Accueil » News » ITW » Interview du mois : Stéphane Bossler

Interview du mois : Stéphane Bossler

Who’s the Boss(ler) !?

Voici 20 ans que Stéphane Bossler distille son phrasé d’orfèvre dans le paysage radiophonique strasbourgeois. Une verve intacte pour ce amouraché de l’acte locale, agité du bocal, entre intellect et blague potache, et tribun d’une radio hors format et sans calcul. Directeur d’antenne de Radio Bienvenue Strasbourg, radio locale légendaire s’il en est, nous avons passé son ADN au crible. Bienvenue en cabine et prenez garde à l’onde de choc. On Air.

Flammekueche en entrée : Peux-tu nous parler de ton parcours et de tes débuts en quelques mots ?

Le petit Stéphane a toujours été passionné de radio, l’oreille collée au poste pour écouter Eugène Saccomano et Pierre-Louis Basse sur Europe 1, Jean-Luc Delarue pour le « Top 50 », puis Max sur Fun…

A partir de 1995, en parallèle avec mes études, je joue les standardistes sur Top Music dans l’émission nocturne, puis mes premières critiques ciné sur Radio Arc-en-ciel… 3 ans plus tard, c’est l’aventure RBS qui commence.

En 1998, c’est un nouveau départ pour RBS avec la constitution d’une rédaction culturelle. Je crois que ça coïncide aussi avec ta prise de poste en tant que directeur d’antenne?

Pas tout de suite. Je me suis d’abord occupé de la rédaction culturelle. Ce n’est qu’après le meurt… le départ du précédent directeur des programmes qu’on m’a proposé le poste.

Tu es avant tout une voix mais tu as aussi animé des émissions culturelles télévisées, notamment sur la chaîne Alsatic TV. La radio c‘était un choix naturel ?

La radio a toujours été le seul choix. La télé, ce fut un concours de circonstance. Intéressant, mais je ne pense pas être très doué pour ça.

On te croise souvent dans les salles de spectacles et événements culturels de tout bord. Justement quel est ton regard sur l’émulation artistique locale mais aussi avec un peu de recul sur les différentes “ères culturelles” traversées ces 20 dernières années?

20 ans ?! Ah ben oui, 20 ans ! Pfff… Je ne sais pas trop, je ne me pose pas les questions ainsi. Je serais incapable de dire « le TNS c’était mieux sous Martinelli que sous Braunschweig ». Il y a évidemment des saisons culturelles plus sexy que d’autres, mais chacune est faite de surprises, bonnes ou moins bonnes. Je dis généralement que je n’attends rien de moins d’une pièce, d’un livre, d’un film, etc qu’ils changent ma vie. Force est de constater que ça n’arrive pas souvent, mais ça arrive encore…

Question je t’aime bien. Les auditeurs apprécient ton détachement et cette facilité à passer du TNS à la Roller Disco ou au Street Art sans vagues et avec autant d’intérêt pour tous les sujets. Alors c’est du taf ou tu t’intéresses vraiment à tout ?

Non, il y a plein de trucs dont je me fiche complètement ! Le roller en fait partie..

Avoue, depuis le live stream de certaines émissions c’est devenu plus difficile de venir au bureau en jogging non?

Celui qui me fera porter un jogging n’est pas encore né !

On remue la boîte à souvenirs. Après avoir interviewé nombre de personnalités du monde politique et de la musique, de représentants locaux en tous genres, un moment ou une situation que tu gardes en mémoire?

J’ai rencontré des hommes politiques qui ont fait l’Histoire, des écrivains, des réalisateurs… Mais les seuls invités qui m’exaltent, ce sont les footballeurs ! Je sais, c’est un peu con, mais c’est un fait.

Peux-tu nous éclairer sur quelques dates clés qui jalonnent l’histoire de RBS?

1982 : la première autorisation d’émettre (je n’étais pas là !) ; début 90′ : le basculement vers ce qu’on allait appeler les musiques urbaines ; 2002 : appel aux dons ; de 2003 à 2005 : redressement judiciaire ; 2008 : nouveaux locaux Place Kléber ; 2012 : le lancement du « Morniiiiiiiiing de Talriiiiiiiii» !

Il se raconte qu’alors que RBS n’était qu’une radio pirate en 1979, ses créateurs étaient traqués par la police? Info ou intox?

