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Flashback : L’ITW de Renaud Herbin – TJP COZE #6 Mars 2012

L’identité multiple de notre ville le fascine déjà. On le comprend. Comme l’envie de lever le voile, d’arpenter ses rues, de tirer les fils de l’histoire. Finalement rien de plus naturel pour un artiste marionnettiste. Renaud Herbin, fraîchement nommé à la tête du Théâtre Jeune Public de Strasbourg, reprend le flambeau avec l’ambition de placer la marionnette au coeur des territoires artistiques. Tour d’horizon en compagnie d’un grand curieux. Attention, giboulées de mars…
Chez Coze on est curieux de nature : qui est donc Renaud Herbin?
Dans les grandes lignes, je dirais que je suis quelqu’un de touche-à-tout, un grand curieux émerveillé par plein de formes. En fait, il y a des marionnettistes qui sont d’abord des comédiens, d’autres, issus des Beaux-Arts, qui sont plutôt des constructeurs. Moi, je suis au beau milieu de tout ça, plus généraliste que spécialiste. J’ai eu la chance de faire l’École Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette à Charleville-Mézières, qui m’a apporté une grande ouverture d’esprit face à la multiplicité des formes que prennent ces arts aujourd’hui.

Vous avez pris la direction du Théâtre Jeune Public de Strasbourg depuis le 2 janvier, Centre dramatique national d’Alsace (CDN). Vos premières impressions ?

C’est un très bel outil, et une chance d’être à sa direction. Être à Strasbourg est aussi un bonheur. J’en suis ravi ! Dans la longue histoire de sa décentralisation en France, les CDN ont pour vocation la création. Au TJP, les spectacles dédiés au jeune public ont été souvent synonymes d’invention et de grande liberté.

Quelle est l’empreinte que vous souhaitez imprimer au TJP et quelles sont ses perspectives d’avenir ?

Mon prédécesseur Grégoire Callies a donné au fil des années une belle place aux arts de la marionnette, dans toute leurs diversités. Puis il faut savoir que le Ministère et la Ville ont souhaité un artiste marionnettiste à la tête du lieu. A l’avenir, j’aimerais développer un projet autour des arts et de la marionnette, c’est une aspiration très riche et un vrai terrain de jeu à défricher. J’intégrerai, bien entendu la dimension jeune public. Mais, je voudrais proposer des spectacles pour tous les publics, pas que pour les plus jeunes. Donc le nom “TJP” ne sera plus tout à fait adapté. Le mot CDN est un peu trop technique, c’est un statut. Il faut qu’on trouve un nouveau nom pour ce théâtre ! Je lance un appel là ! (rires)

Vous êtes encore souvent sur les planches, créateur et gestionnaire donc. Pas de regret d’avoir quitté votre compagnie ?

Effectivement je suis encore sur les planches et je compte bien y rester ! Néanmoins, je reste très enthousiaste d’expérimenter l’aller-retour entre ces deux métiers. Je co-dirigeais une compagnie à trois tête avec mes compagnons, Julika Mayer et Paulo Duarte qui migrent aussi vers d’autres horizons ! Ils continuent leur histoire, avec chacun leur structure, l’un à Rennes et l’autre entre Stuttgart et Strasbourg.

L’interculturalité vous tient à coeur, votre pratique symbolise-elle cet état d’esprit ?

Les marionnettes sont au milieu de tous les arts, entre les arts visuels, le théâtre, la danse, etc, au coeur des territoires artistiques, en quelque sorte. L’utilisation du texte et du langage n’étant pas toujours primordiale, ces spectacles souvent très visuels traversent les frontières, voyagent, touchent tout le monde. Les arts de la marionnette se sont toujours développés sous le signe du croisement et de l’ouverture. On les retrouve d’ailleurs partout dans le monde.

Vous explorez la marionnette sous toutes ses formes, où se mêlent acteurs, danseurs, sons et images sur scène. Que procure le dialogue permanent avec d’autres pratiques et esthétiques artistiques?

Ce qui m’intéresse par dessus tout, ce sont les articulations. Je me demande toujours : d’où est-ce que ça bouge ? Quel mouvement entraîne l’autre ? C’est une métaphore parfaite pour parler du plateau. Sur scène, on doit tout articuler : la lumière, le son, les images, tout est support de jeu. Mon travail consiste donc à articuler toutes ces pratiques.

Les arts de la marionnette souffriraient a priori encore d’un manque de reconnaissance dans l’hexagone? Pourquoi ?

C’est une question d’héritage et de représentations. Le stéréotype de la marionnette reste les Guignols, alors que cet art se situe bien ailleurs, au-delà des traditions. Justement, notre travail au CDN est de pouvoir donner de nouvelles définitions aux arts de la marionnette, de les requalifier. Il y a un gros travail de reconsidération, d’affirmation, et de questionnement en ce sens.

Vous affectionnez les spectacles de rue et Hors les murs. Public chatouillé et participatif, le cocktail est gagnant. Alors cette recette ?

