise en scène simple mais efficace.

Grabbe semble vouloir apporter un aspect nouveau à l’Histoire. Il met à mal les traditions – la scène des sacrifices des moutons, par exemple, où huit moutons doivent être sacrifiés, mais, n’en ayant que sept, les romains décident de les sacrifier et de prévenir les dieux d’un huitième à venir. Et même l’épisode de la traversée des Alpes perd de sa superbe, raconté et dénigré par le Roi Prusias, un roi à la Michel Serrault interprété par Pierre-Alain Chapuis. Ce remaniement de l’Histoire est accentué par la mise en scène. Les anachronismes viennent moderniser l’histoire : les esclaves portent des cartons, les carthaginois sont vêtus de costumes-cravate, les romains portent un costume blanc sous leur toge, ou encore le costume du Roi Prusias que n’est pas sans rappeler celui de Napoléon. Dans sa mise en scène, Bernard Sobel semble vouloir pousser plus loin la volonté de Grabbe de retravailler l’Histoire, comme s’ils voulaient désacraliser l’histoire antique, portée aux nues pendant des siècles de littérature pour la rendre plus actualisable.$

Hannibal est une pièce complexe, qui demande une certaine connaissance de l’histoire du général Hannibal et de la deuxième guerre punique pour être à l’aise du début à la fin. Mais c’est une pièce qui vaut la peine de s’accrocher.

 

Texte : Camille Grossiord
Photos :  Hervé BELLAMY

Plus d’infos : ww.tns.fr

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