Info. Pareil, je n’ai pas connu, mais Bernard Parent (qui a fondé RBS) aimait raconter ces histoires hors du temps où ils émettaient d’une camionnette sur les hauteurs de Strasbourg avant de se faire repérer et jouer à cache-cache avec les forces de l’ordre… Notre réputation d’agitateurs doit venir de là !

Radio libre et non commerciale, l’une des plus anciennes radios associatives de France, parle nous un peu de l’ADN de la radio, de ses valeurs et de l’état d’esprit « maison » que vous défendez. Allez comme dirait l’autre paye ton secret?

C’est très compliqué à résumer. « RBStyle is not something you have, it’s something you are ! » Quand un animateur débute à la radio, je lui dis généralement ce que disait le précédent responsable des programmes, Nico Gamelin : « contente-toi d’être toi-même ». Inutile d’aller chercher des modèles ailleurs. Faite de votre mieux et acceptez que ce mieux change d’instant en instant. Autre accord toltèquo-RBS : que votre parole soit toujours impeccable.

Je crois qu’ici, on ne fait pas de la radio POUR les auditeurs, mais pour nous même. Du coup, c’est hyper sincère.

La radio n’a aucun but commercial, mais j’imagine que ça ne l’empêche pas d’avoir un modèle économique ?

C’est un modèle que nous avons construit à tâtons : un financement public qui émane en grande partie du Ministère de la Culture, quelques actions spécifiques avec la Ville ou le CG67, et beaucoup de débrouilles.

Depuis 1986 et les premiers pépins avec la perte du FSER (Fond de soutien à l’expression radiophonique), la radio a souvent été à la merci de problèmes financiers. Malgré dépôt de bilan, redressement judiciaire, perte d’effectifs, suspension de subventions, RBS s’est toujours relevé. C’est compliqué de lier un modèle économique performant à une radio associative ?

Je ne connais pas de radio associative pouvant se vanter d’un financement pérenne. Toutes sont suspendues au bon vouloir des institutions. Pour notre part, il a fallu faire le dos rond à certaines périodes, réduire la voilure, pour mieux repartir aujourd’hui. C’est un combat perpétuel vu de l’intérieur.

En termes d’effectifs où en êtes-vous aujourd’hui? La radio compte des centaines de bénévoles mais aussi des salariés, comment cohabitent toutes ces sensibilités différentes ?

Trois salariés, une quarantaine de membres et une centaine d’intervenants réguliers. La radio se nourrit de cette multiplicité de tendances.

On est très loin des standards commerciaux, la radio s’adresse à un public qui ne se retrouve pas dans les autres formats. Un modèle unique qui laisse son créneau à chaque sensibilité semble-t-il ?

On se positionne sur des créneaux qui n’intéressent pas forcément les autres radios. Si nous, nous n’inventons pas de nouvelles formes, personne ne le fera.

Il y a les irréductibles, Dj Nelson avec Street Beats, Dj MelK, Az mais aussi une matinale – 6h-10h avec Talri – qui fonctionne bien, les incontournables rdv du dimanche avec les différentes communautés, du football. Comment gère-ton une aussi grande diversité au quotidien ?

C’est de l’autogestion. Mais ça ne fonctionne pas toujours.

Ton émission préférée à l’antenne? Je te conseille la tienne pour ne pas te griller.

Mon émission préférée c’est « Le morning » parce qu’elle invente un genre nouveau, bâtard, de l’info, du divertissement, de la musique live, des blagues (!), etc. C’est un condensé de tout ce qu’on fait sur RBS.

Le plus drôle, c’est que rien n’a été pensé en amont. On a lancé les choses, en acceptant de se planter. Et ça a été un succès incroyable ! Qu’est-ce-qui fait qu’à un moment donné ça prend ? Je n’en ai aucune idée. Le talent de Talri ? Faut pas déconner !

C’est mon émission préférée, mais ce n’est pas la meilleure. La meilleure, c’est « Le grand blind test des personnalités locales », qui est notre « Intervilles » à nous ! Là, c’est du high level : on a trouvé un équilibre, un rythme, une dynamique qui n’a rien a envier aux meilleurs programmes radio. Et une fois encore, c’est parti d’une pochtronade !

