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Interview du mois : Fabien Fuhrmann

Nous fait sa com(édie)…

Dans ses improvisations, il joue subtilement la mélodie de l’instant. Celle-là même qui nous transporte aux quatre coins du rire en un geste, un mot, un souffle : de marco polo perdu sur les versants d’Anatolie au plombier agoraphobie qui cause plus de fuite qu’il n’en répare du côté d’Ammerschwir. Mais si Fabien Fuhrmann vous a déjà fait pleurer de rire seul ou avec ses comparses du Théâtre de l’Oignon, impossible de le cantonner à ce seul registre. Ce comédien polymorphe sème aussi son talent au théâtre, à la télévision ou dans les courts-métrages qu’il co-écrit et qu’il joue. Oui, l’improvisation n’est plus le parent pauvre de l’art scénique, plutôt son riche cousin. 1ère manche.

Fabien, peux-tu nous retracer ton parcours dans les grandes lignes ?

Petit, je voulais être militaire. Alors après un CAP électricien en poche, je me suis engagé dans l’armée. Au bout de six mois et après réflexion, je me suis surpris en train de jouer le soldat parmi les vrais. Pendant les entrainements et les missions, j’ajoutais une dimension dramatique à la situation et cherchais presque à jouer face caméra. J’ai fini par admettre que je ne voulais pas « être » mais « interpréter » un militaire… ça été un grand bouleversement, et pour mes parents aussi. Après, je me suis tourné vers l’animation et les clubs de vacances pour y trouver une sorte de porte d’entrée des artistes. Puis j’ai découvert l’impro et une web télé étudiante, et ces deux dernières rencontres ont été décisives dans mon envie d’en faire mon métier.

TV, théâtre, improvisation, court-métrages. Polymorphe, dans quelle discipline t’épanouis-tu le plus?

Je me diversifie par besoin de varier les plaisirs. Sur scène, il y a la proximité avec le public, l’énergie du spectacle, tout reste possible en impro mais surtout éphémère. En vidéo, on imagine, on tourne et surtout on regarde ça tranquillement chez soi ou dans une jolie salle si c’est un concours. Je ne pourrais me passer de l’un et l’autre, ils sont pour moi complémentaires.

Tu as fait de l’humour ta carte de visite. Qu’affectionnes-tu particulièrement dans ce registre ?

Oui c’est vrai, même si je tends à vouloir créer des choses plus profondes. J’ai commencé dans ce registre mais j’essaye aujourd’hui d’affiner les traits et de chercher dans la sincérité. Dans l’humour, j’apprécie la construction d’un personnage, son mouvement et sa posture, ses forces et faiblesses sans chercher forcement une dimension humoristique : souvent la situation se suffit à elle-même. J’aime passer d’un personnage à un autre, d’un publicitaire raté à une fée, d’un zombie se questionnant sur son existence à un gendarme très nerveux. J’apprécie tous ces rôles et continuerai avec grand plaisir à les jouer mais je cherche aujourd’hui à incarner des personnages plus sérieux, peut-être moins drôles.

Qu’est-ce qui caractérise un bon improvisateur ?

Un bon improvisateur à son propre style, il travaille ses défauts mais surtout ses qualités. Il arrive que certains coachs modèlent plus ou moins leurs élèves, imposent un genre et lissent les comédiens. Je crois que chacun doit trouver sa patte, son propre « clown » et le développer plutôt que d’imiter ou copier un genre. Un comédien sera bon parce qu’il sera lui-même.

Dans l’improvisation, on parle volontiers de ligue et non d’association, de match et non de représentation, de joueurs et non de comédiens, de coach et non de metteur en scène. Pourquoi autant de codes sportifs ?

Un beau jour au Québec en 1977, deux comédiens – Messieurs Gravel et Leduc -, voyant les salles de spectacle se vider, ont eu la bonne idée de dynamiser la scène en y important les codes du sport et notamment ceux du Hockey. C’était histoire de reconquérir un nouveau public et peut-être de proposer une forme théâtrale plus légère, différente, ouverte et surtout participative.
Quel est ton ingrédient magique pour une improvisation réussie ?

