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Flashback : L’ITW de Vincent Dubois – COZE #7 – Avril 2012

Vincent Dubois souhaite profondément que les strasbourgeois se réapproprient le Conservatoire de Strasbourg. Jeune organiste mondialement reconnu, il est depuis quelques jours à la tête de cette école de musique, de danse et de théâtre à rayonnement international. Pour beaucoup, il s’agit d’un sanctuaire mystérieux, dont on a parfois du mal à franchir les portes. Pourtant c’est avant tout une école d’art, ouverte à tous et qui tourne à plein régime. Entretien printanier avec ce nouveau venu dans le paysage culturel local.

Papiers s’il-vous-plaît !  Qui est Vincent Dubois ?

Aujourd’hui, je mène une « double vie » ! Je suis à la fois directeur d’un établissement d’enseignement artistique et organiste concertiste. Mais mon parcours est relativement traditionnel : j’ai commencé le piano à l’âge de 7-8 ans, en attendant d’avoir les jambes assez longues pour toucher le pédalier de l’orgue (rires). Après un court passage dans les Conservatoires de Rennes et Angers, j’ai été admis lorsque j’avais 17 ans en classes d’orgue, d’improvisation et d’écritures au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Suite à ces études, j’ai remporté 2 premiers prix en 2002 lors de concours internationaux : Calgary et Toulouse. Dès lors j’ai eu l’opportunité de me produire un peu partout en tant que soliste dans de nombreux pays et festivals internationaux. Puis j’ai enseigné au Conservatoire d’Angers, où j’avais été élève, pour finalement en devenir le directeur adjoint. Parallèlement à cela, je continuais toujours ma carrière de concertiste.

Vous êtes à la tête du Conservatoire de Strasbourg, à seulement 31 ans. Quelles sont vos premières impressions ?

C’est une très belle institution, ce qui explique qu’il y avait du monde sur les rangs pour ce poste. Le Conservatoire de Strasbourg a un rayonnement international, un des seuls en France avec les deux Conservatoires Nationaux de Musique, Paris et Lyon. Les nombreuses disciplines enseignées en font aussi sa richesse ainsi que la qualité de son équipe d’artistes-enseignants, avec une multitude de cursus différents et des conditions de pratique particulièrement agréables. Bref, un établissement très attractif en tout point.

On sent que la Ville privilégie désormais des directeurs avec une certaine fraîcheur et praticiens avant tout, est-ce important pour la dynamique des institutions?

Oh moi, j’y crois pas une minute ! Effectivement avoir quelqu’un de 31 ans et quelqu’un de 65 ans à la tête d’une institution, physiquement, peut dégager une certaine image de l’établissement au public. Mais à l’intérieur des murs, aucune différence, on peut avoir 31 ans et avoir des idées de vieux ou 65 ans et avoir des idées de jeunes…(rires) L’âge ne rentre absolument pas en compte.

Par contre, au niveau de la pratique d’un art, je trouve que c’est essentiel que le directeur d’un établissement d’enseignement artistique, quel qu’il soit, ait une légitimité et une activité artistique. Cela permet d’avoir un regard et un recul sur la pédagogie et l’enseignement, de parler le même langage, d’être en phase avec les professeurs sur les tenants et aboutissants de la formation de nos élèves.

Vous avez joué à la Cathédrale de Strasbourg, alors vous préférez celle-ci ou celle de Reims ? Gare à votre réponse nos lecteurs sont un peu chauvins.

(rires) Au vu des proportions, plutôt celle de Reims, mais au niveau de la façade, celle de Strasbourg, qui est exceptionnelle. En dehors de ça, à propos de l’instrument lui-même, je donne ma préférence à Strasbourg.

Vous étiez déjà directeur du Conservatoire à Rayonnement Régional de Reims depuis 2008, pourquoi avez-vous choisi de partir pour celui de Strasbourg ?

D’abord pour l’attractivité du territoire ; Strasbourg et l’Alsace en général sont des territoires exceptionnellement développés sur le plan de la pratique musicale, sans doute grâce à l’influence allemande. Au niveau du poste, et selon des critères qui m’étaient chers, j’ai été attiré par le rayonnement international du lieu, unique dans l’hexagone hormis Paris et Lyon. C’est aussi un choix vis-à-vis de la richesse même de la structure, avec une équipe pédagogique de très bon niveau.