Une relation affective s’est installée avec le temps : on aime on soutient on pardonne, même les problèmes techniques ou d’animateur de dernière minute font esquisser un sourire. Finalement ce côté “en flux tendu”, n’est-ce pas le cocktail gagnant ?

Je ne comprends toujours pas pourquoi les auditeurs sont aussi indulgents avec ce qu’on fait. Longtemps, j’ai pensé que c’était parce que personne n’écoutait. Mais en voyant la dernière étude Médiametrie, j’ai bien été obligé de revoir mon jugement : RBS est la seule radio à programme local à, non seulement, ne pas perdre d’auditeurs, mais même à en gagner quelques uns !

Parfois, j’ai l’impression qu’on pourrait faire n’importe quoi, et que les gens trouveraient ça tendance malgré tout ! A l’image des blagues qu’on raconte le matin : c’est quand même le truc le plus éculé en radio ! Même « Les Grosses têtes » n’en font quasiment plus. Avant, quand je sortais, on me parlait de Kundewich ou de Whiteman ; maintenant, on vient me raconter des blagues ! A tel point que (petite exclu), le 25 janvier prochain, on lance les battles de blagues en live à la Java.

Dans l’imaginaire collectif strasbourgeois, – encore faut-il pouvoir parler pour lui -RBS est indissociable de Stéphane Bossler. A notre époque faire 15 ans dans une même boîte c’est déjà une réussite alors pourquoi t’es-tu tant accroché, même dans les périodes difficiles de la radio ? Qu’est ce qui te pousse à y mettre autant d’énergie?

Pour être sérieux 2 minutes, je crois que pour moi « faire de la radio » est intimement lié à RBS. J’ai rapidement compris que ce que je faisais à RBS, je ne pouvais le faire nulle part ailleurs ; dans n’importe quel autre media, il aurait fallu choisir entre politique, culture, sport, etc. Or, la vraie originalité, c’est justement de ne pas choisir. C’est comme ça qu’on invente des nouvelles formes.

Le paysage radiophonique local est-il assez fourni et diversifié à ton goût? D’ailleurs l’arrivée de nouveaux compères sur la “webande” fm, comme RadioCapsule pour ne citer qu’elle donne un peu d’air frais non?

On s’adresse à un public spécifique dont la demande n’est pas forcément assouvie par ailleurs. A partir de là, les autres medias ne sont pas des concurrents. Que Radio Capsule continue à inventer des formes nouvelles ; que Skyrock continue à diffuser sa musique, etc. Nous aurons peut-être moins d’auditeurs, mais nous en auront toujours suffisamment pour justifier notre existence, puisque justement nous serons là où d’autres ne vont pas.

La radio est par tradition le refuge de nombreux activistes musicaux et culturels de Strasbourg. En des temps plus sclérosés elle a été un accélérateur de particules et une tribune pour beaucoup. Ce qu’elle est toujours ?

Il existe certainement des laboratoires plus avant-gardistes aujourd’hui grâce aux webradios. Le but, ce n’est pas de faire une radio underground ou avant-gardiste. Il s’agit juste de se placer un tout petit peu avant la tendance. Mais encore une fois, ce n’est pas pensé ou formulé ainsi. C’est un fait.

Quels sont les projets d’avenir et les perspectives de développement de la radio?

On a installé des casiers pour les animateurs. C’est déjà pas mal, non ?

La culture à Strasbourg en quelques mots?

ARRETEZ DE VOUS PLAINDRE !

Ta blague du moment en guise de voeux pour cette nouvelle année ? Pour faire profiter le plus grand nombre des pépites de la matinale d’RBS..Oreilles délicates s’abstenir.

« Ils ont organisé un concours de sosies en Chine. Tout le monde a gagné ! » (sinon, y a celle avec la pute naine aussi qui est drôle).

Le mot de la fin?

« C’est ma coze »

 

Article : Mourad Mabrouki

Photo : Thomas Danesi

À propos L'équipe COZE

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

x

Check Also

Le 26 septembre, l’UGC Ciné Cité de Strasbourg se transformera, le temps d’une soirée, en comedy show. Organisé par l’association culturelle Ziprod, l’événement accueillera de nombreux humoristes pour une soirée inoubliable !

10 humoristes à l’affiche de la première édition de l’UGC Comedy Show

Le 26 septembre, l’UGC Ciné Cité de Strasbourg se transformera, le temps d’une soirée, en ...