Chaque impro demande un nouvel ingrédient magique. Une épice peut rendre une impro géniale ou en pourrir une autre, il n’y a pas vraiment de recette magique, peut-être surtout du travail.

Comment peut-on prendre au dépourvu un improvisateur ?

En lui disant que son fusil est un faux, que c’est un concombre et demandez lui pourquoi un pingouin le suit partout ? Ça le déconcertera… Rappelons quand même qu’une belle impro est un échange entre deux comédiens, alors par expérience, si ce dernier rebondit sur cette situation c’est intéressant mais s’il ne sait pas quoi faire, ce sont peut-être les deux qui seront piégés.

Tu es aussi comédien au Théâtre de l’Oignon, la compagnie professionnelle de théâtre & musiques improvisées. En 2013, L’Oignon a eu 10 ans ! Vous êtes souvent sur les planches un peu partout en Alsace, et a priori vous avez déjà commencé à fêter ça dignement au Camionneur ?

Oui nous avons organisé un gros weekend d’anniversaire au Camionneur en février. Au programme : soirées cadeaux, affrontement intergénérationnel et impros nourries de souvenirs, les anciens de la compagnie nous ont accompagnés sur scène et ce fut un très bon moment pour tous.

Pour 2013, vous avez prévu une tournée d’impro au Québec, avec 7 dates dont l’Open de la LUI. Un retour sur la terre mère ?

Oui, en janvier avec l’Oignon, nous sommes allés jouer dans la cambrousse québécoise à Chicoutimi, Saguenay… Des spectacles mémorables et un très bon accueil de la part des joueurs et du public. Nous avons ensuite participé au festival, l’Open, sans doute le plus important festival du Québec où s’affrontent les plus belles ligues de cette contrée lointaine. Je tairai le score français…

La ville regorge d’associations, de compagnies amateurs et professionnelles et les événements font souvent le plein. Qu’est-ce qui caractérise la scène de l’impro à Strasbourg ?

La ville compte de nombreuses troupes, compagnies et groupuscules d’impro, ces ligues font preuves d’imagination pour toujours créer et proposer de nouveaux concepts afin de fidéliser le public. Les Strasbourgeois connaissent bien l’impro et depuis longtemps, saluons au passage nos précurseurs, les comédiens d’Inédit Théâtre, qui ont été les premiers à importer cela il y a plus de vingt ans. Quelque part, les compagnies actuelles sont toutes issues de ce premier mouvement. Depuis, les salles ne désemplissent pas et les spectacles interactifs attirent pour le moment toujours autant de monde, pourvu que ça dure !

La professionnalisation, qui n’est pas évidente à gérer dans ces domaines, t’a-t-elle permis de franchir un palier ?

Je suis libre aujourd’hui et  je ne suis plus en train de faire autre chose en me disant que ce n’est pas ce que je veux faire. Vivre de sa passion est une chance et j’en suis très heureux. En revanche, cela exige beaucoup de sacrifices pour y arriver et  encore plus d’énergie pour y rester, les périodes d’attente et les doutes sont nombreux dans ce métier. Actuellement, je suis au palier « payer ses factures en s’amusant ». Le prochain sera « S’amuser sans compter ».

Tu te définis plutôt comme un « comédien visuel ». Pourquoi la part physique est-elle si importante dans ta vision du comédien accompli ?

La plupart des spectacles/films qui m’ont vraiment marqués étaient fait de peu ou sans dialogues. Comment font-ils pour faire rire ou pleurer sans dire un mot ? Les acteurs que j’admire sont de cette école et ont finalement influencés mes personnages et envies. Je pense que c’est très important d’être disponible dans son corps, le connaître et le travailler parce que c’est notre premier outil.

Pour toi un comédien c’est jamais sans

On peut se diriger plutôt vers le verbe et l’aiguiser mais ce n’est personnellement pas mon cas, certains le font très bien mais pour ma part je préfère privilégier l’action à la parole.