C’est une réelle préoccupation artistique, aller à l’encontre de la population, pénétrer l’espace public, qu’il soit urbain ou rural. Une marionnette dans le temps et dans l’espace de la ville, c’est passionnant. L’imaginaire vient l’air de rien, se glisse dans un quotidien, provoque le questionnement. Questionner notre rapport à l’espace est vital !

Vous aimez la matière, la rencontre des mouvements, l’urbanité. Que vous inspire le territoire urbain, l’offre culturelle et l’émulation artistique locale ?

J’avais réalisé le projet Centres Horizons, avec l’architecte-vidéaste Nicolas Lelièvre. On se posait des questions, sur la forme que la ville prend, des questions sur le paysage. On l’a décliné dans différentes villes, Rennes, Berlin, Buenos Aires, Montréal. Strasbourg donne envie d’arpenter la ville, elle est passionnante. On est dans un livre d’histoire-géo permanent. Chaque mur est en résonance avec un bout de l’histoire. Strasbourg est un caléidoscope. Au niveau culturel, la ville est dotée d’incroyables moyens. On ne compte plus ses offres. J’ai d’ailleurs rencontré mes homologues des autres institutions assez rapidement, je m’entends très bien avec eux, on réfléchit déjà ensemble à comment articuler nos projets. C’est très stimulant, quel plaisir !

Le public alsacien est friand de sorties culturelles. Malgré tout, on a l’impression qu’il y a encore beaucoup de publics difficiles à capter ?

C’est une question très importante à mes yeux, au cœur de mon projet. La relation avec le public doit aussi être un enjeu artistique qui questionne l’artiste et son engagement dans la cité. Il y a un fort ancrage du TJP, et c’est une chance. Je voudrais progressivement diversifier la fréquentation du théâtre. Le campus est à deux pas, un des poumons de la ville. Ce lieu doit être ouvert à tous, quelque soit l’âge ou l’origine géographique, culturelle et sociale du public. Ce théâtre doit être vivant, un lieu laboratoire, expérimental, où les artistes travaillent et rencontrent la population.

Nous baignons dans le culte de l’immédiateté. Comment favoriser la curiosité, l’éveil de regards critiques sans réponse toute faite ni… immédiate justement?

Il faut que le théâtre demeure un espace critique. La scène doit poser des questions sans donner de réponses univoques. Car les spectacles ou les oeuvres qui me touchent sont celles qui viennent interroger l’humain dans ce qu’il a de plus trouble et sensible, loin des simplifications ou des explications qui chercheraient à nous rassurer à tout prix. Par définition, l’art dérange : nos perceptions comme nos certitudes. Et il agit souvent le mieux de façon différée, car il accède directement à nos consciences. Alors oui, nous avons une grande responsabilité !

L’incontournable festival des Giboulées de la marionnette draine un public toujours plus nombreux. Cette saison, il se fait en pleine passation de témoin. Les clés de ce succès?

J’adore le nom de ce festival ! Il fait partie de l’histoire de la maison, connu et reconnu internationalement. Cette année est une édition spéciale, Grégoire Calliès était soucieux de passer le relais dans les meilleures conditions. C’est une page du TJP qui se tourne et pour moi une belle façon d’arriver ! L’inauguration se fera avec la création de Paulo Duarte, Plug. Une rêverie visuelle et numérique, sur un son éléctro. D’ailleurs, Morgan Daguenet, son musicien, fera un show case à la FNAC le 20 mars, un concert particulier puisque chacun aura son propre casque. Pour le week-end d’ouverture, les formats courts et formats longs se mêleront, encore une grande diversité qui font les arts de la marionnette. Petit clin d’oeil aussi puisque qu’il y aura mon tout premier spectacle “Un Rêve”, que je n’ai pas joué depuis des années, je vais devoir le retravailler (rires) ! Une joie, dans le sens où je lie le point de départ de mon histoire à cette nouvelle aventure strasbourgeoise.

A chaque grand évènement son off : cette année le giboul’OFF interroge les frontières, place le spectateur au centre d’une création commune. La continuité de vos valeurs?

J’ai rencontré l’équipe très sympathique du off. L’événement est en pleine préparation, en tout cas je vous promets à nouveau une belle rencontre. C’est un peu la dimension que je veux donner a mon projet, dès la prochaine saison. Fidèle à cet état d’esprit, que le théâtre soit le lieu de la rencontre, qu’il soit traversé par tout le monde et nous fasse grandir de l’intérieur, comme une pâte qui se soulève !

Strasbourg a-t-elle les épaules pour devenir le carrefour de l’Europe et de l’Art?

Il semble y avoir une réelle volonté. De ce que j’en ai entr’aperçu, un potentiel immense aussi. Nous avons beaucoup de choses à inventer, c’est un travail de tous les jours, de s’interroger mutuellement, d’élaborer de nouvelles formes d’interaction. Strasbourg est un terrain de jeu, une ville propice à la création artistique. Les lieux, les moyens et les gens l’y encouragent. Autant de partenariats et de richesses qui stimulent l’artiste.

La culture à Strasbourg en quelques mots?

Un cheval de bataille !

Le mot de la fin?

Plutôt du début pour moi ! (rires)

 

ITW : Mourad Mabrouki
Photos : Estelle Chaigne – Henri Vogt

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