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Dans les backstages avec Peuple de l'Herbe

Festival des Artefacts, dimanche 22 avril, 17h. Après leur performance sur scène, le mythique groupe Peuple de l’herbe a pris le temps de nous accorder une interview. Retour dans les baskstages pour une rencontre bilingue avec Sir Jean et l’anglais JC 001.

Au fur et à mesure de la vie du groupe, beaucoup de styles se sont côtoyés, de l’abstract hiphop au jazz en passant par le rock. Qu’est-ce que ces genres apportent à votre musique ? Et faites-vous ça consciemment pour éviter la routine ou c’est un hasard de composition ?
Sir Jean : C’est un peu les deux quelque part… Au départ le Peuple c’était juste deux djs, DJ Pee et DJ Stani, puis après il y eu des départs et d’autres arrivées. Tous ces va-et-vient apportent un univers différent. Chacun a apporté sa culture, par exemple JC vient de Londres et est d’origine indienne. Le Peuple de l’Herbe donne une relecture à tout ça.

Quelles sont vos influences, vos inspirations ?
Sir Jean : Oula ! C’est très éclectique, y en a plein, notamment Fishbone, des groupes de hiphop comme Public Enemy etc. Ça va loin, c’est large.

Comment définiriez votre style de musique ?
JC 001 : C’est une réflexion de ce que l’on est, on aime tous la musique mais pas forcément exactement le même genre, on est complémentaire et on adore aussi expérimenter de nouveau styles comme le reggae !
Vous venez tout juste de sortir votre nouvel album « A matter of life », quel est son message pour le grand public ?
Sir Jean : On parle vraiment de tout dans nos textes. On a un sujet sur le plaisir de faire de la musique, avec le morceau « Let Us Play », où on explique que l’on n’en fait pas pour la renommée ou la fortune, sinon on aurait fait un autre style de musique, qu’on la fait pour le plaisir, en espérant qu’il va durer.
Sinon dans le morceau « Numbers », on aborde le fait que l’on est surchargé de numéros à retenir, le code pin, le code d’entrée de notre immeuble, le code de notre carte bleue etc. Bref, qu’on est perdu dans les numéros, au bout d’un moment on se demande « oh what’s my number ? »
On essaye de rester aussi dans l’actualité, comme avec notre titre qui s’appelle « Jasmin In The air », qui parle du printemps arabe qui a conduit les pays à un changement de régime, et même si les choses ne se sont pas améliorées, on parle de cette liberté par rapport au système mis en place qui leur impose des choses qui ne devraient pas l’être !

Vous semblez être signés sous différents labels, chez PIAS, Discograph et Supadope Records, pouvez-vous éclaircir cette situation ?
Sir Jean : En Belgique on est encore distribué par Play It Again, Sam. Sinon, on est actuellement sous Discograph. Le label du Peuple qu’on a créé pour faire des compilations et gérer tout ce qui est studio d’enregistrement s’appelle Supadope. En fait, on a pas vraiment de patron, pas de maison de disque, pas de directeur artistique sauf ceux que l’on se choisit nous !

Ce n’est pas la première fois qu’on vous croisent aux Artefacts, c’est parce que vous aimez les festivals en général plutôt que les petites salles ?
Sir Jean : Ce n’est pas qu’on préfère l’un ou l’autre, d’ailleurs si on doit préférer, globalement on est plus clubs. Déjà parce qu’il y a une plus grande proximité avec le public, ils offrent une interactivité différente : tu regardes les gens les yeux dans les yeux, alors que dans les festivals  tu vois que le premier rang et après c’est qu’une marée qui bouge. Ensuite, parce que les festivals, au niveau timing, les performances sont trop courtes. Après c’est sûr que les énormes scènes restent très impressionnantes et jouer devant 30 000 personnes, c’est la chance de toucher beaucoup de monde : 30 000 ne repartiront peut être pas en disant « waouh, Peuple de l’herbe c’est de la balle ! » mais au moins certains auront passé de bons moments en notre compagnie. L’avantage des festivals, c’est que les gens viennent pour voir un truc et découvrent des groupes. Nous, on n’est pas devenu grand d’un coup, au début on a tout appris dans des petites salles, en galère sans matos, et pour avoir au final une bonne énergie et des gens qui sont là pour faire la fête. En fait je crois qu’on aime varier les deux, connaître l’adrénaline des festivals et l’intimité des petites salles. C’est un réel challenge de se dire qu’on joue autant sur des grands que sur des petites scènes !

JC 001 : J’aime la variation, même si on était U2 ou les Rolling Stones, j’aime l’intimité mais aussi les grandes foules, mais elles sont si loin ! (rires) Mais nous nous sommes là. J’aime bien les salles où tu connais le patron, savoir si c’est un bon, personnellement, tu le respectes, et la foule le verra.