Avez-vous une volonté d’organiser des spectacles et concerts communs entre les deux Conservatoires  ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour. Pour le moment l’approche territoriale va se faire sur l’Alsace, éventuellement en Lorraine. Pour le reste nous travaillerons pour le moment sur l’inter-régionalité et sur l’axe du Rhin supérieur. Nous avons de nombreux partenariats avec des conservatoires européens, mais aussi avec l’Université de Syracuse aux Etats Unis, et d’autres que nous souhaitons développer, en Amérique du Nord entre autres.

Quelle dynamique souhaitez-vous impulser au Conservatoire de Strasbourg ?

Par exemple ces partenariats que nous évoquions à l’instant. Ensuite j’ai ma vision de la pédagogie et de ce que doit être le fonctionnement d’une structure ; en interne, il y aura forcément des aménagements et nous serons amenés à réorienter certains cursus. Au niveau de Strasbourg, créer des liens très étroits entre le conservatoire et le réseau des écoles de musique de la ville, et le centre chorégraphique qui est dans le Palais des Fêtes. Imaginons des passerelles pour travailler ensemble, avec des gens qui assurent finalement une mission similaire, à savoir l’enseignement artistique. D’un point de vue international, je souhaite continuer les jumelages avec d’autres villes européennes, une quinzaine de chartes Erasmus existent et nous allons continuer à les développer. Enfin, un double cursus sera possible avec la pratique de deux instruments ou deux disciplines : si on a la possibilité et la capacité de faire les deux, il ne faut pas s’en priver.

L’apprentissage et la pratique des arts sont-ils en perdition, ou au contraire les demandes d’inscriptions se multiplient-elles ?

Pas de perdition, au contraire je dirais même qu’il y a un net regain ces 25 dernières années en France. Nos établissements sont toujours remplis, ça va d’ailleurs de pair avec le développement démographique donc c’est plutôt bon signe! C’est simple, la courbe du nombre de professeurs dans les conservatoires a été en constante évolution ces dernières années. La demande est donc forte, et les collectivités y répondent. Par exemple, on enregistre 450 demandes par an à Reims, 700 à Strasbourg, ça prouve son dynamisme!

D’après les chiffres, 12% des élèves du Conservatoire proviennent de 52 nationalités différentes. Cette mixité culturelle et sociale joue-t-elle dans l’environnement et l’apprentissage des différents arts du Conservatoire ?

Oui, c’est évident. Chacun apporte sa culture, sa vision de la pratique de son art, et de ce fait enrichit son camarade. Il y a beaucoup de cultures différentes et chacun y trouve son compte. C’est d’ailleurs un avantage vital pour le Conservatoire d’avoir une diversité d’origines, et donc de pratiques. Sinon, on a une spécificité à Strasbourg qui attire beaucoup de monde : le cycle de spécialisation. Notre équipe pédagogique pointue, avec des professeurs reconnus internationalement dans leur domaine, draine un public toujours plus important autour de ce cycle de spécialisation, entre autres.

Le Conservatoire s’appuie sur une sélection drastique. S’inscrit-il dans une démarche professionnelle et comment s’effectuent les sélections ?

Le Conservatoire ne s’inscrit pas uniquement dans une démarche visant à la professionnalisation de ses élèves. Avant tout, les cursus sont pensés en vue d’une pratique amateur. 95% des élèves poursuivent leur pratique artistique en tant qu’amateur, seulement 5% comme professionnels. Le principal problème, c’est le mot Conservatoire, qui donne une image fermée de la boutique, mais c’est une école d’art avec un enseignement initial et supérieur, tout simplement. Au niveau de la sélection, les débutants doivent passer des tests d’aptitude et ceux qui ont déjà une pratique, des tests de niveaux. Ces épreuves sont nécessaires puisque nous n’avons qu’un seul Conservatoire à Rayonnement Régional pour un bassin de 500 000 habitants, et un volume horaire hebdomadaire limité. Mais s’il y avait autant de conservatoires que d’écoles primaires, que de collèges et que de lycées, il n’y aurait plus de sélection, c’est aussi simple que cela !