Un Jedi m’a dit un jour « Jouez d’abord parlez ensuite » cette phrase me plaît bien.

Tu as fait une performance remarquée dans le court-métrage « Chez Toi » lors du dernier Marathon Vidéo 48h. Tu y participes depuis plusieurs années je crois?

Oui depuis le début il y a six ans, notre premier court métrage n’a pas été diffusé car nous n’arrivions pas à l’exporter (heureusement finalement car il était vraiment bizarre). J’ai ensuite eu la chance d’animer les deux éditions suivantes et de réaliser des teasers et making-off avec Clément Protto, vidéaste et sans doute l’un des « meilleurs motion designer » de la ville.

On s’est vraiment fait plaisir à faire ça. Puis la Cité de la Prod a pris le relais pour organiser cette aventure, elle le fait très bien et j’y participe encore chaque année. L’édition 2012 a été un grand moment, notre équipe était surprise et très heureux de ces deux prix, c’est un peu comme une mini-consécration. Vive le Marathon Vidéo !

D’ailleurs y-a-t-il eu des retombées par rapport aux prix remportés – Premier prix et Prix du public – ?

Ce rendez-vous est surtout un moyen de découvrir des collègues de la région, de jeunes réalisateurs, scénaristes ou comédiens. Cette victoire, en plus des rencontres, nous a permis il est vrai de nous faire remarquer et nous a donné une belle visibilité via la Cité de la Prod, ainsi qu’une sélection au festival de court-métrage « Ose ce court » où nous avons remporté le prix du scénario.

Quelle influence a l’improvisation dans ta vie quotidienne ?

Mon amie, mes colocs, mes weekends. C’est aussi le mot le plus utilisé dans mon vocabulaire (rires). Plus sérieusement, cette révélation a été pour moi un réel départ et m’a permis de m’épanouir, de trouver quelque part un sens à ma vie, je suis ravi de ma situation actuelle et j’espère qu’il y aura d’autres surprises : « la vie est une longue impro ».

Quel est ton meilleur souvenir d’impro ?

Une finale France-Québec au Palais de la Musique et des Congrès à Strasbourg, une salle monstrueuse, 900 entrées, un public de folie, un spectacle inoubliable dont une impro où nous faisions des plombiers qui provoquaient plus de fuites que n’en réparaient. C’était pendant le 20e mondial amateur en 2011, organisé par la Lolita meilleure association d’impro, vive la Lolita !

Et forcément ton plus grand moment de solitude ?

Un mec au premier rang un soir, hurlait « Héé c’est Fabien Barthez » à chaque fois que je montais sur scène.

C’est le moment de prêcher pour sa paroisse. Parles-nous de l’actu brûlante et des projets à venir ?

Avec le Théâtre de l’Oignon, nous jouons chaque 2e mercredi du mois au Cam’ et préparons un autre gros weekend surprise et festif en avril, où des amis des quatre coins du monde nous rejoindront pour de belles rencontres, toujours au Camionneur. Direction le www.theatredeloignon.com. Sinon, après les spectacles The Hole et VHS en 3D, nous avons créé une nouvelle compagnie de spectacle vivant et frétillant, La Carpe Haute, que nous sommes fiers de vous présenter. Nous allons jouer à partir d’avril notre concept de spectacle improvisé Inside Story au Teatro à Strasbourg. Un autre spectacle, Heroes, est en cours de création.. Affaire à suivre ! Là aussi direction www.lacarpehaute.com

Une devise ou une maxime qui te va bien ?

Si on reste là assis le cul sur notre chaise, il ne nous arrivera jamais rien.

La culture à Strasbourg en quelques mots ?

Regardons simplement vos pages agendas, 1000 events par mois…

Le mot de la fin ?

Vivez ! Bougez ! Soyez fou ! Et si votre tonton est producteur, donnez-lui mon contact.
Infos / Site web / Réseaux sociaux / Autres / Prochains spectacles :
www.fabienfuhrmann.book.fr

www.theatredeloignon.com

www.lacarpehaute.com

Article : Mourad Moubraki

Photo : Thomas Danesi

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