Vous avez fait deux musiques pour le film « Baise-moi » de Virginie Despentes, est-ce que vos techniques de travail étaient différentes pour aborder ce genre de composition ?
Sir Jean : Dans la musique du Peuple de l’Herbe il y a plein de morceaux qui sont déjà des ambiances de film, des bandes sons imaginaires pour des films qui n’ont pas été fait. Le fait de travailler avec Virginie c’était une façon de renforcer ce côté-là, on les a faites en y pensant réellement. C’était d’ailleurs un plaisir de composer pour elle, et on a pas opéré de changement au niveau de la composition. Il y a d’autres membres du Peuple qui ont travaillé aussi pour la bande son de son dernier film. (ndlr : Bye Bye Blondie)
Et faire des musiques pour des films et collaborer avec d’autres artistes ont d’ailleurs permis au Peuple de se renforcer, de s’enrichir musicalement.

Quelles sont vos impressions sur le public strasbourgeois ?
Sir Jean : Tu sais, quand tu dois jouer très tôt dans l’aprem tu sais jamais à quoi t’attendre, mais on a été agréablement surpris. Dès 15h, le public était super présent, réveillé, et ça c’est appréciable. On a passé un bon moment et espère qu’ils ont passé un bon moment, mais à les voir sauter comme ça, ça devait être le cas ! C’est eux qui ont payé pour venir voir le concert, et ils sont pas payés pour sauter,  nous un peu ! (rires). Voir le public motivé comme ça, c’était vraiment cool !

JC 001 : Les grandes foules il y a toujours un problème : c’est les gens tout devant. Ils veulent toujours voir le groupe après le show, ils ne veulent pas bouger, ils restent là, regardent leur montre, mais nous ne sommes pas ce genre de groupe « girly boy pop » , on dirait des perroquets qui attendent, Fuck off !

Quels sont vos projets à venir ?
Sir Jean : Là on est encore en train de faire la promo de notre album qui est sorti en janvier, puis on a joué pas mal : rien qu’en mars, on a fait 18 dates ! En ce moment, on rentre dans la période des festivals, on va notamment faire celui de Solidays et de Musilac !
Pour la suite, on prend le temps, on est pas pressé, on a pas une maison de disque qui demande un rendement derrière, on travaille en bonne intelligence avec notre tourneur. Après une fois qu’on a fini, qu’on sera posé à la maison, on aura le temps de réfléchir à la suite…

Et au niveau des collaborations, des invités de luxe de prévus ?
Sir Jean : Non, c’est pas forcément volontaire. C’est vrai qu’on fait des rencontres, sur l’album on a des invités comme Marie Nachury,  du groupe Lipstick Royale, qui chante avec nous le morceau « Mars », et qui a fait 4-5 dates en première partie. Marc Namour dit La Canaille aussi a fait quelques dates, c’est toujours l’occasion de faire des chansons de l’album qu’on ne joue pas quand ils sont pas là. Après il va sûrement y avoir d’autres rencontres, avec des idées qui vont émerger !

Avez-vous des conseils pour des jeunes qui veulent se lancer dans la musique ?
Sir Jean : De trouver ton truc, de kiffer ce que tu fais, quand tu commences, c’est bien de voir ce qui se passe, mais naturellement tu es attiré vers tel et tel truc : alors une fois que tu as compris comment ça fonctionne, passe à ton propre style ! Donne toi à fond même si c’est pas toujours facile, quand on aime et qu’on se donne les moyens on arrive toujours à quelque chose. Puis si ça ne marche pas, se remettre en question. Et toujours se poser les bonnes questions, du genre « est-ce que je fais ma musique pour briller ou parce que je veux la partager sans gagner de l’argent, même si j’y perds ? »
La notion de partage plutôt que de l’argent est super importante. Il faut aussi ouvrir ses oreilles, écouter de tout, absorber tout, et ne pas hésiter à voir des concerts de groupes que l’on n’aime pas, pour percevoir le détail qui nous déplaît et justement l’améliorer, le tourner à son avantage. C’est étonnant mais dans les trucs que l’on n’aime pas, on apprend beaucoup !
Il faut aussi discuter avec les techniciens, si tu es guitariste par exemple se renseigner sur comment régler l’ampli, si tu es chanteur sur l’attitude à avoir avec ton micro tout ça, faut être curieux ! Ok, il existe des écoles de musique mais la scène nous apprend beaucoup, vivre sur scène apprend énormément. Et faut y aller, y aller et y aller encore…

Et sur ces mots, nous aussi on a dû y aller, afin de ne pas louper tout le concert de Ky-Mani Marley  !

Propos recueillis par Charlotte Baechler

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