A votre connaissance, y a-t-il des célèbres musiciens, danseurs ou comédiens qui sont sortis du Conservatoire de Strasbourg ?

Oui, vous avez pu voir récemment Pauline Haas, harpiste, nommée dans la catégorie Révélation Soliste Instrumental aux Victoires de la Musique Classique. Sinon, il y aussi Marc Coppey, violoncelliste, qui a aussi été enseignant quelque temps ici. Après, on compte beaucoup de danseurs à l’Opéra du Rhin et dans des ballets allemands qui sortent de ce Conservatoire.

Et au niveau des professeurs, un certain nombre mènent des carrières internationales en parallèle.

Question bête, la différence entre la Cité de la musique et de la danse et le Conservatoire ?

La Cité de la musique et de la danse est une expression un peu pompeuse, qui regroupe plusieurs institutions. A Strasbourg, elle rassemble l’auditorium polyvalent, les locaux de Musica (ndlr : l’un des plus grands festivals de musique contemporaine en France) et ceux du pôle d’enseignement supérieur. Le Conservatoire comprend uniquement les salles de cours, les grandes salles publiques et l’administration à proprement parler. La Cité pourrait être plus développée, en y intégrant par exemple le centre chorégraphique de Strasbourg.

La Cité de la musique et de la danse a vu le jour en 2006 sous le mandat de votre prédécesseur, Marie-Claude Ségard. Que faire de ce bel outil?

Effectivement, c’est un outil très bien utilisé et optimisé. D’après le dernier rapport d’activité, on accueille de nombreux partenaires, les prêts de salles et de l’auditorium sont très importants, avec plus de 80 demandes extérieures chaque année. Beaucoup de gens bénéficient de cet endroit. De plus, le nombre d’élèves et de professeurs (près de 165 !) important fait que le bâtiment est plus que vivant et hyper-utilisé. Aujourd’hui, je ne vois pas comment le développer davantage, là on arrive même au taquet, que ce soit en nombre de salles, de profs, d’élèves.

L’institution organise notamment une saison de spectacles gratuits, dont certains en direction du jeune public. Le Conservatoire souhaite-t-il toucher un nouveau public?

Oui. La volonté première de tout Conservatoire est de faire venir un nouveau public. Et puis c’est un peu trivial de dire ça, mais c’est aussi un retour sur investissement. Dans chaque collectivité, le Conservatoire appartient à la ville, et est financé par sa population. Il est donc normal que les habitants aient droit à des retours de l’établissement qu’ils financent !

Pour le commun des strasbourgeois, le Conservatoire est un peu mystérieux, on ne sait pas trop ce que recèlent ses murs, presque une cité interdite. A quoi est-ce dû?

Je rassure tous les strasbourgeois, c’est comme ça dans toutes les villes ! La raison première, c’est le mot “conservatoire”, si on l’appelait “école d’art”, ce serait déjà plus parlant ! On est à la fois une école primaire, un collège, un lycée et une université, de musique, de danse et de théâtre, c’est aussi simple que ça ! Chacun peut y trouver sa place, les gens n’ont qu’à venir avec ce qu’ils ont, ce qu’ils sont. Le conservatoire est vraiment à prendre dans ce sens, tout le monde peut se présenter, dans la limite des places disponibles bien sûr (nombre d’heures de cours oblige !). Notre but, c’est de découvrir le potentiel de chaque candidat. Forcément, la formation a un coût, mais des bourses sont disponibles ainsi que des locations d’instruments à bas coût. Tout est fait pour faciliter son accès, on reste un service public ! J’invite d’ailleurs tous les lecteurs à se rendre aux portes ouvertes, le dimanche 24 juin.

La culture à Strasbourg en quelques mots ?

La deuxième ville de France qui consacre le plus de moyens à la culture au prorata du nombre d’habitants. Il y a près de 84 millions d’euros annuellement alloué à la culture, c’est exceptionnel,bien qu’elle ne soit que 7ème ville dans le classement, en nombre d’habitants. La culture est incluse dans la vie strasbourgeoise, elle fait partie de ses « mœurs », c’est une force !

Le mot de la fin ?

Bah.. Merci ! Et en plus, ça fait un mot ! (rires)

ITW : Charlotte Baechler
Photo : Henri Vogt

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